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 Une rencontre fortuite mais bienheureuse

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MessageSujet: Re: Une rencontre fortuite mais bienheureuse   Dim 11 Mai 2014 - 14:04

Le balancement qui rythmait chaque pas me semblait une danse cruelle qui me happait toujours plus avant vers un sommeil aux allures de néant. Car dans ces brumes d’inconscience, il n’y avait plus de place aux raisonnements, aux décisions, aux examens et à tout acte mené par la volonté. Il n’était que cette doucereuse torpeur, qui rappelait l’esprit vagabond en ses plus primaires instincts. Je luttais cependant, tandis que mon regard se posait sur le campement toujours plus proche. Sur ces mots, prononcés. Sur cette âme tout juste visible qui se dessinait dans les hauteurs. Et puis sur une chute brusque et inattendue. Je rencontrais le sol alors même que les bras me soutenant se préoccupaient désormais d’une plaie nouvelle, et en délaissaient leur tâche. Cela ne devait en rien arranger mon état actuel, alors que l’écho de la chute paraissait raisonner en chacun de mes membres. Je n’avais pas mal, bien loin de cet état de douleur. C’était une sensation curieuse et toute singulière.  

J’ignorais ce qu’il était advenu de cet homme, mais quelques gémissements cependant parvenaient jusqu’à moi, et je le supposais donc bien occupé en ses peines propres.  Je parvenais à prendre appui sur mes avant-bras, et me redressais à demi. Le temps prenait une toute autre tournure, de mon point de vue. Je discernais quelques éléments qui n’auraient assurément pas su se trouver en de tels lieux. Les couleurs alentours se paraient tantôt de vert, tantôt de mauve, puis revenaient en quelques teintes de gris. Quelques créatures qui se mouvaient en direction des protagonistes en scène. Qu’étaient-ils ? Ils n’avaient rien d’humain, mi animal, mi démon... Je frémissais doucement, tandis que l’un d’eux entamait une longue marche jusqu’à moi. Encore quelques pas, et le voici qui chantait à mon oreille, en une douce mélopée funeste.

Je devais grandement prendre sur moi-même pour m’assurer que rien de tout ceci n’était réel, et enfouissais alors mon visage au creux de mes bras, dans l’espoir d’échapper tout du moins à ces visions d’horreur. Cette mélopée cependant raisonnait encore et encore au creux de mes oreilles, et je tentais de l’en chasser sans grand succès. Aussi, lorsque les évènements alentours vinrent à s’achever, je n’en prenais nulle conscience.  Ce n’est qu’alors que les bras de l’Eladrin me soulevaient doucement, que je prenais la peine de regarder alentours, et croisais son regard. Etait-ce bien lui, ou une nouvelle performance douteuse de mon esprit tourmenté ? Je glissais tant bien que mal mes bras derrière sa nuque, et posais ma tête sur son épaule. C’était lui, assurément. Alors seulement, je me permettais de cesser de lutter, et relâchais ma prise, sombrant dans une inconscience temporaire.



(¯`•.¸¸.•´¯`•.¸¸.->


Les rayons du soleil passaient sur ma peau, se jouant des ombres en un savant ballet. Et du haut de mon perchoir, je songeais aux temps passés et ceux à venir. Quel âge avais-je alors ? Jeunesse et insouciance, qui me menaient en ces paysages d’antan. Alors ainsi perdue loin de tout, je ne discernais pas les pas en approche, pas plus que je ne prenais connaissance des branches qui craquaient sur le passage de quelques âmes errantes. Voyageurs, marchands ? Quelle importance à tout ceci. Une interpellation vive et soudaine, et voici que je sursautais désormais. Un mouvement brusque et fatal, puis un craquement sonore, et voici la chute annoncée. Interminable. Choc inévitable.

J’ouvrais les yeux après une inconscience minime, et croisais là le regard de quelques ombres troubles. Je tentais de me redresser, mais chaque parcelle de mon corps paraissait ancrée à même le sol, en une douloureuse étreinte. Et sur ces créatures informes, simple sourire carnassier qui paraissait sur leurs visages. Insouciante, je quémandais leur aide, alors que mon corps répondait d’ores et déjà en quelques instincts, tremblant subitement de toute part. Et peu à peu, la supplique se muait en plainte, la plaine en cri, puis le cri en silence. Un silence de plomb. J’observais ces hommes, tour à tour, les détaillais avec le plus grand soin. Ils ne paraissaient pourtant qu’ombre parmi tant. Je m’arrêtais sur l’un d’eux, tentais de percer le voile. Y parvenais presque… encore un peu.

Quelques images à peine, qui rassemblaient quelques pièces maîtresses d’un passé trouble.



(¯`•.¸¸.•´¯`•.¸¸.->


J’ouvrais les yeux sur une douce lueur dansante alors que les étoiles luisaient encore haut dans le ciel. Je me perdais en cette contemplation l’espace de quelques instants. Quelques instants de simple sérénité, avant ce qui allait suivre. Je tentais de prendre appuis sur mes avant-bras et y parvenais sans peine, plus remontée que jamais. Ainsi, je tournais la tête de droite à gauche, observant les éléments divers : Ao, bien entendu, et l’homme qui désormais se tenait assis, entravé et le corps encore perlé de sueur. Je ne pouvais que supposer la lutte qui s’était jouée, tandis que l’antidote luttait contre l’ultime parcelle de poison présente en son corps. Il souriait, désormais, et soutenait mon regard. Quelque chose paraissait l’amuser, et j’étais pour l’heure décidée à lui ôter toute envie de rire.

Je cherchais machinalement la lame à mon côté, et me rappelais aussitôt que je ne possédais plus ni tenue, ni arme quelconque habituelle. Alors, m’accroupissant tant bien que mal, je lui accordais un regard morne et sans émotions, avant de me tourner vers Ao. Je l’examinais de haut en bas et m’assurais ainsi de son bon état.


« Comment te sens-tu ? »


Je lui laissais le temps nécessaire à la réponse, tentant par la même de comprendre l’étendue des évènements passé. Cela seulement acquis, je pivotais vers le second protagoniste et paraissais changer du tout au tout. Visage, posture, intonations. Je respirais désormais la froideur de la rancune. Une rancune profonde et soudaine.

« Où sont-ils ? »


Il levait les yeux au ciel et se prit à rire.

« Il te faudrait me remercier, ne crois-tu pas ? Voici des années d’ignorance balayées en une seule rencontre. Ah ! J’ignore où ils se trouvent. Ici ou là, sans doute. Laissez-moi reprendre ma route, et je me ferai une joie de les mener vers toi. Ils en seraient assurément ravis ! Que l’un de vous deux me tue, et jamais tu ne les retrouveras. »


Je l’observais attentivement, tandis qu’il se tenait désormais les côtes, trop occupé à se gausser de la situation. C’était sur estimer sa propre importance. Je ne tenais pas outre mesure à lui laisser à loisir de sévir à nouveau. Cependant, je n’avais pas pour habitude de tuer de sang-froid, pas même cet homme. Que faire alors de lui ? Je me tournais à nouveau vers l’Eladrin, sur un soupir las.

« Je te remercie… encore une fois. »


Car ce n’était pas tout cela, mais restait encore que la scène présente laissait à croire qu’il avait assurément risqué sa vie, et fort heureusement, paraissait en ressortir indemne, quoique courbaturé. Encore une fois, car oui, je ne pouvais nier qu’à nouveau, je lui devais la vie. Je ne discernais plus alentours quelconque créature issue de mon imaginaire torturé, et supposais alors en une aisance de mouvement retrouvée, que je regagnais peu à peu pleine possession de mes moyens. Je n’aurai cependant rien eu contre une bonne nuit de repos. Une luxe en ces heures.

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MessageSujet: Re: Une rencontre fortuite mais bienheureuse   Lun 12 Mai 2014 - 10:08

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Je suis appuyé contre un arbre, je surveille les environs, d’autres sont peut-être encore tour près d’ici. Du bruit se fait entendre derrière moi, je tourne la tête sur mes gardes. Elanille se dresse sur ses bras, je me tourne pour lui faire face. Elle semble plutôt en forme après une telle aventure. Pour le moment déboussolé elle cherche des repères. Je suis le premier à en voir son visage.

Ce dernier devient bien sombre à la vue de l’homme entravé. Qui est il ? Elle le connait donc... J’obsèrve la scène, des choses importantes vont se jouer ici, dans très peu de temps. Je ne sais pas encore à quoi m’attendre mais je me prépare à tout. Elle se renseigne quand à mon état, je la rassure en disant que tout va bien, même si mes galipettes n’ont pas été de tout repos. Elle se tourne ensuite vers notre invité, son expression change totallement. Je ne lui avais encore jamais vu ce visage. Froid, fermé presque haineux.

Une discussion vive commence alors entre eux. Elle cherche des gens, à ce que je comprends une histoire vieille de plusieurs années. La tension est palpable, un rien peux rendre la situation explosive. L’homme semble avoir peu de valeur aux yeux d’Elanille mais les informations qu’il détient nettement plus. Il a du commettre bien des atrocités, je ne suis pas juge mais il ne repartira pas libre, ni aux mains de la garde corrompue. Si nul ne peut le faire alors je serais juge et bourreau si la situation l’exige.

« Je te remercie… encore une fois. »


Je réponds d’un signe de tête. Elle semble confuse, la situation n’a pas d’issue. Jamais cet homme ne sera relâché, jamais il ne diras de son propre chef où sont les autres. Il est convaincu qu’il ne peut pas perdre la vie. Deux choix s’offrent à moi, trouver quelque chose qui lui tient plus à coeur que sa vie. Mais avec ce genre d’homme c’est peu probable. Ou lui faire croire que sa vie n’a aucune valeur. Je m’approche tout près de lui, l’air toujours aussi neutre.

“N’y a t-il rien en ce monde qui vaille le coup à tes yeux ?” L’homme garde son sourire au plus large et me rit au visage. “Une famille, une maison, des amis, une idée, une cause ? ... Leur as tu dis convenablement au revoir ?” Son expression change petit à petit, ses lèvres retrouvent leur place et je crois enfin capter son attention. “Je n’ai rien à perdre ici, rien à gagner non plus, ma vie je l’ai déjà gagné aujourd’hui.” Il prends conscience de la situation, si Elanille a besoin des informations qu’il détient moi je n’en ai nullement besoin. Je m’approche d’avantage de façon à ce qu’Elanille n’entende rien. “Je vais trouver tout ce qui compte pour toi et le réduire à néant. Tous les lieux où tu as vécu, tous tes amis, ta famille… retour à la poussière. Ton nom sera effacé de l’histoire, tu n’auras jamais existé”. Je me recule légèrement afin qu’elle entende de nouveaux.

“Quand tout aura disparu, que même tes souvenirs deviendront flous, ces informations seront ton unique richesse”.

Dans une rage folle l’homme se débat, la haine est visible sur son visage. Il pourrait me tuer a main nue. “Vous n’y arriverez pas ! Jamais vous ne ferez ça !”. Je me tourne vers Elanille qui me regarde en se demandant ce que j’ai bien pu lui dire. Je ne réagi pas. Elle doit croire autant que lui que je peux le tuer. Je sors une dague et l’approche du coup de l’homme en lui demandant doucement de se taire, qu’il y a eu assez de morts pour la journée. Il se met à rire "Crois-tu vraiment pouvoir m'atteindre ?" Je me lève et me m’en retourne près de mon arbre? Je m’assieds le dos contre le tronc et porte ma capuche sur ma tête afin de dissimuler mon visage des rayons de lune. Qu'il bluff ou non, il parlera, à lui de choisir si il veut que ce soit facile ou non.

Commence alors une longue attente, lequel de nous deux tiendra le plus longtemps. Je l'observe sans que lui ne puisse voir mon visage, je pourrais ainsi prendre un peu de repos. Un tout autre combat commence, il se passe dans sa tête...
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MessageSujet: Re: Une rencontre fortuite mais bienheureuse   Mar 13 Mai 2014 - 7:25

Ao désormais installé à son aise, je l’observais encore quelques instants. Impassible, il dissimulait son visage à la lueur pâle, et se complaisait désormais en une attente silencieuse. Aussi, je reposais mon regard sur l’homme assis non loin. Il avait cessé de se débattre, désormais, et laissait par moments échapper un gloussement, suivant également le cheminement de ses pensées en un silence de plomb. Quel avait été la nature que leur échange discret ? Je me décidais à ne pas intervenir dans l’immédiat, laissant le temps faire son œuvre, tandis que j’étais en proie à un nouveau malaise. J’aurai aimé le questionner, quant à savoir ce dont ils avaient usé, mais ne me décidais pas à ce propos, pour l’heure. A la place de quoi, je déposais la paume de ma main sur ma tempe, et m’allongeais à demi, tandis que mon regard se perdait à nouveau sur la voute céleste. Là seulement, je songeais à nouveau aux issues probables.

« C’est désagréable, n’est-ce pas ? Songer reprendre le contrôle, pour mieux replonger. Je connais le remède, détaches-moi et je t’aiderai. »


Il avait prononcé ces mots en un murmure, et je riais à mon tour, doucement, sans même prendre la peine de détacher mon regard des étoiles. Il laissa alors planer un moment de silence, probablement troublé par ce manque d’intérêt apparent. Alors, après un moment de songes, il revint à la charge.

« Ce n’est que le commencement. Alors que le poison s’ancrera plus en avant, la démence te gagnera et… »


J’intervenais alors tandis que je levais doucement la main, le ramenant ainsi au silence.

« … et alors dans un moment d’égarement, loin de toute raison, je prendrais ta vie sans une once d’état d’âme ? Je suis curieuse de voir cela. »


Il haussait alors les épaules et posait quelques instants son regard sur Ao, avant de n’en revenir à la contemplation d’un point quelconque, droit devant lui. Il ne riait plus, ou avec moins de constance, paraissant perdu en ses quelques songes. Quelles chances avait-il de s’en tirer indemne ? Je n’aurai su moi-même prendre part à ce questionnement. Si je ne pouvais me résoudre à lui ôter ainsi la vie, le laisser s’en retourner sans autre mesure était à exclure. Alors je fermais les yeux, quelques instants, respirant en un calme qui résultait seul de mon état bancal. Et à nouveau, les minutes passèrent, sans que quiconque n’intervienne. Le temps s’allongeait, interminable. Je laissais échapper un soupir, tentant de me focaliser sur le dénombrement des étoiles en ce ciel clair. Un besoin impérieux de sombrer dans le sommeil, contre lequel je luttais avec plus ou moins de succès. Que n’aurai-je pas donné pour y répondre sur l’instant. C’était à exclure, cependant.

Alors seulement, une exclamation qui devait retenir mon attention.

Il s’adressait à Ao, mais m’observait cependant avec insistance, un large sourire plaqué sur ses lèvres.

« Je n’ai rien à vous dire. Rien à vous apprendre. Je suis encore en vie, parce qu’elle a besoin de moi. Elle ne vous laissera pas me tuer. Je me trompe ? Et puis…[i] - il pivotait doucement vers Ao – Je n’ai rien à perdre non plus, voyez-vous. Si j’avais du temps à perdre en sentiments, alors sans doute serai-je un homme comme vous. Seulement,  ce n’est pas le cas. Vous perdez du temps en bavardages et menaces vaines. Quant à moi, je savoure la douceur du sang. »


Il poussait le vice, sans encore parvenir a son paroxysme. Avait-il prit le parti de mourir ? Cela lui importait-il vraiment ? Ou songeait-il sincèrement que je tenais à ces informations au point de m’interposer en cas de nécessité ? L’aurai-je seulement fait ? Je ne savais moi-même répondre à cette interrogation, pour l’heure.

« Une bien haute et une bien piètre estime de ta vie… »


Je n’avais toujours pas pris la peine de bouger, que cela soit par simple dédain, ou parce que je me sentais sincèrement mal. Un claquement au loin cependant devait me pousser à me redresser, alors que je plissais quelque peu les yeux pour percer la pénombre. L’astre du soir pourtant baignait la scène d’une lueur irréelle, et peu à peu, les contours d’une silhouette se dessinaient. Le cavalier paraissant posséder toutes les peines du monde à tenir sur sa monture, tanguant tantôt à gauche, tantôt à droite, retombant lourdement sur sa selle à chaque mouvement brusque. Il parvenait alors à distance raisonnable, et je croyais reconnaître ces traits juvéniles. Qu’avait-il en ses mains ? J’ouvrais les lèvres en guise d’avertissement, alors que la monture cessait son avancée. Mais bien trop tard, cependant, alors qu’un trait venait se ficher dans le tronc où se tenait Ao. Il avait probablement eu le temps de se mouvoir à l’approche de ce personnage.

Je posais quelques secondes mon regard sur la flèche, et la reconnaissais sans mal. Alors, prenant conscience de la situation, je me glissais non sans peine devant l’homme entravé. Il n’était absolument pas dans mes intention de le protéger, mais simplement destiné à dissuader le piètre archer de tirer à nouveau, car il était à parier qu’il manquerait à nouveau sa cible, et je ne tenais pas à ce que nous en fassions les frais.


« Veux-tu bien cesser cela immédiatement, avant de nous tuer tous trois ! A quoi joues-tu, que fais-tu ici ? »


Le cavalier mettait pied à terre, et encochait une seconde flèche, hésitant. Je soutenais son regard avec insistance et espérais qu’il ne lâche pas sa prise par mégarde. Combien de fois avait-il usé d’une telle arme ? Assurément pas assez. Et il tirait nerveusement sur la corde, puis la détendait, et recommençait ainsi à quelques reprises. Soudain alors, un claquement sec, et je levais les yeux au ciel, tandis que l’homme en mon dos se mettait à rire à gorge déployée. Podapien examinait désormais l’arc, inutile, corde rompue. Voici quelques temps que j’aurai du la changer. Alors seulement, il relevait les yeux vers nous, confus. Quelle excuse avait-il à nous fournir ?  Qu’avait-il donc eu en tête ? Assez tôt, il nous apprenait balbutiant qu’il nous avait suivis depuis un certain temps déjà, et qu’il avait espéré… Quoi donc ? Se porter à notre secours, ou faire justice lui-même ? Ou bien encore risquer bêtement sa vie.

« Je… je suis désolé. »


Il y avait de quoi. Je l’invitais à déposer arc et carquois à mes côtés, et il s’exécutait, un regard en biais vers celui qui se tenait encore en mon dos, et ne paraissais plus capable de cesser de rire. Je sentais son agacement aller croissant, de secondes en secondes, tandis qu’il piétinait nerveusement le sol, poings crispés.

« Rentres chez-toi, veux-tu… »


Les gloussements en mon dos cessèrent quelques secondes. Voici qu’il trouvait une nouvelle proie pour une nouvelle joute verbale, en pleine conscience du sentiment qu’il lui inspirait alors.

« C’est ça, rentres chez toi gamin. Allons, les plus doux des agneaux ne sauraient craindre ta venue. Ce ne sont pas des histoires pour toi, retournes dans les jupons de ta mère. »


Il avait insisté sur ses derniers propos. Volontairement ou pas, c’était le mot de trop. S’emparant d’une lame courte et usée par les âges, pendue à sa taille, Podapien se jetait dans l’élan du désespoir sur le malheureux. Je tentais de le réceptionner au passage, mais encore troublée par ces brumes qui allaient et venaient, je n’intervenais pas assez vite. Qui l’aurait seulement pu ? Et la lame passait la chair. Une première fois d’abord, puis une seconde, une troisième, et autant que nul n’intervenait. Le visage de l’homme désormais figé en un sourire : le premier coup en pleine poitrine avait heureusement pour lui était mortel. Les suivants résultaient seulement de l’acharnement du désespoir.

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MessageSujet: Re: Une rencontre fortuite mais bienheureuse   Ven 16 Mai 2014 - 11:15



Cet homme énigmatique est calme maintenant, que va t-il bien pouvoir faire ensuite ? Elanille est allongé un peu plus loin, elle reprend des forces. Puis l’homme l’interpelle, il tente sa chance avec elle. Peut-être pourra t-il l’ennerver au point d’obtenir ce qu’il veux ou une partie, j’observe et j’écoute attentivement sans bouger le moindre muscle. L’interêt de la situation est de me faire oublier et d’entendre, analyser et retenir la conversation. Sous la colère notre ami peut faire des erreurs et réveler des informations clés. Toute la difficulté est de saisir ces informations. N’étant pas impliqué dans la discussion je peux me concentrer sur ce genre de choses.

Les deux proganistes se jaugent, essayant tour à tour de faire réagir l’autre. C’est un jeu d’équilibriste, déstabiliser l’autre tout en gardant son équilibre. Elanille s’en sort assez bien mais l’homme est lui aussi très doué. Les deux usant de stratagèmes différents, essayant différentes approches, menaces, persuasion, négociation…  Ces joutes verbales ne menant nul part les deux parties arrêtent leur argumentation. Le silence prends alors place, je ne le trouble en rien et continue mon numéro. Le silence de plus en plus pesant rend notre invité de plus en plus agité, je l’observe toujours curieusement.

« Je n’ai rien à vous dire. Rien à vous apprendre. Je suis encore en vie, parce qu’elle a besoin de moi. Elle ne vous laissera pas me tuer. Je me trompe ? Et puis… - il pivotait doucement vers Ao – Je n’ai rien à perdre non plus, voyez-vous. Si j’avais du temps à perdre en sentiments, alors sans doute serai-je un homme comme vous. Seulement,  ce n’est pas le cas. Vous perdez du temps en bavardages et menaces vaines. Quant à moi, je savoure la douceur du sang. »


Discours intéressant qui me laisse sans réaction, pas le moindre muscle ne bouge, excepté un clignement des yeux imperceptible pour lui. Mon absence de réaction fait monter la tension d’un cran, on va y arriver, encore un peu et la partie intéressante arrivera. Comme dit l’adage “Tout vient à point à qui sait attendre” et je savais attendre, la patience étant peut-être la plus grande de mes qualités. Il me suffit donc d’attendre que cet homme soit à point. Un bruit lointain, Elanille se redresse et scrute l’horizon à la recherche de la source de ce bruit. Notre invité se réjouit de cette soudaine interruption. Je profite que son attention soit détourné pour m’éclipser sans bruit. Je me déplace doucement plus loin dans l’obscurité, sans bruit je cherche une position qui va me permettre d’avoir un avantage décisif en cas d’escarmouche.

Un cavalier se détache dans la nuit, peu habitué à monter, cela doit être ses premiers voyages. Rebondissant sur la selle de façon chaotique la scène fait peine à voir. Je n’ai pas le temps de m’amuser, il se dirige vers nous et il semble armé. Je me suis malheureusement mal placé pour l’intercepter. Un flèche est décoché, la situation à bien vite changé. Elanille se place devant notre invité, comme pour le protéger. Pourquoi fait-elle ça ? Il ne mérite pas que l’on se sacrifie pour lui. Je ne m’interposerais pas si il doit lui arriver malheur.
Podapien ! C’est lui l’archer, comment Elanille l’a su ? Il semble déterminé et ne maîtrise pas ce qu’il fait. Il est d’autant plus dangereux, Je ne peux simplement pas l’attaquer ou tenter de le désarmer, ce serais aussi risqué pour lui que pour moi. Elanille tente de le raisonner, la corde cassé de l’arc est le déclic qui fait revenir le jeune homme à lui et prendre conscience de ses actes. Sans que Podapien n’ai pleinement retrouvé ses esprits il est la cible des attaques de l’homme. Les attaques font mouche, Podapien n’a pas la même maîtrise que nous, il est encore jeune. Piqué dans le vif il n’écoute plus sa raison et s’acharne sur sa victime. Je suis trop loin pour intervenir, je ne l’ai pas vu venir.

Je m’approche toujours en silence et n’interrompt en rien la scène qui se déroule devant moi. Une fois la rage du garçon passé, il se rends compte de ses actes, lache la lame porte devant ses yeux larmoyants ses mains ensanglantés et à bout de nerf les fixe sans réagir. Je révèle ma présence, le faisant sursauter. Il se retourne et me regarde apeuré.

“Te sens tu mieux ? Te l’a t-il rendu ?” Levant le bras en direction d’Elanille “Vas tu lui donner les réponses que lui seul possédait ?”  Envahi de remords il ne sait quoi répondre, ses yeux crient au secours, il est perdu. Je ne me laisse en rien attendrir par ce drame. Et ajoute pour le bousculer encore un peu. “Prends ses effets personnel, trouve une pelle, enterre-le.”  Avant qu’Elanille ne puisse contester je tourne sèchement la tête vers elle “Ses actions, son fardeau ! Chacun de nos actes entraîne des conséquences. Il doit apprendre et la leçon commence maintenant”. Je me retourne a nouveau vers Podapien que la peur à envahit. “Qu’attends tu ? Réfléchit vite ! Je t’ai demandé quelque chose …” le secouant par l’épaule “ Aller ! remue toi… BOUGE !” Podapien s’exécute. la situation est inconfortable mais il doit apprendre à agir vite et surtout a ne pas laisser ses émotions dicter ses mouvements.

Je retourne m’appuyer contre un tronc un peu plus loin. Je réfléchis vite, enfermé dans mes pensés le monde extérieur n’existe plus pendant quelques longues secondes. Nous pourrions enfin aller à Bélin, penser que tout est fini, mais il existe une autre façon d’avoir ces réponses. “Nous sommes les seul a le savoir mort, cela doit rester ainsi… Si les autres le pensent sur le point de parler il viendront le faire taire d’une façon ou d’une autre”. La situation prend enfin une tout autre allure, nous prenons l’avantage. Il va falloir l’utiliser de façon convenable. Je me tourne une nouvelle fois vers Podapien, je suis sur qu'il serais incapable de donner son nom si je lui demandais. Je pense que le message est passé, je n'en ai pas fini avec lui mais il a eu assez d'émotions pour la journée. Et puis je ne vais pas le faire creuser avec ses mains. "Laisse, je vais finir... Prends le temps de souffler un peu. Nous le mettrons sur le cheval et nous irons dans un endroit plus propice".

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MessageSujet: Re: Une rencontre fortuite mais bienheureuse   Ven 16 Mai 2014 - 17:49

J’observais la scène, incrédule. Incapable même d’intervenir face à la violence de l’acte. Mais pourquoi cependant n’agissais-je pas ? Assurément était-il de mon devoir d’intervenir, n’est-ce pas ? Là seulement, en ce sang qui se déversait sur ces terres arides et avides, je croyais discerner quelques espoirs s’envoler. Il n’y avait néanmoins nulle brise pour les mener. Où se perdraient-ils alors ? J’avais cru l’innocence du garçonnet blessée, et tandis qu’il menait les derniers assauts, je la savais maintenant anéantie. Il n’était désormais plus envisageable d’aller en sens inverse, car une âme perdue l’est à jamais.

Je n’avais tout d’abord pas pris conscience de l’absence d’Ao, probablement troublée par les évènements proches. Cependant, désormais plus que jamais, je la déplorais. Alors, balayant les alentours, je tentais de discerner la silhouette de l’Eladrin, sans succès, tout d’abord. Je le supposais cependant proche, peinant à croire qu’il s’en soit ainsi détourné. L’aurait-il pu ? Cela aurait été compréhensible, légitime et raisonné. Mais là n’était pas la question, car je pivotais vers le jeune garçon, désormais ahuri devant ses mains ensanglantées. A quoi s’attendait-il ? Je m’apprêtais à intervenir, lorsqu’une voix désormais familière s’élevait non loin, faisant sursauter par la même occasion le malheureux. Autant admettre que je me laissais également surprendre.

Ses propos me paraissaient durs. Je n’intervenais pas, cependant. Je ne devais pas en avoir le temps.  Anticipant probablement mon incapacité à laisser ainsi les choses se dérouler, Ao s’expliquait brièvement. " Ses actions, son fardeau " disait-il. Alors, glissant un regard réprobateur sur l’Eladrin, je laissais un soupir m’échapper, et observais désormais la scène nouvelle : Podapien, mué par une angoisse nouvelle, s’emparait maladroitement du corps sans vie. A quelques reprises, il posait sur Ao un regard inquiet, comme redoutant que quelconque mal ne lui soit fait. Cela n’arriverait pas. Il tentait probablement ainsi de le faire réagir, et cela devait bien tôt faire son œuvre. Jusqu’où irait-il ?

Sur quelques mouvements sereins, il retournait en direction de l’arbre, et s’y adossais en silence. Je le contemplais un instant, avant de ne reposer mon regard sur Podapien. Il bataillait encore avec le corps, déplacé de quelques mètres à peine. Son expression laissait place en une répulsion évidente, tandis que ses mains encore maculées glissaient sur les tissus arrachés. Lambeaux. Son œuvre. Je m’apprêtais à me redresser (tentative douteuse, tout du moins), lorsque le silence devait à nouveau se voir brisé. Alors, prenant appui sur mes bras, je basculais sur le côté et faisais face au locuteur.


« Nous sommes les seul à le savoir mort, cela doit rester ainsi… Si les autres le pensent sur le point de parler ils viendront le faire taire d’une façon ou d’une autre. »


Avait-il seulement conscience de qui ils étaient ? Je doutais pouvoir moi-même le renseigner à ce propos. Visages troubles, tout juste. Il l’avait si bien assuré, je n’avais été présente qu’au mauvais endroit, au mauvais moment. Ce « J » dont le nom resterait méconnu. Cela ne pardonnait en aucun cas leurs actes, mais était-il sensé de suivre leur piste ? Une vengeance personnelle. Que valait le terme de vengeance ? Surement pas la vie d’autrui. Surement pas celle d’Aodrène.

Et alors que je suivais le cheminement de ces pensées, ce dernier devait alors épargner au garçonnet la peine qui lui avait été imposée. Sans doute supposait-il le message passé, et bien ancré.  Il ne devait pas se le faire dire deux fois. Alors, fuyant tant bien que mal le regard de l’Eladrin, il reprenait ma direction. Si mon regard se voulait compatissant, je ne pipais mot cependant.  Alors seulement qu’il parvenait à ma hauteur, je l’interpellais.


« Veux-tu bien m’aider ? »


Il relevait les yeux vers moi, interrogateur. Qu’allait-on encore réclamer de lui ? Lui adressant un mince sourire, je l’apaisais aussitôt sur mes intentions. Il n’était pas question de nous attarder plus longuement et je n’aurai su tenir debout sans appui. Il était certes bien jeune, mais de taille raisonnable, pour son âge – probablement plus grand que la moyenne… pour un varakirois. S’emparant alors de mon arc et de mon carquois, il s’accroupissait tout compte fait et glissant un bras par-dessus son épaule, je retrouvais péniblement mes appuis. Je cru tout d’abord ne pas parvenir à progresser ainsi, mais devais assez tôt constater qu’en plus de posséder une haute stature, il possédait une force raisonnable. Alors l’espace d’un instant je songeais à oublier le garçonnet pour le jeune homme. Il restait cependant à mes yeux et plus que jamais un enfant ayant perdu ses repères.

« Est-ce ton cheval ? »


Il rougissait et je comprenais assez tôt que le propriétaire de l’animal n’allait probablement pas tarder à crier au vol. Avait-il encore d’autres choses à nous apprendre, ou était-ce assez ?

« Pourquoi ne pas avoir sellé Azalée ? »


Il s’empourprait davantage.

« Je… je n’ai pas su l’approcher… »


J’esquissais un mince sourire. Voilà bien qui ne me surprenait tout compte fait pas tant : la jument paraissait avoir un don inné pour flairer les fausses bonnes idées à des lieues à la ronde. Autant s’assurer que celles de Podapien n’avaient rien de glorieux, moins encore alors que nous nous retrouvions avec un homme probablement vidé de son sang sur les bras, les informations qu’il détenait en moins. Je tentais de faire abstraction de ce détail non sans importance. Alors, nous nous rendions aux côtés de la monture, quelque peu nerveuse. Je laissais la paume de ma main passer sous ses naseaux, remonter le long de son encolure, avant de prendre appui sur la selle.

« Ramènes ce cheval chez lui, nous n’avons pas besoin de plus de problèmes… Retournes à l’échoppe, et récupère le troisième… et le sixième bocal sur le deuxième niveau, de l’étagère du fond de la réserve. Récupères également une pomme, et sers-toi en pour amadouer Azalée. Crois-moi, elle ne te fera aucun mal. Selle la, sans oublier les sacoches, et reviens ensuite aussi vite que tu le peux, en évitant si possible les ennuis et quelconque compagnie indésirable…Oh… Laves-toi les mains, et gardes toi bien de les mettre en avant, d’ici là.  »


Il m’observait désormais incrédule, puis questionnais silencieusement Ao du regard. L’encourageant d’un mince sourire, je délaissais prudemment son soutien pour prendre place sur une roche irrégulière et peu confortable. De nombreux vertiges m’assaillaient encore, et je n’aurai sur marcher sur quelconque distance. J’avais besoin d’Azalée, mais par-dessus tout, besoin de ces plantes que je l’avais fait quérir. J’ignorais leur bon usage, mais ne savais contre quoi lutter. Alors cela, ou attendre. Quant à l’étalon dérobé à son propriétaire, je ne jugeais décidément pas sage de le garder à nos côtés, et moins encore de maculer sa robe de sang, qui ne saurait que plus encore questionner son propriétaire. Podapien s’était attiré bien assez de soucis comme cela. Nous aurions par ailleurs eu quelques peines à passer les portes de Varak en compagnie d’un cadavre. Quoique, certains paraissaient exceller en cet art, mais force était de constater que jouer la chance n’était pas pour nous réussir à tous les coups. Je n’avais par ailleurs pas pris la peine de lui mentionner de récupérer de quoi creuser, comme le lui avait laissé sous-entendre Ao plus tôt. Le sol ici était sec, et je supposais que nous perdrions moins d’énergie à brûler le corps, qu’à creuser. Une partie de moi-même cependant hurlait à l’abandon de la carcasse. Charogne parmi tant d’autres. Mon visage s’assombrissait quelque peu, malgré ces airs sereins.

Je laissais cependant et désormais à l’Eladrin tout à loisir de rajouter quelques consignes, voire de contredire l’idée.


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MessageSujet: Re: Une rencontre fortuite mais bienheureuse   Ven 23 Mai 2014 - 13:27


Elanille essaie de rassurer Podapien, un sourire bienveillant et quelques gestes amicaux. Le jeune garçon la soutient tant bien que mal, les jambes encore flageolantes. Les gestes peu assurés, il tente de faire de son mieux. Il commence à dissocier les gestes des pensées. Ce n’est pas encore automatique et il hésite beaucoup mais il arrive à faire ce qu’elle lui demande. Je regarde la scène avec beaucoup d’intérêt. La tension baisse tandis que Podapien me jette des regards emplit de peur. Pauvre garçon, je ne devrais pas lui faire peur ainsi, mais il comprendra ensuite. Son visage est sévère, ses traits dur malgré la peur gravé sur sa face d’ange.

Il est questionné sur la monture qu’il a utilisé pour venir. Il réponds - un peu mal à l’aise - qu’elle n’est pas à lui. Il n’a pas encore la réflexion de quelqu’un de sage mais il est à n’en pas douter pleins de ressources. Il lui faut juste apprendre à tempérer la fougue de sa jeunesse. Je me surprends à parler comme les sage Eladrins, les évènements de ces dernières années m’ont fait grandir bien vite. Son histoire avec Azalée m’amuse, je ne suis pas le seul à qui elle créée des soucis. Elanille et Podapien se rendent auprès de ce cheval, elle se montre douce avec lui. Cette pauvre bête ni peut rien, la rassurer est une bonne chose. Un cheval apeuré est toujours dangereux.

Elanille prends alors la parole et demande à Podapien de ramener le cheval chez lui et lui donne de précieux conseil sur la marche à suivre pour sceller Azalée et revenir sans encombres. Elle demande également des fournitures qui seront j’en suis sûr d’une grande utilité. Une fois fini il me questionne du regard, je hoche la tête en signe de bénédiction. Elle lui à donné que de bon conseils. Malgré tout Elanille ne semblait pas au mieux de sa forme.

Podapien s’exécute bien vite et part. Il semble décidé à mener sa mission à bien sans encombre et ne pas décevoir ma camarade. Je le regarde ensuite s’éloigner de nous. Je m’approche ensuite d’Elanille pour l’aider à retourner près du feu. Le chemin est laborieux mais après des pas hésitants nous y arrivons. Je l’aide à se poser près du feu. Quelques moments de repos seront bénéfiques pour tout le monde. Elle a l’air encore fortement affecté par le traitement qu’ils lui ont fait subir. L’air hagard par moment, cela contraste avec son regard si vif habituellement.

“Repose toi, attendons son retour, je vais me débarrasser de lui”

J’attrape une main du mort et me penche en avant pour me servir du poids de mon corps. C’est assez pénible comme travail, d’autant que je suis assez mince en comparaison de lui et il pèse son poids le bougre. Je ne fais pas dans la dentelle, ce n’est pas le moment de faire des sentiments, je le traine à même le sol. Le principal est d’effacer les traces et de nous reposer, trouver comment faire évoluer les choses. Je m’éloigne du camp, traînant cet homme derrière moi, je passe à travers des buissons et fourrés. Un trou est présent à une bonne cinquantaine de mètre de notre camp, ça ira bien. Peu importe pourquoi ce trou est là, j’y dépose mon fardeau et jette de la terre dessus afin de le recouvrir. Nous viendrons parfaire le travail plus tard si il faut. Je n’ai présentement pas les outils pour cela, ni la force je dois l’avouer.

Une fois ma tache accompli je prends la direction opposé. Je marche silencieusement en direction de notre campement de fortune en prenant soin de masquer le plus gros des traces que j’ai laissé à l’aller. De retour je souri a mon amie et m’assied contre mon arbre, celui qui me supporte depuis le début de cette longue et rude nuit. J’abaisse ma garde un moment, détendu et enfin au repos. La tension s’apaise, je respire calmement les yeux clos avant d’entreprendre un dialogue aussi bien pour moi que pour Elanille.

“Je suis impliqué, je n’ai plus le choix. Je dois avoir la réponse, j’irais au bout des choses.” Ce n’est pas le meilleur moment au vue de la grimace involontaire sur le visage d’Elanille. Mais je suis lancé et je la suppose apte à comprendre ce que que je dis, ainsi je poursuis. “Reculer ne fais plus parti de mes options, si tu souhaite arrêter l’affaire ici et disparaître tu as le droit. D’une façon ou d’une autre je les trouverais”.

Je reste ensuite silencieux, le sommeil commençant à me gagner, la fatigue accumulé des ces derniers jours étant vraiment pesante. Observant la réaction d’Elanille j’entends mes pensées comme si je me parlais à moi même :“Avec elle nous ferons selon ses règles, sans elle ils disparaîtront simplement, rayés de l’histoire”. Je jette un dernier regard plein de bonté sur ma camarade encore assommée par les traitements de ses ravisseurs avant de sombrer dans un sommeil profond.
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MessageSujet: Re: Une rencontre fortuite mais bienheureuse   Mer 28 Mai 2014 - 11:41

Ao approuvait et voici le jeune garçon qui s’en allait maladroitement sur sa monture. Je redoutais que ses mouvements nerveux n’agacent que plus le bel animal. Quelle assise déplorable ! Surement serait-il nécessaire de remédier à cela, en temps et en heure. Je n’avais pour le moment qu’à espérer qu’Azalée se montre aussi douce que son compagnon d’écurie, et ne rechigne pas à faire preuve de bonne volonté. Quelques instants encore, et voici qu’il disparaissait par-delà la pénombre, tandis que le claquement monotone des sabots laissait place au pas feutré de l’Eladrin. Je tournais mon visage sur sa personne et non sans mal, me redressais à ses côtés. Aussitôt, je trouvais son appui et d’un pas maladroit et hésitant, nous parvenions malgré tout auprès du feu.

Il m’aidait à m’installer, et je savourais ce calme nouveau qui cependant, me ramenait en quelques évasions. Mon regard se perdait dans la danse des flammes, et je songeais, sans parvenir à conserver le cours de mes pensées. Choses et autres. Mon expression changeante laissait passer ces émotions diverses, tantôt soucieuse, tantôt bienheureuse. Sans aucun agencement possible. J’étais perdue loin d’ici, cherchant à tâtons le sentier qui menait à la raison. Chemin tortueux et complexe. Une voix cependant et durant l’espace d’un instant devait guider mes pas. Je m’y accrochais, y cherchais un sens. C’était peine perdue. Je sombrais à nouveau en ces terres hostiles et brumeuses.

A demi allongée désormais, j’avais déposé ma joue contre mon avant-bras, et suivais encore ces ombres mouvantes, jusqu’à clore les yeux. Quelques secondes à peine, ou quelques minutes. Et à nouveau ces pas en approche, alors que je posais mon regard sur l’Eladrin qui revenait s’installer à sa place première. Un sourire en réponse à sa propre bienveillance, puis après un instant de calme serein, voici qu’il reprenait la parole. J’étais désormais apte à recevoir ses propos et à les entendre convenablement. Ce va et vient d’inconscience et de lucidité commençait à me peser, voire à m’agacer. J’espérais que Podapien revienne au plus tôt.

Ce qu’il évoquait cependant, devait plus encore retenir mon attention, comme une claque au réveil, et alors je laissais une simple grimace marquer mon visage. Succincte, mais non moins éloquente. S’il en prenait bonne note, cela ne devait pas outre mesure le chagriner, tandis qu’il parvenait au bout de ses propos. Et alors que le silence gagnait à nouveau les environs, je restais de glace, interdite. Sans voix. A propos…depuis combien d’heures à peine connaissais-je cet Eladrin ? Si peu. Le voici cependant qui se lancerait en quête d’hommes dont il ignorait tout, pour une cause dont il ne savait rien. Etait-il à ce point désespéré d’occupations pour perdre ainsi son temps et sa tête ? J’avais pourtant cru comprendre qu’il avait probablement bien mieux à faire, en la recherche de ses compagnons. Il était tout simplement hors de question qu’il ne se détourne de ce chemin principal, pour une histoire qui n’était pas sienne. M’en souciais-je moi-même vraiment ? Voici bien des années maintenant qui s’étaient écoulées, comment pouvais-je seulement m’assurer que ces hommes – si hommes ils étaient – fussent encore en vie ?

Je n’avais pas pour habitude d’aller cueillir les ennuis, bien assez frappaient d’ores et déjà à ma porte. Si ces hommes me cherchaient, ils sauraient bien assez tôt où me trouver. Je n’allais assurément pas leur rendre la tâche plus aisée. Leur importait-il d’ailleurs vraiment de savoir que j’étais encore en vie ? La rumeur semblait courir quant à ma mémoire défaillante. En quel honneur perdraient-ils ainsi leur temps ? Je  n’étais actuellement pas en mesure de leur causer plus de mal. Question de vengeance ? Rancune, rancœur ? Quelques éléments me manquaient encore pour éveiller ces sentiments. Alors ce moment venu, sans doute n’aurai-je de cesse que de chercher leur trace. A ce moment alors oui, sans doute, ne serai-je plus passive face à ceux-là.

A cet instant cependant, je me préoccupais bien davantage de l’enterrement de Lurielle, de la culpabilité qui me rongeait, de la santé de Podapien, du droit chemin d’Ao. J’avais bien assez à me soucier d’autrui, pour bannir tout sentiment hostile. Et sans doute était-ce mieux ainsi. La haine et le désir de vengeance changent les hommes. Ils les rendent amères et aveugles. Alors oui, sans doute n’avais-je que, durant toutes ces années, cherché à ériger une barrière entre ces évènements passés, dans l’optique seule de ne pas perdre celle que j’étais. La vengeance impliquait bien des choses, et me vouer à ses désirs impliquait de m’égarer en chemin, oublier mes principes fondamentaux. Etait-il raisonnable d’ouvrir la cage à une lionne en colère ? Assurément pas.

Quels indices auraient su le mener jusqu’à eux ? Certains que je possédais probablement, mais je n’étais actuellement pas décidée à le mener sur ces chemins. Espérais-je vraiment le décourager ainsi ? J’étais bien décidée à avoir une conversation avec lui à ce propos…

Je m’étais à nouveau égarée dans les flammes, et alors que je revenais sur sa personne, je le trouvais endormi. Un mince sourire esquissé, et je guettais désormais le retour du garçonnet. Combien de temps s’était écoulé ? Bercée par la respiration d’Ao, régulière, et le crépitement des flammes, je luttais désormais contre cette torpeur revenue à la charge. Il n’était pas question de céder à l’inconscience. Et alors que les minutes passaient, les heures peut être, un hennissement non loin me poussait à me redresser. Encore quelques secondes, et je discernais la belle robe pie-noire d’Azalée. Qu’il était doux de la revoir, tandis qu’elle malmenait son cavalier sur un galop soutenu. Arrivée non loin, elle planta fermement ses sabots dans le sol, et stoppa net, envoyant Podapien valser par-dessus son encolure. Je la réprimandais d’un regard sombre, et elle achevait de traverser la distance qui nous séparait d’un petit trop sautillant, fière de son arrivée en fanfare.

Si son regard se portait un bref instant sur l’Eladrin, elle l’ignorait ensuite royalement, soulevant un bon nuage de poussière sous ses sabots.

La jument laissait son museau passer dans mes cheveux, et protestant contre ce traitement, je la repoussais délicatement. Alors non loin, j’observais le pauvre Podapien se redresser tout en se tenant les côtés. Elle ne l’avait assurément pas ménagé. Il s’en tirerait probablement avec quelques hématomes, mais rien de cassé. Retrouvant doucement sa respiration, il se complaisait en quelques jurons bien sentis, avant de nous rejoindre à son tour, un regard noir porté sur la jument.


« Une pomme et tout ira bien, hein… Ce n’est pas faute de lui en avoir donné trois ! »


Je me prenais à rire, bien malgré moi. S’il était en état de rouspéter, c’est qu’il n’était pas si mal en point que cela. Alors, les épaules voutées, il détachait les sacoches et la selle, et en déposait une à mes côtés, puis une seconde auprès d’Ao. Je laissais ma main aller dans la première, saisissant un flacon dans lequel reposait une feuille brunâtre, elle-même baignant en un liquide peu engageant. Sans attendre, je l’ouvrais et en avalais le contenu, laissant la feuille à sa place. Grimace inévitable, je toussais. Si l’odeur qui s’en échappait n’était finalement pas si désagréable, le liquide était amer et indigeste. Je replaçais aussitôt la fiole et sa feuille dans la sacoche, et remerciais d’un hochement de tête le coursier. Sur un sourire, ce dernier en venait ensuite à l’Eladrin et à la seconde sacoche. S’accroupissant à ses côtés – et loin de se douter que sa venue venait de l’éveiller plutôt brusquement – il ouvrait la sacoche et en sortait un morceau de pain, qu’il lui tendait timidement.

« Je vous ai également apporté de quoi manger… J’ai pensé que vous pourriez avoir faim… et soif. »


Et il s’emparait également d’une gourde, qu’il déposait à ses côtés. D’autres éléments encore plus ou moins utiles reposaient dans les deux sacoches.

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MessageSujet: Re: Une rencontre fortuite mais bienheureuse   Mar 3 Juin 2014 - 17:59



Une falaise de nuit, il fait vraiment sombre, le froid est glacial je suis la falaise sans trop savoir où je vais ni où je suis. Il y a du vent, de la poussière, malgré ma nyctalopie voir m’est difficile. Des grognements retentissent dans la nuit, des animaux chassent, des loups mais ils ne sont pas seuls. Quelque chose cloche, je presse le pas, en contre bas des gens acculés contre la parois… Tout se passe très vite, mon énergie se canalise et sans que j’ai le temps de réfléchir je saute à coté des malheureux, frappant mon point au sol. Un mot ancien raisonnait dans les airs “gol’spaan” des rayons lumineux frappent le sol dessinant un étrange symbol. Une sensation de puissance m’envahit alors, comme tout ceux qui sont sur le symbol, une vision fantasmagorique, je tente de comprendre …

~*-.,_,.-*~

Un bruit de sabot me tire de mon sommeil. Un sommeil profond et réparateur après les évènements des dernière heures, mais interrompu en plein milieu. J’ai les yeux embués et je ne sais pas ce qui va encore nous tomber dessus, j’essaie de toutes mes forces et par tous les moyens de retrouver rapidement mes esprits et d’appréhender au mieux la situation. Je n’aurais pas du dormir de la sorte en cet endroit. Et quel était ce rêve, qu’est ce que cela veux dire ? J’ai une étrange sensation dans la main, comme si je venais de soigner quelqu’un, ce qui n’est pourtant pas le cas.

Les bruits de sabots cessent soudain, et s’en suit une chute. Je distingue un cavalier malhabile choir de sa monture. La scène est floue, je n’arrive pas à reconnaître l’individu. Elanille redresse la tête, elle semble ne pas avoir peur, est les effets de la toxine ou connaît-elle l’individu ? Je retrouve peu à peu mes esprits. Podapien et cette bourrique d’Azalée, la brave bête, courageuse mais toujours aussi têtu. Elanille riant de la scène et Podapien laissant aller ses réflexions, la situation a un certain coté cocasse qui nous fait du bien à tous.

Le jeune homme reprenant ses esprits et retrouvant son équilibre il défait les sacoches et en dépose une après d’Elanille, elle en sort des flacons au contenu différents. Elle en ouvre un et avale son contenu en laissant s’échapper une drôle de grimace. Il abandonne la sacoche et vient me porter la seconde. Accroupi a mes cotés il en sort un morceau de pain et me le tend. Je l’attrape volontiers et en romps un morceau. Podapien pose la sacoche et une gourde à mes coté puis se redresse pendant que je le remercie. Il me parrait plus serein que tout à l’heure, il a eu le temps de réfléchir à tout cela et ses réactions s’en ressentent

Je prends une bouchée de pain et examine le contenu de la sacoche. Une corde, quelques bandages, un capuchon. Rien d’utile pour le moment. Mais ça aura certainement toute son utilité plus tard. Je bois quelques gorgées d’eau et repose la gourde dans la sacoche ainsi que le morceau de pain restant puis je tends le tout à Podapien en lui faisant signe de porter le tout à Elanille. Cela lui permettra de reprendre des forces et certainement de faire passer le goût de la chose qu’elle vient d’avaler. J’espère qu’elle sait ce qu’elle fait, je ne connais pas bien les plantes et encore moins celle de ce continent

Nous ne sommes pas au meilleur endroit mais changer de position n’est pas judicieux non plus. Elanille prendra la décision. Je ne sais toujours pas dans quoi je suis embarqué mais j’y suis jusqu’au cou. Cette quête me mènera peut-être vers les miens. En attendant cette histoire doit être éclaircie, je dois savoir ce qui se trame, ce qui c’est passé. Je n’ai rien de mieux à faire.

Après quelques moments dans mes pensées je prends la parole. “Je suggère que nous passions la nuit ici, nous rentrerons demain reposé”. Suite à quoi je regarde mes deux camarades, attendant une réponse de leur part. La nuit n’a pas été de tout repos et malgré mon sommeil récent je ne me sens pas pret à partir dans de nouvelles péripéties, quelques heures de sommeil de plus me semble un bon début, cela me donnera aussi le temps d’analyser plus en détail ce rêve étrange. De plus le voyage retrour ne sera que plus aisé avec les premiers rayons du soleil. Ils y verront mieux.

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MessageSujet: Re: Une rencontre fortuite mais bienheureuse   Mer 4 Juin 2014 - 9:25

Ao mangeait, et Podapien en paraissait bienheureux. Je ne pouvais que partager son point de vue. Alors, lorsqu’il revint vers moi, je m’emparais simplement de la gourde et la glissait jusqu’à mes lèvres, en avalant une unique gorgée. Ce n’était pas assez pour passer l’amertume, mais plus que je n’en avais besoin pour le moment. Je laissais donc au garçonnet le loisir de s’emparer d’un morceau de pain, et de manger à sa faim. Il ne devait pas se faire prier plus longtemps, revenant s’installer près du feu, picorant son morceau de pain. S’il paraissait en apparence avoir recouvré une certaine sérénité, je redoutais l’après coup. Réalisait-il vraiment encore ce qu’impliquait son geste ?  

Alors que je m’attardais sur ces songes, ce devait être l’Eladrin qui, le premier, me ramenait à l’instant présent. J’avais noté chez lui un certain tracas dont l’origine m’était encore inconnue. J’étais cependant décidée à le questionner si l’occasion se présentait.


« Je suggère que nous passions la nuit ici, nous rentrerons demain reposé. »


Croisant son regard, je l’observais quelques instants avant de pivoter vers le garçonnet qui ne paraissait pas outre mesure disposé à remonter en selle dans l’immédiat.  Alors seulement, je hochais la tête. Je n’étais moi-même en état de tenir quelconque distance, et du repos serait assurément bienvenu.

« C’est entendu. »


Aussitôt, Podapien bondissait sur ses jambes aussi promptement qu’aurait bondi un lapin fuyant son prédateur. Mais il ne devait pas détaler. Une mine sérieuse marquée, il déposait ses mains sur ses hanches en guise de détermination. Redressant tête et épaules, il clamait ensuite d’une voix qui se voulait sans reproche. Qui se voulait, seulement, car le charisme n’était pas au rendez-vous, et je le supposais encore en proie au tourment de ses actes passés.

« Je veillerai sur vos songes. Dormez, je vous éveillerai au moindre mouvement suspect. »


Haussant doucement les épaules, je n’y opposais pas de refus. Une première raison à cela, et probablement la plus évidente, reposait dans le fait que je n’aurai moi-même su tenir un tour de garde digne de ce nom. La seconde naissait de la confiance que j’accordais plus encore à ce jeune homme depuis peu : il se sentait coupable et honteux ; fort à parier que tous ses sens seraient alors en éveil, désireux de ne pas faire de second écart. La troisième, mais non la moindre, relevait sur un départ proche, et le refus catégorique de le mener à ma suite. Demain dès l’aube, Podapien retrouverait le chemin de sa demeure, et il aurait alors tout à loisir de se reposer. Voilà qui était chose entendue.

Glissant alors quelques douces paroles à la jument qui s’était allongée non loin, je laissais distraitement ma main passer sur son flanc, avant de balayer les environs d’un coup d’œil inquisiteur, et puis alors, seulement, je m’accordais un temps de repos, cédant à l’appel doucereux de l’inconscience. Il ne devait pas falloir plus de quelques minutes pour que je ne sombre à nouveau parmi ces brumes, livrant un ultime combat au travers de ces songes obscurs et tourmentés.

Ainsi passèrent les minutes.

Podapien installé à même le sol, observait tantôt à droite, puis à gauche. S’il continuait ainsi, il était à parier qu’il ne tarderait à pas à se froisser un muscle. Alors, glissant sa main sur sa nuque, il se redressait et entamait une ronde qui passait derrière l’arbre où se tenait l’Eladrin, à quelques pas du feu, puis continuait ainsi jusqu’à revenir à son point premier. Légèrement vêtu, il resserrait ses bras sur son corps frêle tandis qu’une brise légère se levait, rendant le fond de l’air plus frais. Je frissonnais moi-même et m’éveillais peu de temps après cela. Machinalement, je me redressais, cherchant du regard le garçonnet en marche. Assez tôt, je croisais son regard, et il se rendait jusqu’à moi. Azalée, qui s’était redressée durant mon sommeil, l’observait d’un œil mauvais, presque moqueur. Il cessa son avancée, et je lui indiquais d’un mouvement de la main de se rapprocher plus encore. Alors à contre cœur, il s’exécutait, ne lâchant pas la jument du regard, comme redoutant encore de mauvais traitements.


« Je vais prendre ta place jusqu’à l’Aube, dors et reposes toi. »


Un murmure à peine, désireuse de ne pas éveiller l’Eladrin qui paraissait alors profondément endormi. Ce n’était cependant pas une demande, et je n’attendais pas de réponse. Il parut néanmoins hésiter, m’observant de haut en bas. S’inquiétait-il de mon état ? Un sourire et voici que je lui assurais me sentir bien mieux. Ce n’était ni totalement vrai, ni totalement faux. Ce temps de repos m’avait permis de récupérer, et les herbes achevaient désormais de chasser mon trouble. Si je peinais à me redresser, désormais, cela ne durait pas plus que le temps nécessaire à lutter contre quelques étourdissements. Alors, pour lui assurer de mes propos, je me redressais doucement jusqu’à prendre appui sur mes deux pieds, et me tenais devant lui. Une grimace, puis il cédait, comprenant probablement qu’il n’aurait assurément pas le dernier mot. S’allongeant à son tour, il prenait grand soin de ne pas rester à proximité de la jument.

Une fois assurée que tous se reposaient désormais, je claquais doucement de la langue, tandis qu’Azalée retrouvait mon côté.


« Cesse donc de tourmenter ces deux-là, veux-tu ? Nous rentrerons bientôt, sois sereine. Aldéas sera probablement ravi de te revoir… Quant à Helen… J’espère que son état s’est arrangé. Il ne peut en être autrement, c’est une femme forte… Qu’en dis-tu ? »


La jument secouait largement son encolure de haut en bas, et je riais discrètement. Me comprenait-elle seulement ? En un sens, assurément. Au moins ressentait-elle la mélancolie qui émanait de mes propos, et alors amère, je laissais mon visage s’enfouir parmi sa crinière, mêlant auburn et noir de jais.

« Voici que, pour la toute première fois, Hydrasil me manque… Ses vastes forêts au dense feuillage. Ses étendues sauvages et verdoyantes. Eloy doit probablement savourer ton absence… Un pré à lui seul ! »


Alors à nouveau, je riais doucement, tandis que la jument renâclait.

« Je crois m’estimer heureuse que tu ne puisses me répondre. »


Laissant ma main glisser sur son museau, je pivotais brusquement, discernant une ombre du coin de l’œil. Un frisson me parcourait l’échine, aussitôt. Balayant les environs d’un nouveau coup d’œil soucieux, je ne discernais rien de plus. Ombre parmi les ombres. Etait-il nécessaire d’éveiller Aodrène ? Je ne le pensais pas ; le ciel dégagé et la lune présente me permettaient de conserver un bon champ de vision. Il n’y avait rien, voilà tout. Ou bien, s’il y avait eu quelque chose, ce quelque chose n’était plus là. Un animal sauvage, éventuellement ? Je me retournais vers Azalée, et la trouvais tendue, nerveuse, claquant d’un sabot, puis de l’autre. Glissant ma main sur son encolure, je tentais de l’apaiser en de douces paroles.

Tuse, Varak, l’Auberge et ici, désormais. Ce n’était pas le moment de paniquer face à des Ombres.

Recouvrant assez tôt mon sang froid, j’empoignais délicatement les rênes de la jument et la délaissais à quelques pas de là, retrouvant la douce chaleur du campement provisoire. Podapien avait manifestement assuré un bon maintien des flammes. Je m’emparais alors de mon arc, et l’examinais soigneusement. Seule la corde était rompue, il m’en faudrait une nouvelle. L’arme en elle-même paraissait autrement en bon état. Une bonne nouvelle en soit. Je continuais cependant un examen minutieux, qui devait me tenir occupée encore quelques temps, tandis que mes doigts suivaient distraitement les gravures entrelacées. Alors en cet ouvrage, chaque sens restait cependant alerte au moindre son, au moindre mouvement distinct du crépitement des flammes, de la jument qui se mouvait de temps à autre, et de la respiration régulière de mes deux compagnons. Qu’ils dorment encore un temps, car l’Aube n’allait pas tarder à poindre.



(¯`•.¸¸.•´¯`•.¸¸.->


Car l’Aube vint, aussi naturellement qu’elle se devait de le faire. A l’instar de chaque nuit passée qui cédait place à un jour nouveau. La brise s’en était allée et le ciel clair ne laissait passer par l’ombre d’un nuage. Quand avait-il plu ici, pour la dernière fois ? Le sol sec laissait à présager que rien de tel n’était arrivé dans les jours précédents. Quant à moi ? Je guettais l’horizon, tandis que le soleil baignait la scène de ses premiers rayons rougeoyants. Genoux remontés, soutenant mon menton, j’étais songeuse. Aussi, lorsqu’un mouvement parut derrière moi, je pivotais et me redressais. Podapien dormait encore, ce qui n’était plus le cas d’Ao. Je le questionnais aussitôt, son trouble de la veille encore en mémoire.

« Comment te sens-tu ? »


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MessageSujet: Re: Une rencontre fortuite mais bienheureuse   Mer 4 Juin 2014 - 15:44



Ils me regardent eux aussi puis s’interrogent mutuellement du regard. L’échange est bref, Elanille accepte pour mon plus grand soulagement ma proposition. Dès lors Podapien se propose de monter la garde enhardi par son désir de nous prouver sa valeur. L’attention est louable, bien que ses capacités limités son offre est des plus raisonnable et si le garçon s’y tient tout se déroulera bien. Je me garde de commentaire, si il ne tente pas d’acte héroïque ou de choses stupides et solitaires nous passerons la nuit. Elanille ne semble pas contre non plus, nous devrions avoir maintenant un peu de répis.

Je regarde le manège des deux protagoniste, toujours au même endroit. Elanille semble chuchoter quelques paroles à Azalée tandis que Podapien prends sont rôle de sentinelle très à coeur. Le garçon inspecte chaque élément nous entourant chaque feuille bougé par le vent fait l’objet d’un examen aproffondi. Cette vision est réconfortante, bien que le jeune homme manque d’expérience il à de la volonté et une grande motivation. Elanille a maintenant la respiration profonde et régulière d’une personne endormie. Je relâche mes muscles, repositionne mon capuchon  et ferme les yeux il est temps pour moi de faire de même. Je glisse lentement au pays des rêves...

~*-.,_,.-*~

Je suis au même endroit que lors de mon dernier rêve. Le sol porte une marque, une glyphe, j’ai déjà vu ce symbol. Il ne m’est pas inconnu mais je n’arrive pas à savoir d’où il vient. Les gens ne sont plus là, il n’y a pas de trace de lutte, mais des traces de fuite. Que c’est-il passé ici ?

Je suis les traces, le décors change étrangement vite, je me retrouve au bord d’une rivière, je suis le courant dans l’espoir de trouver un village où quelques signes de vie. Après un long moment de marche je n’aperçois toujours rien, le paysage ne change quasiment pas. Cette interminable rivière longeant une forêt dont les arbres s’étendent à perte de vue. Quand enfin, apparaît un lac. Je m’en approche pour me retrouver les pieds dans l’eau je me penche pour porter un peu d’eau à mes lèvres quand je me stop net devant le reflet que l’eau me renvoie.

Je me reconnais dans les contours mais ce n’est pas moi, mes yeux sont illuminé, d’un bleu intense ils luisent, une aura semble se détacher de ma personne. Je porte mes mains à mon visage et stupéfait je m’arrete la aussi dans mon geste. Je ressent une grande puissance, comme un fluide parcourant tout mon corps et rayonnant au delà de ma personne. Cette sensation est aussi grisante qu’effrayante. Que suis-je devenu ? Qu’est ce que tout cela signifie ? Je n’ai pas le temps de poser d’autres questions qu’un phénomène étrange apparaît mes veines se mettent a se luire elles aussi. Une lumière blanche aux teintes bleutés, des couleurs pures réchauffant le coeur et appaisant mes craintes, je sens le même fluide couler en moi que quand je soigne quelqu’un. Je suis maintenant curieux plus qu’effrayé, cette magie est bénéfique et ne peux pas me faire de mal.

Le monde s’éstompe je suis maintenant absorbé dans la lumière entière...

~*-.,_,.-*~

J’ouvre les yeux sur la réalité les rayons du soleil sur mon visage me réchauffent la peau et le coeur. Qu’il est bon de se reveiller sur ce spectacle magnifique. Je me suis assez reposé, bien que cette nuit fut la plus étrange depuis bien longtemps je n’ai pas le temps de m’interroger sur ces rêves. Podapien est endormi et Elanille le genoux dans les mentons veille. Elle aurais du venir me lever, c’est elle qui avait le plus besoin de repos. Je me dirige sans bruit vers elle afin de ne pas réveiller le garçon. Aussitôt Elanille me questionne : “Comment te sens-tu ?”. Un peu direct mais je réponds avec courtoisie “Très bien merci, et toi ? Les plantes ont-elles fait effet ? Tu as meilleure mine !” Je ne souhaite pas relater les évenements rêvé de cette nuit, tout est encore trop flou. Je ne sais moi même pas pourquoi je fais ce rêve.

Une fois rassuré je m’éloigne un peu du camp. J’ai aperçu quelques baies en traînant le corps la veille, cela fera un petit déjeuner frugal mais suffisant. Je retrouve aisément les buissons et recueille des baies. Je fait attention à ne prendre que les plus mûres, je ne connais pas ces fruits, je me garde d’en manger tant qu’Elanille n’a pas donné son approbation. Je retourne donc lui présenter ma trouvaille. Je dispose les baies sur une souche avec les reste de pain et la gourde d’eau. Pour le reste nous verrons une fois à Varak.

Je m’égare dans mes pensées, fixant ma main qui est comme à son habitude. Je repense a mon rêve, cette lumière et cette sensation. Quelle est la signification de tout cela ? Podapien me sort de cette torpeur en se levant. A voir sa moue la nuit à été courte, cela me fait rire. “Allez jeune homme, un effort, un petit déjeuner léger et nous rentrons enfin !”. J’étouffe les dernières braises afin d’éviter tout risque de départ de feu sur ces terre quasiment aride. Le soleil tape vraiment fort dans le coin, nous ferions mieux de partir tant qu’il y a encore un peu de fraîcheur.
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MessageSujet: Re: Une rencontre fortuite mais bienheureuse   Jeu 5 Juin 2014 - 16:30

J’avais sans doute manqué de délicatesse, et lui glissais un « bonjour » discret, voire embarrassé. Cela fait seulement, je prenais le temps de me pencher plus avant sur son questionnement. Je me trouvais bien mieux, et ne manquais pas de le lui signaler. Il n’était plus nécessaire de se tourmenter plus que de raison à ce propos. Je ponctuais alors cet énoncé d’une mimique radieuse qui étirait la commissure de mes lèvres, et marquait quelques légers plis aux coins des yeux. Voici alors la gêne précédemment occasionnée par la même balayée.

Iris de glace qui a la lueur rougeoyante dansaient de mille feux.

Il prenait alors ses distances, et je recouvrais une expression impassible, presque songeuse, tandis que mon regard se posait à nouveau sur le spectacle d’une aube nouvelle. La lueur baignant le paysage alentours rendait la scène presque irréelle. Une rare beauté. Un calme serein. Je me laissais bercer par une quiétude éphémère, un ravissement candide. Alors la ligne d’horizon seulement passée, je me redressais et examinais les alentours : nulle âme qui vive en dehors de nos trois personnes. Cela ne saurait durer, Varak était réputé pour son commerce, les voyageurs alentours étaient nombreux. J’étais même étonnée que nous n’en ayons encore croisé aucun. Sans doute était-ce mieux ainsi.

Aodrène revenait alors, tandis que Podapien laissait présager un éveil proche.

Quelques baies roulaient et je remerciais l’Eladrin pour sa récolte ; une charmante attention. M’en emparant d’une unique, je l’examinais promptement et dissipais aussitôt ses doutes : ces baies pouvaient se voir consommées sans risque. Appuyant mes propos, je glissais entre mes lèvres celle que je tenais en main : délicieusement sucrée sans une once d’amertume. Un met qui aurait accommodé de très bons plats. Cependant, pour l’heure, il ajoutait assurément à ma bonne humeur. J’en venais presque à oublier, l’espace de quelques instants, les heures passées et celles à venir.

Je relevais alors mon visage en direction de l’Eladrin, décidée à le remercier une nouvelle fois, mais ne parvenais pas à prononcer le moindre énoncé. Au lieu de cela, quelques marques soucieuses passaient brièvement tandis que je le trouvais songeur et préoccupé, son regard rivé sur ses mains. Qu’est ce qui pouvait ainsi le tourmenter ? Cela me tracassait, mais Aodrène ne paraissait en aucun cas et pour l’heure décidé à commenter son trouble. Un mouvement en périphérie, et je m’en détournais instamment, tandis que le forgeron revenait également au moment présent : Podapien retrouvait à son tour le chemin de la conscience, quelque peu ronchon quant au manque de sommeil. Rien ne remplacerait jamais sa couche, se déchargeait-il penaud tandis qu’il tentait maladroitement de replacer sa chevelure mêlée.

Cela devait faire rire l’Eladrin. Je souriais moi-même.

Convié à se restaurer, le jeune homme venait prendre place à la gauche d’Ao et l’estomac plus pressant que l’embarras, il s’emparait de quelques baies et d’un morceau de pain, remerciant l’Eladrin. Au moins n’avait-il clairement pas perdu de sa gourmandise. Contentée par ce constat je m’emparais également d’une maigre poignée de baies, mais ne m’intéressais pas au morceau de pain restant, l’estomac encore malmené par le liquide ingéré durant la nuit.

Quant à Azalée ? Elle avait pris la direction même empruntée par Ao quelques instants plus avant, et savourait également quelques baies sucrées à même la source.

Voici donc chaque protagoniste contenté et disposé à reprendre la route. Ao terminait de s’assurer que nulle braise de subsistait tandis que j’achevais moi-même d’équiper la jument. Sacoches en place, je proposais à qui en avait la nécessité de monter en selle. Podapien secouait son visage de droite à gauche, farouchement. Quant à Ao ? Azalée l’observait avec insistance, presque provocante. J’aurai été curieuse de voir le duo se former, et me serai bien entendu assurée que la jument se tienne tranquille si tel était son souhait.

Alors nous empruntions les sentiers reculés menant à Varak. Le soleil montant menait avec lui une chaleur qui n’allait probablement pas tarder à rendre chaque pas plus pénible. Assurément serions-nous cependant parvenus à passer les murs ce moment venu. Assez tôt, nous n’étions plus seuls à cheminer, et les voyageurs devenaient communs. Ici, un groupe de jeunes demoiselle chantonnant à l’avant d’une charrette. Là, un marchand ambulant retournant à ses terres. Ici encore, un homme isolé, encapuchonné. Nombreux encore devaient croiser nos chemins, en un sens ou un autre. Si j’observais tout d’abord chaque homme et chaque femme en présence, quelque peu oppressée par ce renouveau d’agitation, j’abandonnais cependant quelques temps après cet examen usant et à priori sans réel intérêt. Je prenais par moment appui sur la jument, quelques secondes à peine, le temps d’un étourdissement.

Combien de temps avions nous ainsi cheminé ? Nous ne nous tenions assurément pas si loin de la cité.

Alors finalement, nous parvenions au pied des murs de Varak, et passions son enceinte sans autre procès. Ici en présence, trois personnages et un animal : rien d’alarmant en soit. Je proposais à Ao de mener Podapien jusqu’à l’échoppe de sa mère (il ne me semblait pas judicieux de le mener en sa demeure pour le moment), tandis que je mènerai moi-même la jument à l’écurie. La chaleur devenait ambiante, et il était désormais nécessaire de la faire boire et se reposer. Le temps nécessaire à la desceller et la panser un minimum avant de les rejoindre alors.  M’assurant leur accord, je les quittais seulement sur un sourire entendu, me perdant parmi les nombreux passants et d’un pas assuré, je gagnais l’écurie.

Selle et bride déposées en un recoin, je pansais soigneusement la robe ici noir de jais, là blanc comme la neige. Quelques temps à peine, et je laissais à la jument le loisir de se rendre à l’abreuvoir. Je n’avais pas innocemment délaissé mes deux compagnons et me souciais désormais de ma tâche à venir. Si elle me paraissait jusqu’alors chose insurmontable, une évidence raisonnait désormais comme idée la plus judicieuse. Je n’aurai su agir par moi-même, mais savais bien heureusement où chercher. Aodrène en avait jusqu’alors fait plus que nécessaire, et je ne tenais pas à lui imposer ce nouvel ouvrage. Il était cependant heure à se hâter. Alors, tournant le dos aux écuries, je me perdais en ce labyrinthe de rues et ruelles, d’un pas mesuré et sûr.

J’avais soigneusement contourné l’échoppe et me trouvais désormais sur le seuil d’une demeure modeste. Un coup, puis deux, et un troisième. Le battant s’ouvrait désormais sur un homme aux larges épaules, au ventre bedonnant et à la barbe épaisse et mêlée. Ses yeux se perdaient au travers de larges sourcils, donnant à l’homme un caractère rustre et négligé. Son visage fermé laissait transpercer une mine renfrognée. Autant s’assurer que l’allure en elle-même laissait à quiconque ce désir impérieux de tourner les talons, sans creuser plus avant. Je lui adressais cependant une mine chaleureuse, et recevais non sans une grimace involontaire, une large tape sur l’épaule. Cet homme n’avait aucune conscience de la puissance qui émanait de son corps.

Je le saluais ainsi et sur sa demande, allais à sa suite. Je devais m’assurer un discours prompt, mais convainquant.

Ainsi nous échangions durant quelques temps. Quelques minutes à peine. Longues minutes durant lesquelles je mêlais charme et négociation. Alors finalement, nous nous entendions en un accord. Lorsque nous parvenions à nouveau à la vue de tous, il paraissait plus guilleret que je ne l’étais moi-même. S’emparant de ma main, il la secouait vivement de haut en bas et me tirait une nouvelle grimace douloureuse.


« Nous nous occuperons de cela. Songez à cet accord, sans quoi nous serions contraints de venir réclamer ce qui nous est dû. »


Je haussais doucement les épaules, apparemment détachée.

« Je n’oublie jamais un accord. Venez demain, comme convenu, et d’ici là… faites ce que vous avez à faire. »


Riant grassement, il laissait le battant se sceller derrière son imposante carrure. Quant à moi ? Je restais quelques secondes immobile, avant de reprendre ma route en direction de l’échoppe. Je pressais le pas, consciente de mon absence prolongée. Le regard obstinément rivé sur les dalles que je foulais, je songeais aux propos tenus. J’étais encore sombre et troublée, tandis que je parvenais non loin de l’herboristerie. Cependant désireuse de ne pas tracasser outre mesure mes deux compagnons que j’espérais trouver là, je m’imposais une mine sereine et passais le seuil sur un sourire. Les priant de me pardonner ce temps passé, je m’assurais que tout se passait au mieux les concernant, en un échange léger. Mon regard passait alors de Podapien à Aodrène, et je m’arrêtais quelques secondes sur ce dernier. Je tenais à converser avec lui quant à ce rendez-vous impromptu, mais également à aborder les heures passées et à venir.

Qu’allait-il décider, désormais ? Ce moment lui était accordé pour prendre du recul et revenir à ses préoccupations premières. Il m’avait assurément été d’une grande aide, et je lui étais redevable. S’il m’était donné de lui accorder secours de quelque manière que ce soit, la chose serait acquise. Mais pour l’heure…


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MessageSujet: Re: Une rencontre fortuite mais bienheureuse   Mer 11 Juin 2014 - 16:00



Elanille s’occupe de préparer Azalée, je suis plutôt heureux de n’avoir pas à le faire moi même. Non que je ne sache le faire mais je n’ai pas envie de me fortter à la jument de si bon matin et je pense qu’il en va de même pour elle. Très prévenante Elanlille propose de prendre la place sur la jument, je refuse avec courtoisie. Marche me fera le plus grand bien, un peu d’exercice de bon matin m’a toujours mis en forme pour la journée.

La route du retour débute, nous prenons les petits chemins, la promenade est agréable. Le soleil commence à chauffer l’air. Je profite de ce moment, tous ces passant ne m’inquiètent pas. Nous sommes trois et la plupart sont peu nombreux. Je me sens un peu mieux au milieu de cette foule. Ils ne peuvent pas être tous de mèche. De petits animaux courent loin de l’agitation des sentiers. Tous agissent comme si il ne se joue rien dans le coin, innocents, c’est ironique, il se joue peut-être un drame similaire pour l’un d’eux ? Après cette pensée je regarde les gens avec amusement essayant de savoir la vie que pouvait avoir ce petit bonhomme renfrogné ou cette dame qui semble bien-né.

Le trajet se passe sans encombre, excepté mes petits jeux pour passer le temps. Nous sommes tous bien silencieux, en train de penser aux évènements récents très certainement. J’essaie de me concentrer à déceler la moindre menace mais rien n’y fait, je profite du moment. Nous arrivons enfin aux portes de la ville que nous passons sans problème. Un salut aux garde muni d’un air guilleret et nous somme de retour. Elanille me propose de ramener Podapien à l’échoppe pendant qu’elle mènera Azalée à l’écurie. J’acquiesce et fait signe au jeune homme de prendre la tête.

Le soleil est monté assez haut maintenant, ses rayons baignent la ville d’une chaleur sèche, les ombres diminuent c’est une autre Varak que l’on découvre ainsi. Je m’émerveille toujours des différentes facettes que peut avoir un lieu en fonction des saisons mais surtout de l’éclairage. Je repensais ensuite a cette phrase apprise il y a bien des années et qui me sert de devise aujourd’hui: “Il n’y a pas de lumière sans ombre…“ Nous marchons alors suivant une rue, puis l’autre. Je ne prête guère attention, je me laisse mener par Podapien. Le garçon entame une discussion, je répond un peu a coté je crois. Je n’ai pas bien saisi ce qu’il me raconte.  La boutique est en vue nous prendrons le temps d’y discuter.

Il ouvre la porte et s’engouffre dans l’échoppe, je le suis de près. Après un léger coup d’oeil tout semble en ordre. “Beau magasin !” Dis-je de façon parfaitement innocente, ce n’était peut-être pas la meilleure remarque à faire étant donné que c’est maintenant qu’il en est le propriétaire et gérant contre sa volonté. Sauf autre famille dont j’ignore l’existance.
“Veux tu que je fasse quelques tâches en attendant le retour d’Elanille ?”
Après avoir accepté que je passe un petit coup de balais il pris la parole. “Tu dois venir de loin et voir beaucoup de choses. J’ai déjà croisé des Eladrins avant mais ils ne sont jamais seul, pourquoi l’es tu ?”

La curiosité l’avais poussé à aborder le seul sujet sensible, avec l’innocence du non sachant mais l’attaque était directe. Je m’attendais à tout sauf à ça. Je stop net mes mouvements et me tourne vers le jeune homme. Sans même préter attention à mes mouvements il poursuit “J’aimerais bien voir le monde, découvrir ce qu’il y a en dehors de Varak… mais comme tu as pu le constater le combat et le cheval ne sont pas mes domaines de prédilléction” Il s’arrêtte enfin pour me fixer avec un air interrogateur.

Avant qu’il ne prenne une nouvelle fois la parole je lui demande sans bouger d’un pouce le reste de mon corps “Quand les as tu vu ? Où ? Quel direction ? Combien de personnes ?” La demande est sèche mais c’est la ma première piste solide depuis bien longtemps. Il répond hésitant, sûrement du fait de l’intonation employé pour poser les questions. Il faut bien admettre que cela ressemble plus à un interrogatoire. Sa réponse est floue et ne m’apprends rien d’autre. Ce n’est pas grave elle relance l’espoir, je sais qu’il y en a d’autres. Je sais tout de même où chercher, chez les marchands. Un peu de chance avec ça et je finirais par les retrouver. Je reviens a sa conversation première, les voyages l’aventure et pour satisfaire sa curiosité je lui raconte la vie en Etragore. Sans entrer dans les détails je lui compte les loisirs et les distractions que nous pouvions avoir.

Elanille entre enfin dans l’échoppe me libérant de ces souvenirs chargés en émotions, l’air réjouis elle se joint à nous. C’est qu’il va falloir trouver quelque chose à manger, je commence à avoir faim. Manifestement ce n’est pas le moment d’y penser. Elle s’assure que nous allons bien “Tout à fait nous étions en pleine discussion, nous parlions voyage”. Elle nous détaille l’un après l’autre puis s’arrête sur moi. Quelque chose cloche, ce n’est pas normal, ses yeux semble dire le contraire de son expression de visage.

Je prétexte vouloir prendre l’air et sort joyeusement de la boutique. Je m’adosse au mur a quelques pas de la porte. Le soleil me chauffe la peau, c’est agréable et cela ne devrait pas
durer. Je sors ma pierre à affûter et affûte machinalement une de mes dagues en attendant la venue d’Elanille. Qui sait quel péripétie elle a bien pu encore avoir sur le chemin de l’écurie. Personne atypique qui attire les ennuis on dirait. Tout ceci pique ma curiosité.

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MessageSujet: Re: Une rencontre fortuite mais bienheureuse   Dim 15 Juin 2014 - 12:54

Quelques instants passés et voici Ao qui nous délaissait, gagnant la chaleur douce de ce jour nouveau. Un moment propice pour échanger, mais je devais tout d’abord occuper le jeune homme qui se tenait encore auprès de moi. Il observait les alentours désormais et paraissait à nouveau perdu en quelques temps reculés. Glissant doucement ma main sur son épaule, je le ramenais à moi en un soubresaut brusque et étonné. Il marmonnait quelques excuses tandis que je le menais dans la pièce qui occupait place de réserve. Ici, nombreux contenants malmenaient des étagères anciennes qui tenaient par un miracle encore méconnu. Une cependant avait ployé sous ce poids et au sol nombreux débris se mêlaient à quelques plantes communes. Lui indiquant la marche à suivre pour ne pas se blesser, je le laissais finalement à l’œuvre et lui assurant mon retour proche, je m’en détournais.

Podapien s’exécutait sans rechigner, trop heureux d’occuper ses songes.

Passant alors le drap léger qui séparait la pièce principale de la secondaire, je marchais finalement sur les traces de l’Eladrin et le trouvais au dehors. L’air ici était sec et la lumière matinale vive. Me glissant alors en un recoin d’ombre, je l’observais soigneusement et quelques instants durant aiguiser une lame avec adresse, quoique désormais machinalement. Le mouvement alors paraissait presque aussi naturel qu’un battement de cils et je me prenais à sourire. Il paraissait habile, à n’en pas douter. Alors, laissant encore quelques instants ainsi passer, je me redressais tout compte fait et allais à sa rencontre.


« Je me dois de te remercier à nouveau, pour tout ce que tu as pu faire jusqu’alors. Podapien est troublé, mais il deviendra un homme solide et droit, j’en suis assurée… J’ai fait mander quelques hommes qui se chargeront aujourd’hui même des corps qui reposaient encore dans la demeure… Quant à Lurielle… Podapien pourra enterrer sa mère comme il se doit demain à l’aube… Il devra réapprendre à vivre, mais il vivra… »


Oui, Podapien désormais devrait apprendre à avancer, à oublier et à pardonner. A se pardonner. A me pardonner, plus encore, car je me sentais assurément responsable de toute ceci. J’avais mené ces hommes jusqu’à la demeure de Lurielle, et devais dès lors assumer ce choix et ses conséquences. Une chose complexe sur laquelle je n’avais pas encore pris le temps de me pencher et repousserai probablement aussi longtemps que faire se pouvait.

Pour l’heure néanmoins, je me questionnais quant à la suite des évènements. Je n’étais pas sans me souvenir qu’Aodrène recherchait les siens, et supposais que ces quelques contre temps ne l’avaient que trop éloigné des sentiers qu’il empruntait jusqu’alors. Je songeais cependant aux propos tenus la veille. Je les conservais en mémoire, comme prononcés sur l’instant : "Je dois avoir la réponse, j’irais au bout des choses. Reculer ne fais plus parti de mes options." il avait conclu de la sorte "D’une façon ou d’une autre je les trouverais”. Restait à m’assurer que ces paroles désormais étaient oubliées. Je ne tenais aucunement à le mêler à tout ceci, il avait bien assez jusqu’alors risqué sa propre vie pour causes et âmes dont il ignorait tout ou presque.

Me redressant quelque peu, je lui faisait face.


« Je crains que l’heure des au-revoir ne soit plus proche que jamais… Je me dois de retourner vers Hydrasil… Ce n’est à ce jour plus une décision, mais une nécessité… Si ta quête doit te mener en ces directions, alors je serai heureuse de voyager à tes côtés… Sans cela, sois assuré que je te suis redevable. S’il m’est donné d’une manière ou d’une autre de t’apporter secours, cela sera acquis. »


Probablement aurait-il été plus aisé de le découvrir en d’autres temps et en d’autres circonstances. Je ne savais finalement que peu de choses de cet Eladrin singulier et le regrettais assurément. Je m’étais néanmoins engagée en quelque accord, et ce n’était pas ici que je le mènerai à bien. Par ailleurs, Helen et Brom espéraient mon retour depuis maintenant nombreuses lunes. J’avais manqué à ma parole et cela plus que tout autre me hantait. Il était donc entendu que je soutiendrai le jeune Podepien demain à l’aube, et prendrai la route lorsque la fraicheur du soir tomberait à nouveau, quelle que soit la décision d’Aodrène.

Je lui souriais doucement, alors, résignée.


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MessageSujet: Re: Une rencontre fortuite mais bienheureuse   Jeu 24 Juil 2014 - 7:24



Je n’attends pas bien longtemps avant qu’Elanille ne me retrouve dehors. Elle laisse passer quelques instants pendants lesquels je continue mon geste machinal et fixe le vide devant moi. Je ne réfléchi à rien, je ne pense à rien, je suis juste là et j’attends. J’attends que quelque chose se passe, n’importe quoi. Le jeune femme prends soudain la parole et prononce quelques excuses et m’annonce que les corps présents dans la maison de Lurielle seront enlevés et que ni nous ni le jeune homme n’aura à le faire. Cet annonce me soulage autant pour moi qui n’aime pas ce genre de tâche mais surtout pour Podapien. Voir sa demeure ainsi ne peut qu’aggraver sa peine. Il est préférable qu’il ne voit pas ce manège. Elle a même arrangé la mise en terre. Retrouver cette maison vide sera déjà bien assez éprouvant. J’approuve de la tête, un léger mouvement de bas en haut.

Après m’avoir observé quelques instant Elanille m’explique ensuite sa décision quand à la suite des évènements. Elle doit repartir vers Belin. Elle ne s’attarde pas sur les raisons de son voyage mais je suppose que c’était sa destination première le jour de notre rencontre. En y repensant une rencontre des plus inattendu et dans des circonstances exceptionnelles. Sur son visage je peux lire un mélange d’émotions impressionnant. Mais celle qui me parraît la plus fortement prononcé est la détermination. Elle attire ma curiosité et j’en stop mon geste machinal pour ne plus que l’écouter. Elle m’offre son aide et se propose si j’ai besoin de quelque chose.

J’incline légèrement la tête en signe de respect et de politesse. Après tout je n’ai fait qu’intervenir la première fois, ensuite j’étais impliqué je n’allais pas me laisser faire. Bélin est une cité lointaine, la route est plutôt longue et je n’y ai encore pas mis les pieds c’est l’occasion ! Je réfléchi assez vite, je n’ai pas grand chose ici.

“L’offre est plus qu’alléchante mais je dois retrouver les Eladrins que Podapien à vu. Je dois essayer, c’est ce que je fais depuis mon arrivé ici et je n’ai jamais été aussi près.”

Après quelques hésitations j’ajoute: “Nous nous retrouverons mon amie, une fois mes affaires réglés je ferais route vers Hydrasil moi aussi. Nous nous raconterons nos aventures en repensant à tout ceci.”

Je la prends dans mes bras pour un au-revoir qui ressemble plus à un adieux et lui murmure à l’oreille “A bientôt”

Sur ces mots je m’esquive et retourne a mon abris de fortune sur les toits. Quelques babioles à ramasser, des souvenirs un vieux sac en cuir rapé mais robuste. Je n’ai pas grand chose et n’en ai pas besoin, mis à part les Eladrins vu par Podapien, je n’ai rien entendu. Je reviendrais, si ils sont dans les environs il ne vont pas bouger comme ça. Et puis, depuis le temps que je suis dans les parages je peux tenter ma chance ailleurs.
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