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 Une Aube Nouvelle - Partie troisième avec Danaelle et Eva Sombracier

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Eramos d'Irifuse
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MessageSujet: Une Aube Nouvelle - Partie troisième avec Danaelle et Eva Sombracier   Lun 31 Mar 2014 - 16:30


Une nuit sans lune, une autre victime. S'il s'agissait d'une victime. Pour l'ombre ce n'en était pas une. C'était un noble, comme tous les autres tentant d'atteindre sa pitié en lui promettant or et gloire en échange de sa misérable vie. Lui n'était pas de ceux qui se faisait berner si facilement, ni qui se décourageait pour quelque chose de si absurde. Il était le prédateur et en cette nuit sans lune il avait une nouvelle proie.

Cette homme qu'il poursuivait était gras et lent comme la grande majorité des nobles d'ailleurs. Ceux-ci buvant et mangeant au détriment des plus pauvres, des plus faibles. Il avait été de ceux-là, mais c'était fini. Il s'était découvert un passe-temps devenue une passion: l'éradication.

L'ombre était agile et se mouvait avec la facilité d'un grand félin des jungles noires des territoires sauvages. De toits en toits, il sautait s'assurant de laisser quelques secondes d'avance au chassé afin que la course ne soit pas trop rapide et qu'il puisse bien en profiter. Aussi pour qu'il sente bien qu'il était là à le talonner de prêt sans savoir quand l'ombre mettrait fin à sa pitoyable vie !

Essoufflé et à bout de force, Sir Gerald trébucha à même ses propres pieds et s’affala pathétiquement sur le sol de pavés brisé de la Basse-Ville ce qui lui arracha un cri de douleur, mais rien à comparer ce qui l'attendait. L'ombre à ce moment fit son apparition et marcha vers le gros homme qui voulu se relever pour partir de nouveau à la course, mais sa cheville foulée le lui en empêcha et il se mit à ramper vers une quelconque sortie de ce cauchemar éveillé.

En vain.

L'ombre pilla sur la cape noire du noble, lui coupant le souffle.

- Pourquoi me faites-vous cela ? demanda-t-il d'une voix chuchotante.

L'autre rit un moment, accroissant la peur de Gribur.

- Quelle ironie, dit-il avant de dégainer son arme de prédilection -une serpe noire comme la nuit qui paraissait extrêmement aiguisée.

- Non, attendez. Je vous donnerai de l'or, beaucoup d'or.


- Ils disent tous cela, dit l'ombre en s'approchant de sa proie. Avant qu'on leur coupe la tête.


Le mentor de la confrérie s'affairait à lire des parchemins éparses sur son écritoire lorsqu'il entendu des pas léger se voulant discrets en toutes circonstance monter l'escalier menant à son bureau. Il reconnu le jeune Tusis avant qu'il ne passe la porte. Eramos fit mine de ne pas l'avoir vu en gribouillant quelque chose sur un parchemin lorsqu'il fit mine de vouloir commencer la discussion. Tusis énervé des manières du mentor soupira et recula de deux pas pour sortir de l'encadrement du bureau pour ensuite cogner promptement à la porte ouverte.

- Puis-je entrer ? demanda poliment l'adolescent.

- Je t'en prie, dit-il en désignant une chaise. Qui a-t-il ? Tu m'as l'air paniqué.

- Sir Gribur a été retrouver mort dans la Basse-Ville cette nuit.

Eramos digéra l'information pendant un moment. Gribur était le noble à qui il avait volé sa bourse pleine d'or que la confrérie savait comme étant sale. Bien que l'homme n'était pas bon, il n'y avait aucune raison pour que quiconque veuille le tuer. Du moins, en apparence.

- Comment  ?

- Décapité, de façon chirurgical. La coupure est nette. C'est assez rare pour une décapitation autre que par une guillotine, non ?

- En effet. Mais ce n'est pas tout n'est-ce pas ?

- Non. Gribur avait prévenu la garde du vol perpétré à son égard et je suis sur qu'elle pense que c'est la confrérie qui a fait le coup !

Eramos hocha la tête, silencieux.

- Assure-t'en. Va en ville et cherche des informations, parle à des gens. Soudoie-les s'il le faut. Je veux une réponse avant la fin de la journée. Tiens.

Il lança un Bel'or à Tusis qui l'attrapa adroitement avant de la ranger soigneusement dans un compartiment caché de ses vêtements.

- Oui mentor. Oh et il y a le coyote en bas. Il dit qu'il y a une personne que tu connais avec lui et que tu voudrais certainement revoir...

- Qui ?

- Il m'a dit que c'était un secret; que tu verrais bien par toi-même !

- Quel idiot. Je n'ai pas de temps pour ses petits jeux. Au moins rapporte-t-il peut-être des marchandises qui nous seront utile. J'irai voir. Merci Tusis, sois prudent.

Le rouquin acquiesça solennellement avant de descendre les escaliers quatre à quatre. L'adolescent avait murit depuis les mois qu'il était avec la confrérie. Il apprenait vite et chaque pièce de cuivre qu'il gagnait allait à sa mère qui pouvait jouir grâce à lui d'une vie un peu plus aisée que celle d'une prostituée de Ferkal, le vil.

Se levant, Eramos descendit lui aussi les escaliers puis sortit. Il vit la caravane du tiefflin en bas de la rue, tout sourire.

- Alors, là je vais te surprendre vieil homme. Les filles, vous pouvez débarquer.

Eramos fronça des sourcils en se demandant qui sortirait de la caravane. Une jeune femme blonde fut la première à se montrer. Elle était jeune, peut-être début vingtaine. Il ne la connaissait pas. Cependant, quelques détails l'intéressa comme le fait qu'elle portait un collier robuste ou quelque chose d'imposant sous son col. Quoi qu'il en soit, cela se voulait être dissimulé, mais c'était se donner du mal car l'objet semblait assez large. De grands yeux jaunes percutèrent les siens, le toisant un moment avant de pointer le sol. Elle semblait avoir un problème d'estime ou peut-être avait-elle peur, mais de quoi ? Pas de lui, conclut-il. Du moins, si elle avait peur de sa personne, ce n'était pas ce qui la faisait flancher. Il y avait quelque chose de plus profond. Ce genre de douleur qu'Eramos dissimulait lui-même dans son propre regard.

Lorsqu'il vu la deuxième personne débarquer du chariot, il la reconnu tout de suite. Eva Sombracier, la petite fille du pays de glace... Il avait raconté cette histoire à quelques personnes seulement, mais la passion avec laquelle il la racontait avait surement fait éventer l'histoire au oreilles de la plupart des Aigles. Elle avait tant changé, mais si peu à la fois. Dans son regard franc se lisait la même détermination que jadis et dans sa posture et ses mouvements calculés et pratique se démarquait son entrainement martial ainsi que sa droiture d'esprit. Cette même droiture que le vieil homme respectait au plus haut point, mais que lui ne pourrait jamais avoir. Elle avait laissé ses cheveux pousser et les laissaient détachés, ce qui était rare chez une Norpalienne. Depuis le temps, elle avait grandi c'était indéniable. Elle faisait pratiquement la même taille que lui ! Pourtant, malgré ces nombreux points positifs, Eramos pouvait déceler une dureté chez Eva acquise de sa profession et de sa vie militaire. Son esprit s'était endurci à même titre que son corps. Mais qu'en était-il de son cœur ? Eramos espérait qu'il était resté intact, mais qui sait ? Il sourit, heureux de la revoir enfin.

- Dix ans, cela faisait si longtemps, dit-il à voix basse. Bonjour, jeune fille. Bienvenue en Hydrasil.

Eramos remarqua dans le regard d'Eva que quelque chose réagi à la mention d'Hydrasil. Il en tint compte, mais s'abstenant de lui en faire part... Pour le moment. Regardant son accoutrement léger et pratique, il se souvint lorsqu'elle était enfant qu'elle préférait les armures de plates comme son père; Adrian. Cela avait prit du temps à Eramos à expliquer à sa jeune élève que si elle voulait survivre dans le monde de tous les jours, les armures de guerre ne lui seraient d'aucune utilité et la ralentirait certainement.

- Je vois que mes enseignements ne se sont pas perdus, tu es toujours en vie après tout. Mais ne restez pas là, entrez toutes deux. Vous avez l'air exténuées.

Il désigna la porte en laissant les deux jeunes femmes passer devant lui. Il ne le montrait pas, mais Eramos était inquiet. Il avait un mauvais pressentiment. Était-ce la couleur particulière des yeux de l'amie d'Eva ou la silhouette sombre qu'il avait vu se découper plus loin sur la rue pour ensuite disparaitre ? Il ne le savait pas, mais il serait plus prudent.


La Grand-Salle portait bien son nom. À l'allure d'une grand taverne, elle comportait plusieurs tables rectangulaires éparpillés dans la salle qui, si le besoin le demandait pouvaient se rassembler pour n'en former qu'une grande, ainsi qu'un comptoir rempli d'alcool de toute sorte. Il y avait du fin et du moins fin, mais c'est du vin éladrin que servit Eramos à ses invités, vin qu'il appréciait particulièrement.  

- Les habitudes s'installent avec l'âge, leur avait-il dit.

Aujourd'hui la salle était vide; il n'y avait qu'Eva, la jeune femme blonde et le vieil homme assis à une table simple. Depuis son entrée dans le Nid, Danaelle regardait avec un œil curieux les installations et les différents compartiment du quartier-général de cette faction hors-la-loi et malgré le fait qu'elle semble quelque peu empreinte d'un sentiment d'insécurité, elle retrouvait un bien-être dans l'aura rassurant d'Eva. Ces deux femmes, pour Eramos, semblaient toutes deux partager quelque chose de puissant; une amitié forgé dans le feu de la bataille. Restait à savoir laquelle.

- Je suis enchanté, Danaelle. Tu es la bienvenue ici.

Eva l'avait présentée plus tôt. Eramos laissa libre cours à ses interrogations.

- Puis-je savoir ce qui vous amène ? Ta visite me réjouis, Eva, mais si tu viens me voir après tant d'année, c'est certainement pour une bonne raison.

Le tact n'avait jamais été le fort du Varakirois d'origine. Mais cette franchise était toujours teintée de bonnes intentions. Et puis, son mauvais pressentiment n'avait pas disparu.
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MessageSujet: Re: Une Aube Nouvelle - Partie troisième avec Danaelle et Eva Sombracier   Mar 1 Avr 2014 - 18:39

Rassurée bien que nerveuse, je prenais bonne note du plan nouveau énoncé par la jeune femme. Sans tarder outre mesure, je lui assurais mon accord, bienheureuse d’écarter l’option « se faire cueillir comme une pâquerette aux portes de la capitale » de notre emploi du temps. Si je ne bondissais cependant pas d’extase à l’idée de me dissimuler auprès d’un inconnu quelconque de passage – nous avions eu notre dose de côté-là, j’examinais désormais attentivement cet homme curieux que nous abordions. Réservée quant à la suite des évènements, je conservais deux pas de retrait, et laissais Eva prendre la parole. Si ce personnage paraissait hors norme, je ne m’attardais pas sur son allure, mais plutôt sur ses postures et mimiques diverses.

Gabriella, soit. Haussant discrètement un sourcil, je ne me tournais cependant pas, acceptant cet emprunt d’identité. Notre hôte en l’instant pourtant ne paraissait pas dupe, mais ne devait aucunement relever outre mesure cette supercherie. Sceptique quant à cette tournure nouvelle des évènements, nous prenions cependant pour acquis que là paraissait notre porte d’entrée. Mettant pied à terre, nous nous installions en cette charrette… Ces derniers jours avaient été marqués par une chevauchée constante et maintes courbatures… Pour autant, que n’aurai-je pas donné en cette heure pour conserver pied à l’étrier !

Un lion en cage…

Arborant une expression neutre, je n’en restais cependant pas moins nerveuse, peinant à tenir en place. Plus question de se laisser surprendre ! Cependant, alors que la charrette se remettait en route, je me laissais bercer, me perdant en quelques songes obscurs. La voix de la Norpalienne devait pourtant avoir tôt fait de me ramener à l’instant présent, m’assurant à nouveau de la bienveillance d’Eramos, son mentor.  Je n’avais aucun doute à ce propos… simples réserves. Pour autant, nous ne devions pas avoir plus amplement le temps d’échanger à ce propos, que notre hôte et guide cessa brusquement l’avancée. Je manquais de perdre l’équilibre, et me retournais désormais alerte.

L’échange suivant devait être prompt : tantôt houleux et pressant, tantôt assuré et posé. Je n’avais pas saisi l’ensemble de cette conversation, troublée par ce revirement soudain. L’essentiel cependant m’était parvenu : nous allions droit à cet homme qui paraissait au cœur de curieuses histoires… Un « hors-la-loi bienfaiteur »… Que pouvait bien se cacher derrière cette nomination ? Eva elle-même paraissait découvrir ces quelques informations, ce qui n’était en aucun cas pour me rassurer. Rapaces, disciples, nid… Un homme dont le seul nom peut vous mener derrière une cellule. Non, décidément, rien pour me rassurer…

Pas un pouce. Je n’avais tout simplement pas esquissé le moindre mouvement durant cet échange. Ahurie, déconcertée… Aussi, lorsque nous nous remîmes en route et qu’il me fut réclamé une part de pain et de fromage, je me tournais vers Eva qui ne tardait pas à se mettre à rire. A nouveau, je haussais les sourcils, perplexe. Aussi rabat-joie que je pouvais le laissais paraître sur l’instant, je ne parvenais pas à trouver cette situation amusante. A dire vrai, je me sentais plutôt d’humeur maussade, et peu encline à la plaisanterie. Ceci constaté – et peut être mis trop vite de côté – je me redressais et, tentant de ne pas perdre une nouvelle fois l’équilibre alors la charrette ne vacillait que trop, je mettais finalement la main sur les mets réclamés, et les apportais à notre hôte.

Nous passions tout compte fait les portes sans heurts. Le temps passant, ma morosité parut faire place à une curiosité nouvelle. Ainsi, par moments, j’observais les alentours. Je ne m’étais jamais rendue en cette partie de la capitale… Pourquoi en aurait-il été autrement ? J’avais bien assez d’ennuis sans en plus aller les chercher à la source. Par ailleurs, ma « visite » avait été assez tôt écourtée, admettons-le. Si la tension qui m’animait était palpable, j’adressais cependant de temps à autre un mince sourire à la Norpalienne.

Finalement, nous nous arrêtions, après quelques instants encore. Sur demande du Coyote – son surnom me revenait en mémoire bien plus aisément que son nom, nous devions patienter là encore quelques instants, jusqu’à ce qu’il ne nous soit au bout du compte prié de descendre. Par aisance de mouvement, je prenais les devants et quittais cet abri provisoire. Là, j’examinais promptement les alentours, alors que mon attention se portait tout compte fait sur ce nouveau protagoniste : une chevelure noir de jais, marquée ici où là par un âge mûr qui ramenait le tout en nombreuses nuances de gris. Un regard mêlant tantôt brun pur, tantôt notes émeraudes. Une carrure plutôt imposante, un air sévère et droit rehaussant ces traits marqués par quelque passé houleux, et présent mouvementé. Embarrassée par son propre examen, je posais la paume de ma main gauche sur mon poignet droit, reculais d’un pas et baissais les yeux, alors que la Norpalienne mettait à son tour pied à terre. Plus qu’une distraction, apparurent de réelles retrouvailles, ponctuées par quelques paroles bienveillantes et sourires chaleureux. Et alors qu’ils conversaient, je reposais mon attention alentours, mal à l’aise.  

Nous fûmes finalement conviées à entrer. Je laissais passer Eva, et allais à sa suite, la talonnant de près, tandis qu’Eramos fermait la marche. Là s’ouvrait alors une vaste pièce où nombreuses tables paraissaient prêtes à recevoir leurs convives ; mais personne pour l’heure. Sans doute était-ce mieux ainsi. Combien pouvaient aller et venir en ces lieux, d’ordinaires ? Nous prenions place à l’une d’elle. Remerciant le Mentor alors qu’il achevait de remplir nos verres, je me tournais à quelques reprises vers ma compagne, comme qui cherche repère lorsqu’il est perdu. Tendue, je parvenais cependant à accorder un tant soit peu plus d’attention aux paroles portées, qu’aux lieux et équipements divers qui nous entouraient. Juste à temps.


« Je suis également enchantée de faire votre connaissance… Eva m’a souvent parlé de vous. »


Oh oui, et en bien, évidemment. Je ne pensais pas nécessaire de préciser ce dernier point.


« Puis-je savoir ce qui vous amène ? Ta visite me réjouis, Eva, mais si tu viens me voir après tant d'année, c'est certainement pour une bonne raison. »


Soucieux. Ainsi me parut-il, alors que nous n’avions pas même encore entamé une once de récit. Consciente du lien qui paraissait unir les deux personnages, je ne cherchais pas à prendre la parole, laissant à Eva le loisir de converser, tant que je n’étais pas expressément conviée à y mettre mon grain de sel.

Alors seulement que la situation était exposée et claire à tous, à quelques « détails » près, je me redressais quelque peu, soutenant le regard de notre interlocuteur en un curieux enchevêtrement d’émotions : crainte, doutes, espoir… et un quelque chose, qui n’avait rien à faire ici. Ce petit quelque chose, qui assombrissait mon regard, et me laissait paraitre plus loin que je ne l’étais. Ici et pourtant ailleurs. Je prenais cependant la parole d’une voix assurée… ou en partie, tout du moins.


« Eva a confiance en vous… et semble vous porter haut dans son estime. Je ne saurai remettre en doute son jugement… Je regrette sincèrement de vous mêler à tout ceci, et ne saurai tenir rigueur d’une réserve de votre part… mais j’ai besoin de votre aide. »


Quand avais-je pour la dernière fois demandé de l’aide à quelqu’un ? Jours, mois et années se succédaient, mais en vain. Je ne savais plus où chercher, ni vers qui me tourner. Si la jeune Norpalienne avait représenté mon premier et vrai espoir depuis maintenant un certain temps, elle paraissait désormais aussi désemparée que moi quant à la suite des évènements. S’il me paraissait encore aussi peu raisonnable de garnir le garde-manger du bourreau, je trouvais cependant bon espoir en l’intuition et l’intervention de mon amie. Aussi, si mettre en jeu son Mentor représentait pour elle une valeur sûre, je cédais en cette pale lueur d’espoir, non sans culpabiliser aussitôt. Adhémar… Comment passer outre. J’étais simplement divisée sur la conduite à tenir, le discours à aborder, les choix à trancher...
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Eva Sombracier
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MessageSujet: Re: Une Aube Nouvelle - Partie troisième avec Danaelle et Eva Sombracier   Mer 2 Avr 2014 - 19:09

On nous lançait des regards curieux mais sans plus. J’étais sans doute plus déstabilisée qu’eux à la vue de cette misère dans laquelle ils vivaient, survivaient. La balade fut plutôt de courte durée mais notre guide nous faisait attendre dans la charrette peut-être par soucis de sécurité, qu’en savais-je, il me tardait de discuter avec Eramos. Une décennie nous séparait de notre dernière conversation et beaucoup de choses avaient changées, apparemment.

Ma hâte ne brimait en rien mon attention pour ma jeune amie à la chevelure mielleuse qui me semblait soucieuse au point de changer d’humeur en quelques instants à peine. Ce n’était pas l’endroit ni le moment de l’aborder à ce sujet mais j’avais la désagréable impression que les évènements commençaient à s’enchaîner et que tôt ou tard nous perdrions de vue l’essentiel…Il ne fallait pas sous-estimer l’influence du monde invisible, loin de là. Je n’avais pas l’intention de laisser une telle chose se produire, après tout Danaelle n’était pas qu’une simple jeune femme sous ma protection, elle était mon amie et donc ma volonté à cet égard était sans limite.

L’homme de jadis était le même sans l’être à la fois, mais comment pouvait-il en être autrement alors que dix années s’étaient écoulées, dix années de voyages et de quêtes, d’expérience et de sang…Eramos m’accueilli avec l’un de ses sourires qui se faisaient si rares à l’époque. Un cœur brisé peut soit guérir et devenir plus fort,  soit s’infecter jusqu’à pourrir l’essence même d’un père, d’un mari ayant tout perdu, il me restait à découvrir ce qui était advenu du sien.

J’aurais aimé le serrer dans mes bras mais je me ravisai, à l’évidence ces jours passés loin de chez moi et mes récentes péripéties avec mon amie m’avaient quelque peu attendrie.  Je n’y voyais aucun mal mais plus je m’impliquais émotivement plus mon raisonnement s’en trouvait altéré, amoindri, je devais donc redoubler de prudence et de méfiance si je voulais équilibrer le tout. Je me sentais bien plus à l’aise à manier l’épée qu’à faire un câlin. J’y allai donc d’un large sourire et d’un regard fier puisque j’étais une femme à présent et que j’avais acquis une certaine maîtrise de mes domaines de prédilections.  Mon corps et mon allure s’étaient eux aussi totalement métamorphosés, à ma grande joie.

« À vrai dire c’est ma deuxième visite en Hydrasil en peu de temps mais merci. Je suis heureuse de te voir en si bonne forme après tout ce temps, vieil ami! Alors c’est ça ton quartier général ? Tu es devenu un homme important à ce que je vois. Je te présente mon amie Danaelle, Danae voici Eramos d’Irifuse.»

Après un bref échange nous fûmes invitées à entrer dans le fameux nid des non moins célèbres rapaces.

[…]

« Eva a confiance en vous… et semble vous porter haut dans son estime. Je ne saurai remettre en doute son jugement… Je regrette sincèrement de vous mêler à tout ceci, et ne saurai tenir rigueur d’une réserve de votre part… mais j’ai besoin de votre aide. »


Je sentais sa réticence, après tout elle avait accepté mais sans aucun doute à contre cœur. Notre entreprise était des plus risquées mais nous avions désespérément besoin de support. Je laissai donc le temps à notre hôte de se préparer à entendre la suite, et quelle suite, alors qu’il nous étudiait tour à tour à la recherche d’un quelconque indice du degré de dangerosité qui l’attendait derrière notre requête. Il se doutait que nous avions parcouru une longue distance afin de venir quérir son assistance, je priais pour qu’il accepte, je n’avais aucune autre option à offrir à Danaelle mais je ne pouvais m’y résoudre. J’avais une promesse à honorer.

Eramos nous convia à lui dévoiler la pièce maîtresse de notre demande d’un signe de main invitant et posé. Comme il semblait calme et réfléchi en ce jour, la sagesse de l’âge ou un contrôle affuté de ses émotions…Je n’aurais su dire ce dont il s’agissait. Je jetai un regard à mon amie et je compris que je pouvais me lancer.

« Je serai brève, nous aurons tout notre temps une fois sur la route si tu décidais de nous accompagner. Nous recherchons un homme, le père de Danaelle, mais nous ne sommes pas les seuls. Les anciens geôliers de…Bref de vrais salauds qui vénèrent Sipriar sont à nos trousses tandis que nous recherchons Tebryn. Il est introuvable depuis de nombreuses années, il use peut-être d’une puissante magie afin de rester caché, nous devons découvrir pourquoi il crée tant d’émoi.

Mais les choses se compliquent chaque fois que nous mettons la main sur le moindre indice, certains ont même perdu la vie en empruntant cette voie… Nous avons besoin de tes talents, de tes relations afin d’en savoir plus sur ceux qui nous pourchassent, comprendre quelle magie est à l’œuvre si tel est le cas et ultimement, trouver Tebryn. Il doit des réponses, bon nombre de réponses…Alors voilà. Enquête, voyage, danger, magie et forces du mal, qu’en penses-tu ?»


Plus j’y pensais et moins je comprenais, plus cela me rendait malade. 5 ans d’emprisonnement, de douleur et de peur, comment avait-t-il pu laisser une telle chose se produire? Quel secret valait la vie de sa propre fille? Lorsque nous le trouverons, je lui souhaite d’avoir de très, très bonnes raisons…
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Eramos d'Irifuse
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MessageSujet: Re: Une Aube Nouvelle - Partie troisième avec Danaelle et Eva Sombracier   Ven 4 Avr 2014 - 12:50


Surprenant, c'est l'amie d'Eva qui brisa le silence la première pour répondre à l'interrogation du vieil homme. Peut-être est-ce qu'Eva avait voulu la laisser parler la première car c'était d'elle qui allait d'être question. Quoi qu'il en soit, il planta son regard noisette dans l'étrange paire d'yeux dorés devant lui. Danaelle semblait frêle, voire fragile. Elle était plus mince et semblait la plupart du temps perdue dans ses pensées, mais ce qui dégageait d'elle au moment où elle ouvrit la bouche pour lui répondre, elle ressembla davantage à une personne directe et sure d'elle comme si elle avait amassé ce courage longuement pour ensuite l'expulsé d'un coup.

- Eva a confiance en vous… et semble vous porter haut dans son estime. Je ne saurai remettre en doute son jugement… Je regrette sincèrement de vous mêler à tout ceci, et ne saurai tenir rigueur d’une réserve de votre part… mais j’ai besoin de votre aide.

Eramos joint ses mains, pensif. Il resta dans cette position pendant des secondes qui auront paru longues aux deux femmes. Il réfléchissait. Qu'est-ce qui pouvait pousser une femme comme Danaelle à venir quérir de l'aide d'un homme comme lui ? La réponse était simple, mais tout de même problématique; Eva. Son ancienne apprentie l'avait conduite vers le nid sans savoir sa réelle incidence sur Hydrasil poussant du même coup ces deux êtres à se retrouver après une décennie. Non cette demande n'était pas à prendre à la légère.

Son regard se tourna ensuite vers Eva qui semblait attendre également une réponse de son ancien mentor. À ce moment il sut qu'elle comprenait ses pensées comme un livre ouvert même si pour Danaelle c'était impossible. Lorsqu'ils s'étaient rencontrés il y avait de cela treize ans, Eva n'était qu'une enfant réclamant vengeance et Eramos était un homme dont le cœur s'était endurcit sous la douleur de son existence; un duo bien dangereux pour l'un l'autre. Et pourtant, ils s'en étaient sorti. Du moins, elle s'en était sorti. Et elle savait qu'il était ardu pour Cœur d'aigle d'accepter d'aider quelqu'un à qui il ne doit rien. Il avait besoin de plus d'information si elles voulaient qu'il puisse les aider dans cette quête encore mystérieuse.

- Eva, l'invita-t-il

Et elle s’exécuta fièrement comme à son accoutumée. Une tonne d'informations se déversa dans l'esprit d'Eramos. Chasse, poursuite, père, Danaelle, geôliers, prisonnière, magie… Des puissances démoniaques étaient en jeu. Du moins, selon le récit que Danaelle avait dicté à la fille du général Sombracier. Cet amalgame de termes eut tôt fait de replonger le Mentor dans un genre de transe songeuse. Par où commencerait-il ? Car, oui, il avait pris la décision d’aider cette Danaelle dont il ne connaissait rien hormis ses traits physiques particuliers… Cela faisait-il partie de l’équation ou n’était-ce qu’un leurre ? Tout cela il le saurait bientôt. Son regard se retourna vers Danaelle.

- ce que je comprends, tu as été captive et je devine que tu y as été longuement. Peut-être n’es-tu libre que depuis peu… Cependant, je ne sais pas pourquoi tu portes toujours cet anneau au cou et ceux aux poignets. D’ici, ils me semblent normaux, mais je connais quelqu’un qui pourrait peut-être t’aider à les enlever.

Se redressant sur sa chaise, il continua d’étaler sa pensée.

- J’ai l’impression qu’on ne me dit pas tout. Peut-être par omission ou par choix, mais je penche plus sur l’idée de l’incapacité une fois de plus. Avec les informations dont nous disposons je ne crois pas que nous puissions faire quoi que ce soit. Cependant, je crois pouvoir en avoir davantage. Et c’est toi Danaelle qui va nous les donner. Attendez ici.

Sans autre forme de cérémonie, Eramos se leva pour quitter la pièce. Quelques minutes s’écoulèrent avant que le Mentor avec quelque chose dans les mains. Ce quelque chose se révéla être un caisson en bois qu’il déposa sur la table. Il sourit chaleureusement à Danaelle en voyant sa mine confuse. Il ne voulait pas l’effrayer.

- Nous allons t’hypnotiser. C’est une capacité que j’ai appris d’un ami il y a quelques années. Le but est d’aller chercher des souvenirs enfouis dans le plan subconscient. Il me faut savoir des choses sur ton père, en particulier des choses qu’il aurait pu te dire ou quelque chose qu’il aurait fait devant toi qui t’aura paru anodin par tes yeux d’enfant.

Il ouvrit la boîte et en extirpa un petit médaillon d’argent attaché à une longue corde de cuir. Ensuite, il mit sur la table un métronome qu’il actionna. Les bruits se succédèrent à un rythme lent, mais régulier. Ensuite, il leva le médaillon devant les yeux de Danaelle.

- Il me faut ton accord avant de commencer. Tu devras me faire pleinement confiance durant l’exercice, c’est capital.

Même cruciale. Eramos deviendrait le seul maître du subconscient de Danaelle pendant l'hypnose. Ainsi, il pourrait peut-être découvrir su ce qu'elle avait dit à Eva était vrai et pourrait se faire une idée sur cette mystérieuse femme. Il devait avouer qu'il y avait quelque chose qu'il ne comprenait en elle et cela ne le rassurait guère.
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MessageSujet: Re: Une Aube Nouvelle - Partie troisième avec Danaelle et Eva Sombracier   Sam 5 Avr 2014 - 11:54

Faits énoncés, l’heure était maintenant à l’agencement des idées. Si certains prenaient ce temps pour eux, Eramos quant à lui, nous dicta le cheminement de ses pensées. Je portais mon attention sur sa personne, alors qu’il s’adressait désormais à mon intention. S’il me venait quelque opposition à ses propos ou quelque notion supplémentaire, je ne devais cependant parvenir à ne placer ni l’une, ni l’autre. Ne m’en formalisant outre mesure, je le laissais ainsi poursuivre le cours de sa méditation. Je lui accordais bien volontiers que tout ceci représentait une certaine masse à assimiler.

Parvenu à l’aboutissement de son monologue, je haussais cependant les sourcils, perplexe. Nous faussant compagnie sans plus de procès, je me tournais précipitamment vers mon amie. Qu’entendait-il précisément par "je crois pouvoir en savoir davantage", ou bien même par "c’est toi qui va nous les donner" ? Je ressentais en lui un certain doute quant à ma personne. Mais à quel propos, précisément ? J’étais bien placée pour savoir que le crédit ne s’accordait pas au premier coup d’œil. Aussi, je décidais de ne pas lui en tenir rigueur. Actuellement. Je me mettais néanmoins en tête d’interroger la Norpalienne, avant le retour de son Mentor.


« Qu’est-ce que… »


Je ne parvenais cependant pas au bout de mon questionnement, qu’Eramos revenait déjà. Quelques minutes s’étaient écoulées, mais j’avais accumulé ce temps aux songes et interrogations silencieuses. Du temps perdu, car les réponses ne s’inventeraient pas à elles seules. Alors seulement je discernais une boîte en ses mains, bientôt déposée sur la table. L’examinant avec attention, je notais son sourire bienveillant, sans pour autant m’en sentir parfaitement rassurée. Seule la mine se voulant sereine de ma compagne parut m’apaiser quelque peu, tandis que je prenais en conscience les explications quant à ces éléments extirpés. Un médaillon, et un métronome. Je connaissais les principes de l’hypnose, mais n’en avais jamais personnellement fait l’expérience. C’était une faille assurée et sans contrôle vers son subconscient. Cette idée ne me réjouissait aucunement. Aussi, lorsqu’il quémanda mon accord, je mis un certain temps avant de le lui donner.

« C’est entendu… »


Quant à lui faire pleinement confiance... Ses propres doutes et réserves à mon égard m’en empêchaient. Disons tout du moins que j’avais pleine confiance en Eva et que cette dernière paraissait avoir pleine confiance en Eramos. L’un suivant l’autre… ne restait plus qu’à espérer que cela convienne ainsi. Je suivais maintenant le pendule, qui, associé au métronome, devait bien tôt m’apaiser, jusqu’à me mener en un état de semi conscience. Un état curieux, contre lequel je devais lutter un instant, angoissée. Quelques mots apaisants, et je me laissais finalement submerger.

Les premières questions devaient concerner mon père. Ses fréquentations. Qu’avais-je à lui apprendre à ce propos ? Peu de choses, que cela soit consciemment, ou inconsciemment. Un élément pourtant parut ressurgir. Je me glissais vers cette scène qui prenait forme, comme qui se glisse par la fenêtre d’une chaumière.

« Nous étions seuls, tous deux… Exclus, mis à part du reste de la population. Hors normes… Nous nous soutenions, mutuellement. Pour autant, nos rencontres étaient rares… aussi, nous ne conversions que peu sur nos cheminements personnels. Je n’ai jamais rencontré quiconque fréquentant mon père… Pourtant…

Pourtant il y a eu cette rencontre, un soir… Un homme s’est présenté chez nous… en pleine nuit… J’aurai du dormir, mais je ne dormais pas… Je me suis glissée dans les escaliers, qui donnaient une vue convenable sur la porte d’entrée… Je ne parvenais pas à comprendre leur échange, qui n’était que murmures… Mais le ton de mon père paraissait grave… L’homme qui se tenait dans l’encadrement de la porte… Je n’ai pas su voir son visage, dissimulé derrière une ample tenue… Sa carrure pourtant… Imposante… Quelques bruits surprenants paraissaient parfois lui échapper…

Je… ne me suis pas attardée… »


Pourquoi ce souvenir plus qu’un autre ? Je n’avais rien tiré de particulier de cette soirée, si ce n’était quelques interrogations supplémentaires, qui étaient bien tôt passées à la trappe. Et je n’avais bien entendu jamais fait le rapprochement avec l’isolement soudain de mon père en son sous-sol. Je n’avais rien capté de l’échange, tant au niveau des propos que du grimoire. Alors comment en aurait-il pu être autrement ? Comment aurai-je pu deviner que là reposait la base même de tout ce qui en avait découlé ?

Sans paraître se démonter, les questions s’enchaînèrent, quant aux possibles recommandations qui avaient pu m’être soumises. Je ne quittais que rarement mon village. Mon père, désormais fort occupé, avait fait de moi une jeune demoiselle indépendante. Quelle recommandation pouvait bien retenir son attention ? Sans que je n’en prenne conscience, je pénétrais par une autre fenêtre, d’autres souvenirs qui paraissaient répondre en écho à cette voix désormais lointaine. J’avais quitté la pièce où nous nous trouvions précédemment, pour retrouver mon village. Je me tenais là, mes pieds nus allant à la rencontre de la rosée du matin. Je devais prendre un instant pour remettre de l’ordre à mes idées et ne pas perdre de vue le monde réel.





Ne pas descendre. Ainsi dicté, l’ordre paraissait clair, comme une évidence. J’étais une jeune demoiselle, soucieuse de ne pas contrarier son seul repère. Redoutant la colère, le courroux. Curieuse crainte, car de mémoire, mon père n’avait encore jamais haussé le ton. Pourquoi alors… ? Les images passaient en un désordre suspect, tandis que le métronome me rappelait à ce subconscient. Je me perdais plus en avant, plus profondément en ces souvenirs enfouis et méconnus.

Ne pas descendre. L’ordre paraissait clair… Mais quel chérubin saurait résister à une telle tentation ? Je devais être obéissante. C’était nécessaire, devoir impérieux. Mais pourquoi ? La porte était close. Ce jour, j’avais tenté de l’ouvrir. Nulle clé ne paraissait pouvoir la sceller… Pourtant, cette porte était close, assurément. Jouant à maintes reprises avec la poignée, sans parvenir à en venir à bout. J’abandonnais… Mais pas pour longtemps. Chaque jour, mon père sortait à la même heure, et chaque jour, je revenais à la charge. Comment cette porte pouvait-elle ainsi me résister ? Faisant preuve de beaucoup d’ingéniosité, je devais cependant bientôt arriver à bout de mes ressources, et me rendre à l’évidence : cette porte ne cèderait pas.

Ce jour pourtant, alors que je passais distraitement dans le couloir, je trébuchais. Me rattrapant à la poignée de la porte, je basculais en arrière, tandis que le battant s’ouvrait largement. Je cru tout d’abord à l’arrivée de mon père, et bondissais en arrière. Nul pourtant ne devait émerger de derrière cette porte. Par ailleurs, mon père avait quitté la demeure quelques temps plus avant. Animée par une curiosité nouvelle, je descendais les marches une à une, en grande prudence. Mon cœur battait la chamade, alors que bien assez tôt, je parvenais en une pièce étroite… Je tentais de discerner les détails qui composaient ces lieux, mais paraissais me perdre en une brume épaisse. J’allais pourtant d’un pied ferme et assuré. J’observais ce qui m’entourait, sans pour autant en avoir conscience.

Sans comprendre ma présence en cet endroit précis, je me tenais devant une masse informe et solide. Mes mains allaient et venaient en un mouvement commun… Ce mouvement… Comme tournant les pages d’un livre. Mais je ne tournais absolument rien, ma main passant au travers de la brume.

Cette scène n’avait aucun sens.





« Je ne devais pas descendre au sous-sol… Sous aucun prétexte. Je ne tenais pas à contrarier mon père, alors je ne suis jamais descendue… Tout du moins, je… le croyais. Je peine à comprendre… Je crois avoir bravé l’interdit… La porte était scellée, pourtant sans serrure… Mais ce jour, la porte était ouverte, et je suis descendue… La curiosité était si grande… Je n’aurai pas dû descendre… Mais en bas… Je ne discerne rien… Rien d’autre qu’une brume épaisse… C’est étrange… Je sais où je vais, sans réellement le savoir… Les choses qui m’entourent paraissent claires, et pourtant inexistantes… Je me tiens devant… J’ignore de quoi il s’agit. Ma main passe dans la brume tel qui tournerait les pages d’un livre… Je ne comprends pas ce qui est inscrit… Mais comment pourrait-il en être autrement, puisque je ne lis rien... ma main ne rencontre que brume, indéniablement… »


Puis à nouveau, cette voix qui devait prendre le dessus sur la brume de mes souvenirs. Sereine, posée. Presque rassurante. Le questionnement vint quant à ces Hommes qui m’avaient gardée captive durant tant d’années… Ceux qui nous pourchassaient, assurément. Ceux que nous nommions les "Cavaliers" ou les "Sans-visage".  Eux même à qui je tentais d’échapper, désormais accompagnée par la Norpalienne. Que savais-je de ces hommes… Malheureusement, pas grand-chose… Et pourtant…




Les murs de la pièce s’embrasèrent soudain, pour ne laisser qu’une place dominante à la pénombre et aux cendres qui s’insinuaient en mes poumons. Je manquais d’air, toussant à quelques reprises. Je cherchais à m’enfuir, mais me retrouvais enchaînée à la pierre humide et austère. Entravée dans mes mouvements, et dans ma fuite. Deux voix au loin qui raisonnaient en ma tête tel martèle le marteau. Prise de panique soudaine et incontrôlée, je me tapissais dans un coin de ma cellule. Je ne pouvais me cacher.

« C’est l’heure ! »


Je savais ce que cela sous entendait. L’heure de jouer. L’heure de divertir. Qu’allaient-ils inventer ce soir, pour se gausser davantage ? Les deux hommes parurent à moi : comme à chaque visite, leur visage était dissimulé derrière quelques drapés. La voix de l’un était rauque et profonde, caractéristique d’un âge avancé. Celle du second, plus immature. Quel âge pouvait-il bien avoir ? Le mien, peut-être. Quelle importance. La porte de la cellule s’ouvrait, tandis que l’un deux pénétrait en son sein, déposant une boîte de bois robuste à mes pieds.

« Ouvre. »


Puis le voici qui tournait les talons, scellant la porte derrière lui. Je secouais nerveusement la tête, m’écartant de cette boîte autant que cela m’était permis : autant dire, de très peu. L’ordre claqua une seconde fois, puis une troisième, alors que le ton haussait à chaque intervention. Dernière recommandation. Je connaissais le risque encouru à aller à l’encontre de ces directives. Cette boîte serait ouverte, par moi, ou par un autre. La seconde option cependant sous entendait quelques représailles. Aussi, je cédais au bout du compte, avançant une main tremblante en direction de la boite. Je m’arrêtais sur le couvercle gravé de curieux symboles. Finalement, je rabattais le couvercle et me reculais aussitôt, redoutant ce que j’allais y trouver. Mais rien ne parut me sauter au visage… Aussi, après quelques secondes sans mouvements, je me redressais à nouveau et me penchais quelque peu par-dessus le contenant.

Impatient, l’un des deux hommes laissa retomber dans la lourde boite ce qui parut ressembler à un simple caillou. Aussitôt, je cru discerner du mouvement. Nombreux mouvements. Huit pattes agiles, un corps imposant et velu. Les plus grosses araignées que je n’avais encore jamais vues (allez pourtant bien croire que j’en voyais couramment en cette cellule). Elles étaient au nombre de trois, et allaient désormais prises de panique. Deux prirent immédiatement la fuite par-delà les barreaux. Elles ne devaient pas survivre bien longtemps, piquées au bout d’une lance. Où se trouvait la dernière ? Je n’étais parvenue à suivre son cheminement. Etait-elle également sortie ? Les deux hommes paraissaient attendre devant la porte : je devais comprendre que non. Me redressant, je portais mon regard alentours. L’espace était réduit, je n’avais que peu de marge pour manœuvrer. Où était-elle ? La pénombre rendait mes observations pénibles, bien que pourtant habituée.

Les minutes passèrent ainsi, alors que je tournais en rond, redoutant chaque pas, chaque mouvement. Les rires devinrent gras, insupportables. Un mouvement alors sur mon épaule gauche ; je sursautais et gémissais, repoussant la créature qui, dans sa propre panique, avait mordu la chair. Retombant au sol, elle devait, aussitôt passé les barreaux, terminer à la même enseigne que ses sœurs : au bout d’une pique.

Retournant me tapir dans un coin de la cellule, je plaquais la paume de ma main contre mon épaule, alors que la porte s’ouvrait à nouveau. Les deux hommes entrèrent, alors que le celui qui me paraissait le plus âgé vint à ma rencontre. Dans un élan de désespoir inutile et prise d’une haine soudaine, je tentais de lui asséner un coup. S’emparant de ma main levée, mettant aussitôt un terme à mes intentions, je le supposais désormais sourire sous sa tenue. Son être tout entier transpirait l’immondice. Mon attention pourtant devait se porter sur ce bras, en partie dénudé par ce mouvement. Un symbole se trouvait sur l’intérieur de son poignet. Symbole que je reconnaissais aussitôt comme semblable à celui qui ornait la boîte. Quel était le sens de tout ceci ? A bien y songer, je ne le découvrais pas pour la première fois…

Les mots prononcés raisonnèrent en mon esprit sans trouver quelconque sens. Prise de tremblements soudains, la pièce elle-même parut entamer une danse curieuse… La nuit promettait d’être pénible… Je cru mourir. Mais comme chaque matin, jour après jour, je m’éveillais toujours. La mort refusait d’entendre mes supplications. Sans aucun doute se riait-elle également de mon sort.





Le temps paraissait suspendu, bouleversé. La voix d’Eramos me paraissait lointaine et proche à la fois. Je perdais toute notion de l’espace durant un instant. Me trouvais-je en cette cellule, ou auprès de la Norpalienne et de son mentor. Tendue, les mains crispées sur mes genoux, je repassais chaque souvenir en une émotion nouvelle. Un combat intérieur qui ne se présentait à eux qu’à travers rides soucieuses et mimiques expresses. En mon esprit pourtant se rejouait un passé que trop présent. Je luttais pour faire la part des choses, entre songes et réalité. Ma respiration se saccadait par moments. Lorsque je pris la parole, c’était distante et nerveuse. Les éléments se succédaient sans chercher à former un réel tout.

« Hommes, femmes… Agissant dans l’ombre de voiles… Je ne sais qui ils sont, ou ce qu’ils sont… Certains sont humains, mais d’autres… n’ont rien de tel. Ce sont des êtres cruels et sans scrupule. Guidés par la tyrannie et le chaos. Je ne saurai reconnaître aucun d’entre eux à ses seuls traits…

Mais ce symbole pourtant, récurrent... Tel un cadran… une boussole, peut être… Un cercle, d’où émergent huit directions… Un œil en son centre, pointant vers le nord et vers les ténèbres… Ce symbole m’est apparu à quelques reprises… Sur la chair, sur les biens et les armes… Adhémar… Ce symbole était également chez Adhémar… Je ne me souviens où… La table… Les parchemins qui ont brûlé… »


Spoiler:
 

Adhémar… Bien entendu, ce nom lui était méconnu, puisqu’il n’était pas mentionné dans nos récits. Lancé telle une pierre à l’eau, bouleversant une surface déjà bien trouble. Il paraissait pourtant avoir une importance. Il avait assurément son importance, car il devait être source de mes doutes et réserves à l’encontre de cet homme qui me tenait au bout de ses mots et de ses questionnements.

Alors à nouveau, les flammes envahirent mon esprit, embrasant jusqu’à la moindre parcelle de néant. Je me retrouvais en cette pièce en proie aux tourments. Je ressentais la chaleur de la braise, embrassant chaque parcelle de mon corps. Lentement, sournoisement. J’étais à nouveau enchaînée, enchaînée à ce songe irréel. Les voix de mes deux compagnons en l’instant disparurent pour ne laisser place qu’à un chaos tumultueux. La Peur. Le Néant. Le Chaos. La Vengeance. La Mort. Ces mots se décomposaient pour se mêler à mon esprit en un amas de sentiments aussi puissants qu’éphémères. Ephémères mais pourtant marquants.

Une poignée de secondes à peine, durant laquelle j’avais fait preuve d’une grande agitation. Si j’avais ouvert la bouche, ça n’était que pour adresser quelques mots sans sens réel. Alors soudainement je me redressais et ouvrais les yeux, renversant la chaise derrière moi. Celle qui se tenait là désormais soutenait avec détermination le regard d’Eramos, sans ciller. Je ne prenais pas une réelle conscience de mon corps. Debout, je n’avais pas mémoire de m’être levée. Lorsque j’en vins à m’adresser au Mentor, je n’en avais pas réellement eu l’intention.

« Cessez cela, je vous prie. »


Je ne reconnaissais pas ma propre voix. C’était pourtant bien la mienne, assurément. La froideur qui en émanait ne me ressemblait aucunement. Guère plus que la rudesse qui se tenait en mon regard. Etait-ce moi, ou n’était-ce pas moi ? Elle, ou moi… Étais-je encore perdue en quelques souvenirs ? Non, c’était à exclure. Alors, "elle", celle qui se tenait droite et imperturbable, parut flancher. Ses genoux rencontrèrent le sol en premier lieu. Sans prendre appui sur ses bras, elle acheva sa chute par le reste de son corps. Quant à moi ? Je respirais à nouveau, sereine malgré la pénombre.

Si c’était cela l’hypnose, l’on ne m’y reprendrait assurément pas à deux fois.
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Eva Sombracier
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MessageSujet: Re: Une Aube Nouvelle - Partie troisième avec Danaelle et Eva Sombracier   Sam 5 Avr 2014 - 21:56


Quelle idée étrange que cette séance d’hypnose…Avions-nous vraiment mieux à proposer? Je m’inquiétais davantage de ce qui pouvait arriver à mon amie si ce rituel venait à fonctionner, à quoi serait-elle confrontée, que devrait-elle combattre, là-bas dans son passé…Pourtant Danaelle accepta alors je m’en remis à sa décision et aux bons soins d’Eramos était déjà prêt à commencer. J’étais perplexe mais la concernée avait besoin de force et de confiance en ce moment d’inquiétude, alors je ne laissai paraître que ce qu’elle demandait, rien de plus, telle était ma part du travail.

Ce fier Cœur d’aigle prenait son initiative très au sérieux et c’est avec ce calme que je lui connaissais si bien qu’il s’exécuta au rythme du métronome posé entre lui et la jeune femme.  Lorsqu’elle succomba au mouvement du médaillon ses épaules se relâchèrent comme libérées de tout stress, de tout poids. Cela ne dura cependant qu’un bref instant. Eramos enchaîna question après question et un long moment de silence nous séparait de certaines réponses comme si ma chère Danae’ tentait de les débusquer.

Ce n’est qu’à la mention de ses noirs gardiens qu’elle réagit de façon plus inquiétante alors que ses muscles ses tendaient et que ses paupières tressaillaient. Mon regard s’attardait sur l’agitation soudaine de mon amie puis sur Eramos qui continuait de la fixer tout en essayant de la guider, elle qui semblait perdue dans ses horribles souvenirs. Lorsque je fis mine de vouloir intervenir, la main gauche de l’Aigle en chef se leva me contraignant à me rasseoir. Je me demandais s’il poussait trop loin la séance par simple curiosité ou si cela était chose courante… Je n’aimais vraiment pas la tournure des événements, rien ne me semblait sous contrôle même si l’homme au médaillon doré s’entêtait à poursuivre.

«Eramos, qu’est-ce que tu fais?!» l’interpellai-je à voix basse. Je ne reçus que le silence en réponse à ma question.

Les tremblements de Danae’ se transformèrent en soubresauts auxquels vinrent s’ajouter des murmures incompréhensibles puis finalement un cri de douleur qui me donna froid dans le dos. Je ravalai ma salive alors que je me forçais à demeurer calme, mais rien n’y faisais, j’étais désormais assise sur le bord de ma chaise prête à intervenir. Était-ce prudent de réveiller une personne sous hypnose? Merde, je n’en savais rien! Soudain mon amie bondit envoya valser sa propre chaise sous mes yeux ahuris. Mon mentor s’était lui aussi levé et faisait face à une jeune femme, mais ce n’était plus Danaelle, enfin plus vraiment. Elle le toisait férocement l’intimant, poliment mais surement, de mettre fin à ses questions, de mettre un terme à l’hypnose.

L’aura déstabilisante qu’elle projetait me rappelait vaguement quelque chose…La même énergie que je pouvais percevoir lorsque elle fixait l’horizon, mais cette fois elle n’était pas menaçante, pas vraiment. Inconsciemment je venais de mettre ma main droite sur ma toute dernière cicatrice. Comme si…

Attrapant le pendule de sa main libre la libéra de son emprise et elle tomba à genoux avant de s’affaler sur le sol alors que je me dirigeais vers elle. Elle perdit conscience l’espace d’un instant avant d’ouvrir les yeux en prenant une grande inspiration comme si elle retenait son souffle depuis un moment déjà. Je la rassurai et m’assurai de son état avant de me tourner vers Eramos qui se tenait là, pensif.

« Content ? Qu’est-ce qui t’as pris?! J’espère au moins que tu as eu ce que tu voulais, que tout cela en vaille la peine. Aurais-tu l’obligeance de nous indiquer où se trouvent vos chambres? Danaelle semble épuisée..»

Il interpella un jeune individu qui se chargea de nous escorter à bon port. La pièce était relativement petite mais je m’en fichais totalement, un lit c’était tout ce dont elle avait besoin, un lit et du calme. Quelle mascarade, Eramos n’avait pas fini de m’entendre me plaindre et il avait des explications à me fournir. Comment avait-il pu demeurer de marbre face à un tel revirement de situation? J’avais même vu un sourire se glisser sur ses lèvres lorsque la voix de mon amie soudain devenue intimidante s’était adressée à lui, comme s’il était fier de son coup, comme si le secret s’était enfin dévoilé au grand jour…Il valait mieux que ce soit le cas.

J’aidai Danae’ à s’installer tout en lui offrant mes excuses.

« Je suis vraiment désolée, tu es certaine que ça va? J’ai vraiment eu la frousse tu sais, surtout que je ne savais pas si je pouvais intervenir sans risque, sans quoi je l’aurais fait plus tôt. Souhaites-tu que je reste ici? »

Elle me répondit que non, mais c’est à contre cœur que j’acceptai.

« Je vais m’assurai qu’on fasse poster quelqu’un près de la porte, si tu as besoin de quoi que ce soit, n’hésite pas une seconde. J’ai deux mots à dire à mon cher mentor, je te fais porter de l’eau au passage. Repose-toi bien, encore une fois, je ne suis pas bien loin. Pardonne-moi, nous n’aurions pas dû venir ici, cet homme n’ai visiblement plus le même…Enfin, tout ira mieux très bientôt, je vais de ce pas quérir des réponses. Tentons de tirer profit de cette expérience… »

Quelques instants plus tard je dévalais déjà l’escalier principal menant vers la table où m’attendait Eramos. Je pouvais sentir la Norpalie toute entière bouillir dans mes veines.  Je lui lançai un regard pareil à celui de notre première rencontre, rageur et déterminé, tandis qu’il répondait à ma menace par un simple sourire en coin. J’espérais qu’il ne faisait pas que me narguer mais qu’il avait de bonnes nouvelles à m’annoncer.

[…]
 
Ce n’était pas juste, rien de tout cela ne l’était, mais je n’avais pas le choix. Si ce n’était pas moi qui occupait l’espace disponible ce serait lui et les choses auraient tôt fait de dégénérer, si seulement il y avait un autre moyen. Pourtant personne ne pouvait prendre sa place, elle qui avait tant de fois espérer que la mort ne la prenne…Elle n’en avait peut-être pas totalement conscience mais la présence de la jeune Eva lui apportait un espoir nouveau et ce dernier m’accordait de plus en plus de force, grâce à cette brave Norpalienne je prenais enfin le dessus. Dans tous les cas elle valait beaucoup plus en vie que morte, j’étais fier de mon geste à son égard, son cœur était bon, il battait pour les bonnes raisons.

Quant à cet homme, cet Eramos, il me laissait perplexe. Sa tristesse se terrait habilement, mais elle le dévorait tout de même, troublant du fait même ses intentions, il souhaitait le bien mais peu lui importait les moyens. Mieux valait garder un œil sur lui, même si je sentais qu’il était sincère lorsque il parlait de leur apporter son aide. Il ne se doutait pas qu’il devait se méfier de lui-même, au même titre que les meurtriers qu’il pourchasse.

Son intervention auprès de la jeune femme m’avait forcé à dévoiler ma présence, je devais veiller sur elle, ses souvenirs d’une époque maudite n’apportaient rien de bon. Je n’étais pas maître du de son destin pour autant, si elle persévérait sur la voie de la vérité, si noire soit-elle, je me devais d’honorer ma promesse. J’avais pu repousser l’entité, mais rien ne m’assurait qu’il en avait fini avec moi, qu’il en avait fini avec Danaelle. Les démons n’en ont jamais fini. 

[…]

« N’empêche, tu as été trop loin, elle semble entière mais qui sait ce que tu as pu ébranler en elle? J’imagine que tu lui demanderas pardon à son réveil, tu lui dois bien cela même si tu croyais bien faire. Mais bon, je ne vais pas t’en vouloir de nous avoir aidé, surtout que nous avons désormais une destination. J'ai bien hâte de voir la tête de cet...De ce personnage, disons-le ainsi. Ce sera une première pour moi n'ayant jamais croisé un des leurs dans le sud. Je peux comprendre qu'il préfèrent Hydrasil à Fort-froid cependant! Ah toute cette histoire devient de plus en plus compliquée, s'il faut ajouter la magie et les racontars à tout ceci...»

J’étais contrariée mais ses explications m’avaient en partie rassurée. Au moins il savait ce qu’il faisait, ou presque. Le repos de mon amie fut relativement bref, elle venait vers nous avec son cet air timide que je connaissais bien. Je lui souris en l’invitant à prendre place près de moi en jetant un regard lourd de sens à cette vieille tête de mule assise de l’autre côté de la table. Je leur laissai amplement le temps d’échanger guettant la moindre réaction de cette brave Danae’ encore un peu sous le choc. Qui ne le serait pas !

Les minutes passèrent tout comme les explications concernant la séance d’hypnose, le moment était venu de lui dévoiler la suite. Mon mentor souhaitait s’en charger alors je n’eus d’autre choix que de m’occuper la bouche autrement, ce que je fis prestement en me servant une généreuse par de tarte aux fruits. Quelques heures plus tard l’ambiance amicale était revenue en grande partie et le repas et la musique eurent tôt fait d’alléger même les cœurs les plus lourds. Ou était-ce l’alcool ?Nous avions bien besoin de nous amuser un peu...Ou beaucoup.
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Eramos d'Irifuse
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MessageSujet: Re: Une Aube Nouvelle - Partie troisième avec Danaelle et Eva Sombracier   Jeu 10 Avr 2014 - 19:17


Déjà, Danaelle avait répondu à plusieurs questions, ce qui pouvait éclaircir quelque peu le mystère qui ombrageait son passé. Eramos avait procédé à quelques hypnoses avant celle-ci, mais jamais elles ne s'étaient avérées si compliquée et demandant pour lui. Lorsqu'il atteint le bon état d'esprit -calme et détaché, presque hypnotisé lui aussi- ses questions eurent des réponses. Le bruit du métronome se perdit pour lui aussi ainsi que tout ce qui l'entourait.


La noirceur entourait mon être, j'étais là sans y être. Quelque chose se faisait attendre. Maintenant, Danaelle était aussi là, devant moi à me toiser fixement. Ses façons nerveuses avaient disparues sous un masque des plus neutres. C'est moi qu'on attendait.

- Montre-moi ton père, lui demandai-je.

Elle me tourna le dos et se mit à s'éloigner. Une maison apparue bientôt. Elle était belle et accueillante comme dans les souvenirs de son hôte, mais un flot de nostalgie s'empara soudainement de moi et je sus que c'est ce qu'elle ressentait par rapport à son ancienne demeure; un rêve lointain dont on oublie les détails avec le temps.

La porte s'ouvrit sur le hall. Une petite fille (Danaelle) regardait par les barreaux de l'escalier le surplombant. Je la toisai un instant pour ensuite regarder devant moi. Un homme (le père de Danaelle) conversait avec un autre. Mais celui-ci n'avait pas de visage et se découpait très mal de paysage plus stable; comme une ombre d'un feu dansant. Une voix grave s'éleva, mais je n'en comprit pas le sens. Les deux personnes semblèrent se donner quelque chose, mais je voyais bien qu'il n'y avait rien à donner. Pourtant, le père de Danaelle semblait véritablement porter quelque chose d'assez lourd, car il le portait à deux mains.

Je regardai ensuite Danaelle adulte près de moi, le visage étrangement vide.

- Qu'est-ce que c'est ?

Mais personne n'avait la réponse. Nous nous dirigeâmes vers une porte dans le couloir. Je la savais verrouillée, mais cela n'avait pas d'importance. La réponse à ma précédente question se trouvait derrière elle. Je me retournai pour revoir les deux hommes, mais ils avaient disparus, envolés. Pour les remplacer, la jeune fille de l'escalier (Danaelle) se dirigeait vers nous. Nous la laissâmes passer et elle trébucha. Je m'apprêtai à l'aider à se relever lorsque je comprit ma stupidité; nous n'étions pas là.

La porte s'était ouverte, mais comment ? La jeune fille, intrigué tout autant que moi descendit les escaliers. La Danaelle adulte lui emboita le pas suivit par moi-même. Arrivé sur les lieux, elle pointait la jeune fille manipulant le non-objet toujours aussi invisible pour moi. Je remarquai cependant son geste lorsqu'elle le manipulait. Elle tournait des pages. C'était donc un livre. à sa grosseur, un grimoire.

Je me retournai de nouveau vers la Danaelle du présent.

- Parle-moi de tes oppresseurs.

Dès que j’eus terminé ma phrase, le crépitement des flammes vint à mes oreilles; la maison de Danaelle brûlait et avec elle ses espoirs de retrouver une vie normale.

Les pénombres nous accueillir et nous nous trouvâmes dans une cellule. Je vis de mes yeux d'homme la douleur qu'avait enduré cette jeune avec beaucoup d'appréhension. Je tentai de ne pas m'attarder sur les oppresseurs un instants, repérant les lieux. Mais, il n'y avait rien à repérer. Tout était tellement flou... Puis, vint un symbole sur le bras d'un homme ayant empoigné Danaelle. Ce cadran, cette étoile, je me souvint l'avoir déjà vu, mais impossible de me rappeler correctement à qui ou à quoi il appartenait. Des émotions répondirent à mes interrogations: peur, colère, haine, chaos.

Bientôt et sans que je l'ai souhaité, les flammes embrassèrent la cellule; nous nous transportions, mais où ? Danaelle près de moi semblait maintenant terrorisée, empreinte à une peur extraordinaire. Je devint moi aussi apeuré car c'est encore dans le néant que nous apparurent et il semblait s'épaissir, m'emmenant lentement avec lui. Les secondes devinrent des siècles et je soufrai en silence pendant tout ce temps. Bientôt une lumière apparue, étincelante, aveuglante. Elle ne me paraissait à moi d'aucun réconfort, mais je sus que c'est elle qui nous sauva de ces ténèbres et qui ramena Danaelle au monde physique. Cette lumière me toisa et d'une voix sans imperfection me somma d'arrêter mes recherches. Je devais lâcher prise.

Ce que je fis.



La session s'acheva brutalement. Eramos arrêta le métronome. Ce geste qui paraissait simple demanda tout sa volonté au vieil homme. Ce qu'il venait de vivre était hors du commun et Eva ne pouvait s'en rendre compte. Elle le dévisageait d'un air exaspéré en portant secours à Danaelle qui était tombée dans les pommes. Eramos pour sa part restait songeur en se massant les temps; il tentait de se rappeler tous les détails de la session.

Les jeunes femmes montèrent pour aller se reposer. Eva redescendit seule en le toisant toujours d'un œil accusateur. Elle attendait des explications. Il les lui donna.

- Je ne pouvais arrêter. Si j'avais coupé le lien plus rapidement, elle aurait pu rester légume, vidée de toute conscience. Quelque chose nous a piégé lorsque je suis entré en hypnose. Elle nous contraignait à s'enfoncer dans... ce trou noir. Je ne saurai l'expliquer, mais tu dois me faire confiance sur une chose; il y a quelque chose en Danaelle, peut-être qu'il y a même deux choses. J'ai senti une présence bienveillante en elle, mais il y avait aussi cette chose, ce piège. Peut-être un sort.

Une seule personne peut nous conseiller dans ce domaine. L'Érudit de la confrérie, Volathmar Saeron. C'est un éladrin au grand savoir qui en connait un rayon sur la magie.

Eva sembla se détendre à la mention de Saeron. Puis, ce fut à Danaelle de faire son entrée. Eramos se demanda si elle aussi avait des souvenirs du ''trou noir''. Elle s'assit avec eux.

- Il y a des pistes prometteuses que nous pourrions emprunter. Tes souvenirs sont voilés, mais j'ai l'intuition que ce n'est pas ta mémoire qui fait défaut. Il y a quelque chose qui les bloque.

Quelque chose les interrompit, faisant presque dégainer Eramos tellement le bruit fut soudain. Un homme munit d'un luth entra dans la Grand-Salle suivit d'une vingtaine de ses congénères. Il se figea de tout son être en voyant Eramos le fixer.

- Pardonnez-moi, Mentor. Nous croyions pouvoir accéder à la Grand-Salle pour l'anniversaire d'Hësopé. Peut-être devrions-nous...

- N'en faite rien, coupa le mentor en levant la main. Vous êtes le bienvenu pour le fêter. Amusez-vous, vous l'avez mérité.

Il regarda ensuite Eva et Danaelle.

- Peut-être devriez-vous aussi en faire parti. Demain, nous verrons Volathmar, l'érudit de la confrérie. Lui pourra peut-être nous renseigner sur les maux qui assaille Danaelle. Bonne nuit.

Sur ce, l'homme se leva pour aller souhaiter un joyeux anniversaire à l'un des confrères pour ensuite quitter la salle, ses tourmentes l'assaillant comme à chaque nuit; de nouvelles s'ajoutant.


- Volathmar, je te présente Eva, une amie. Et voici Danaelle, la femme dont je t'ai parlé.

L'Éladrin lui sourit chaleureusement. Ce grand être possédait un regard des plus perçant avec sa couleur azuré. Ses cheveux blancs tombaient doucement sur ses solides épaules dissimulés sous une toge ample. Il avait les mains noués dans son dos, mais son sourire fut l'effet d'une poignée de main vigoureuse.

- Had'valë Màlla, heureux de faire ta connaissance, Danaelle.

Eramos s'adressa alors à Eva.

- Nous allons vous laisser seuls. Moi et Eva devons régler une affaire.

Elle s'apprêta à répliquer, mais un coup d’œil sévère de la part du Mentor la fit taire. Il quittèrent la salle en laissant l'Éladrin et Danaelle seuls.

- J'imagine que si le Mentor de la confrérie s'est donné la peine de nous réunir c'est pour une bonne raison. Qu'avez-vous autours du cou? Je peux voir?

L'Éladrin s'approcha doucement de la jeune femme et posa ses mains graciles sur son cou pour éxaminer le métal. Elles étaient gantés, mais le cuir était souple et chaud au toucher.

- Hmm, j'ai déjà vu ce genre collier une fois, mais pas sur des humains...

Se rendant compte que que sa phrase pouvait avoir l'air mystérieuse, l'Éladrin se leva et fit face à l'humaine pour lui expliquer.

- Des démonismes les utilisaient pour ''contrôler'' des démons particulièrement puissants. Les colliers sont gravés d'une rune de contrôle et le démon ne peut qu'obéir. Le vôtre semble vierge, bien que le métal reste à mon avis incassable, même par magie. La personne qui vous a mit ce collier voulait l'utiliser à des fins pratiques. Tout dépendant du type de rune apposé, le collier aura des effets différents.À ma connaissance, la seule personne qui peut retirer ce genre de collier est celle qui l'a ''installé''...Mais ne vous en faites pas, il y a toujours une solution.

Volathmar laissa digérer l'information à Danaelle.

- Je suis un expert en objets magiques. Est-ce pour cela que vous êtes ici, ou s'agit-il d'autre chose?
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MessageSujet: Re: Une Aube Nouvelle - Partie troisième avec Danaelle et Eva Sombracier   Dim 13 Avr 2014 - 5:40

Douce inconscience, à laquelle je devais pourtant bien tôt m’extirper. Brusque retour au moment présent, tandis que je plaquais la paume de ma main sur ma tempe gauche. Mon attention se portait frénétiquement alentours, alors que mes souvenirs peinaient à reprendre la place qui leur était assignée. Où me trouvais-je, actuellement ? En cette cellule ? Assurément pas. L’air ici était respirable, et la lumière ambiante apaisante. Etais-je retournée en mon village, aux côtés de Tebryn, mon père ? Non. Bien sûr que non. Le village était en cendres, et oublié depuis des années. Alors où…

Me redressant, non sans peine, je portais mon attention sur la Norpalienne à mes côtés. Elle paraissait s’adresser à moi, en quelques paroles de réconfort. Pour autant, je peinais à saisir le sens de ses propos, et renonçais bien assez tôt à la tâche. Puis elle-même pivota, esquissant quelques paroles cinglantes à l’attention du Mentor. Le Mentor… Eramos. Tournant la tête, je croisais le regard de ce dernier. Les choses reprenaient doucement leur place. Cependant, lorsque je fus conviée prendre repos en une chambre écartée, quelques brumes obscurcissaient encore mes agissements. Aussi, je suivais Eva machinalement, une main posée sur son bras, comme redoutant qu’elle ne se perde soudainement en ce décor nouveau.

Nous parvenions, escortées, bien assez tôt à destination. A nouveau, j’examinais cet endroit. Si par habitude, ce moment d’attention était prompt, je m’attardais cette fois, redoublant d’attention sur chaque détail. Si mes yeux étaient grands ouverts et mes pas assurés, je m’éveillais pourtant seulement à peine de cet inconfort. Quelques images allaient et venaient, comme qui cherche à se remémorer un rêve au réveil. Comme bien souvent, je perdais la notion de temps et d’espace.

Sans doute consciente de mon trouble, mon amie vient à m’escorter jusqu’à ma couche, m’aidant à y prendre place. Sa présence me ramenait à chaque instant en un repère solide, aussi, je lui accordais un mince, mais franc sourire, alors que ma tête retombait sur le matelas en un soupir.


« Je suis vraiment désolée, tu es certaine que ça va? J’ai vraiment eu la frousse tu sais, surtout que je ne savais pas si je pouvais intervenir sans risque, sans quoi je l’aurais fait plus tôt. Souhaites-tu que je reste ici? »


Pourquoi donc s’excusait-elle ainsi ? Je gardais pleine conscience de la séance d’hypnose que nous venions de mettre en place, cependant, son contenu m’échappait par moments. Les souvenirs se faisaient troubles, engloutis par une brume opaque. Seuls les sentiments en ressortaient avec force. Des sentiments allant croissant. Questionnement. Doute. Angoisse. Peur. Terreur. Une terreur poignante. Qu’avait donc bien pu provoquer une telle émotion ? J’avais besoin de prendre repos, mais par-dessus tout, j’avais besoin de remettre de l’ordre en tout ceci, et pour ce faire, j’aspirais à me retrouver seule. Aussi, lorsqu’elle me proposa de veiller à mes côtés, je secouais doucement la tête.

« Je vais bien, sois sereine. »


Ce n’était qu’une demi-vérité. Ou un demi-mensonge, tout étant question de point de vue. Et à nouveau, elle me présentait ses excuses, quant à notre venue en ces lieux. Je peinais à comprendre… Tout ceci avait-il était vain ? Soudainement las, je la remerciais d’un mouvement de tête avant qu’elle ne tourne les talons, scellant la porte derrière elle.




J’avais pris quelques instants, assise sur ma couche, pour tenter de me remémorer chaque détail de cette intervention, mais sans succès. Cette brume s’obstinait à ne pas se lever. Quelques bribes pourtant me permettaient de savoir où poser les pieds. Et c’était sur cette assurance que je m’étais finalement laissée emporter par le sommeil. Un sommeil assurément réparateur. Combien de temps avais-je dormi, perdue en ces songes lointains ? Je n’en avais aucune conscience.

- Debout !  -



Je me redressais brusquement, en un hoquet de surprise. Repoussant les draps, je manquais de basculer. Là, mon attention se portait alentours, en quête d’une présence quelconque. Présence il devait y avoir, nécessairement. Ordre sommé, sans équivoque. Pourtant, il n’y avait personne. Absolument personne. Par acquis de conscience, je faisais le tour de la pièce, mais me devais bien assez tôt de me rendre à l’évidence : il n’y avait personne ici. Personne d’autre que moi-même.

Si je m’apaisais quelque peu, mettant cette désagréable expérience sur le compte d’un songe oublié, je manquais malgré tout de peu un sérieux malaise alors que quelques coups étaient portés sur le lourd battant de bois. Bondissant littéralement en arrière, je dus mettre quelques instants à me raisonner. La porte cependant s’ouvrit d’elle-même, après un temps non négligeable sans réponse de ma part. Un homme d’un certain âge parut par l’encadrement, tous sens en alerte. Il détaillait les environs, tout comme j’avais pu le faire quelques instants auparavant, avant que son regard ne se pose finalement sur ma personne.


« Veuillez pardonner mon intrusion, mais mon intervention étant restée sans réponse… J’ai cru capter beaucoup d’agitation en ces lieux. Allez-vous bien ? »


Retrouvant à peine une capacité respiratoire normale, je parvenais à hocher doucement la tête.

« Je vais bien, oui… »


Mais mon expression panique allait à l’encontre de mes propos. Il ne parut néanmoins pas s’en formaliser outre mesure, accordant cependant un nouveau coup d’œil alentours. Sans aucun doute devait-il se retrouver aussi désemparé que je ne l’étais moi-même. Aussi, il parut sceptique l’espace d’un instant. Finalement, il opina du chef, alors que je lui proposais de me ramener auprès de mon amie. Je n’avais absolument plus aucun désir de prendre du repos, et avais hâte de retrouver la Norpalienne. Qu’avait-elle à m’apprendre, sur cette séance ? Repartirions-nous bras ballants ? J’osais espérer que tel n’était pas le cas.




Lorsque je pénétrais au sein de la pièce précédemment quittée, je devais comprendre que peu de temps s’était réellement écoulé entre mon départ, et mon retour. Si j’avais retrouvé toutes mes capacités d’écoute et de compréhension, je conservais un teint pâle, voire maladif. Le contre coup, sans aucun doute. Globalement, je me sentais troublée, éreintée, mais bien. Physiquement, tout du moins. Eva m’accueillait avec un sourire, et je le lui rendais aussitôt, avant de porter mon attention sur Eramos, qui prenait la parole tandis que je m’installais à leurs côtés.

Quelque chose bloquant mes souvenirs ? Parlait-il de cette brume désormais omniprésente ? Je m’apprêtais à le questionner, lorsqu’il se redressa brusquement sur une soudaine et nouvelle agitation. Je sursautais moi-même, et pivotais prestement tandis qu’un groupe d’une vingtaine de personnes prenaient place. Après un échange prompt et quelques explications, nous devions tous êtres conviés à prendre part à une cérémonie festive. Un anniversaire. Je haussais les sourcils, perplexe, mais me laissais bien tôt porter par l’ambiance nouvelle. De là à prétendre que je prenais part à la fête, il était encore un monde. Cette masse soudaine me mettait sur la réserve, plus encore que les évènements proches. Je n’étais pas dans mon élément.





« Je suis également heureuse de vous rencontrer. »


Heureuse, ou tout au moins, enchantée. Moindre des politesses. Si Eramos nous avait fait mention de cet homme comme érudit, je ne savais encore qu’attendre de cette rencontre. Des réponses, sans doute. Mais à quel questionnement ? Il en était tant. Timidement, je notais les quelques points physiques marquants de cette personnalité : une peau couleur cendres, des cheveux couleur Lune. De grande taille, il respirait une certaine sagesse. En soit, cela n’avait rien de surprenant, pour un érudit. Quoique, la chose restait discutable. En son regard azur, quelque chose de poignant. Quelque chose que je ne devais tout d’abord pas comprendre. Puis un large sourire.

Alors seulement je me détachais de cet examen, tandis qu’Eramos conviait Eva à prendre congé à ses côtés. Me laissaient-ils seule ici ? Nerveuse, j’accordais un dernier regard à mon amie, qui cédait tout compte fait à l’insistance de son Mentor. Oui, je me retrouvais assurément seule, en compagnie de cet homme dont seuls le nom et la profession étaient parvenus à ma connaissance. Je ne devais cependant pas avoir grand temps pour m’apitoyer sur mon sort.


« J'imagine que si le Mentor de la confrérie s'est donné la peine de nous réunir c'est pour une bonne raison. Qu'avez-vous autour du cou ? Je peux voir ? »


Je reculais de deux pas, braquant sur l’Eladrin un regard aussi alerte que trouble. Peu s’approchaient encore de ces anneaux en mon bon vouloir, et je devais sur l’instant oublier mes états d’âme pour ne pas prendre la porte aussitôt. Lorsque ses mains vinrent en contact avec les entraves, je tremblais de toute part. S’il en prenait bonne note, il ne relevait pas, s’appliquant à son exemen. Ses mouvements étaient mesurés, délicats et sereins. Simple étude précautionneuse. Lorsque j’en vins à comprendre que je n’avais rien à craindre, alors seulement je cessais de trembler, bien que chaque parcelle de mon corps restait obstinément tendue et contractée. Une curieuse chaleur émanait de ses mains gantelées. Chaque corps dégageait de la chaleur… mais aucunement de la sorte.

« Hmm, j'ai déjà vu ce genre collier une fois, mais pas sur des humains... »


Ainsi m’extirpait-il à mes questionnements silencieux. J’accordais dès lors grande attention à ses propos à venir, sans pour autant en saisir toute l’ampleur. Des humains, des démons, des runes, une magie incapable de mettre à mal ces entraves… Mon rôle à moi, en tout ceci ? Je ne me retrouvais pas en ces explications. Par ailleurs, qu’entendait-il lorsqu’il faisait mention d’user de cet anneau à des " fins pratiques " ? M’était-il donc nécessaire de retrouver mon bourreau pour faire céder ces entraves ? Plutôt m’enterrer avec. Je n’osais pourtant le questionner à ce propos, comme redoutant la réponse à venir. Aussi devait-il saisir ce temps silencieux pour porter à ma connaissance l’une de ses – sinon sa – spécialité : les objets magiques. Qu’avais-je à porter à sa connaissance qui n’était déjà mis en évidence ?

Je repensais alors à ces dernières heures, et à ces souvenirs obscurs. Les minutes s’écoulèrent ainsi, sans que je n’en prenne conscience. J’étais grandement occupée en un agencement intérieur. Je découpais chaque parcelle de conscience pour un tirer un élément quelconque, avant de passer à la suivante. Rien ne retenait particulièrement mon attention. Rien, jusqu’à ce que… Cette image me parut soudainement, telle une évidence. Claire, précise. J’avais besoin d’un support. Observant alentours, je discernais une pile de parchemins vierges et un encrier. Je les désignais de l’index.


« Puis-je ? »

« Bien entendu. »


Le remerciant d’un hochement de tête, je m’emparais de l’un, puis de l’autre, avant d’entamer une ébauche qui se voulait aussi précise qu’en mes souvenirs. Il m’observait ainsi durant un instant, sans piper mot. Je ne discernais pas ses expressions pourtant changeantes, appliquée à ma tâche. Finalement, je reposais la plume dans un support proche de l’encrier, et examinais mon œuvre : précipitée, elle ne représentait pas de grands talents de dessinatrice. Cependant, chaque notion importante y était soigneusement détaillée. Satisfaite du résultat, je retournais le papier avant de le présenter à l’Eladrin, qui s’en emparait aussitôt. Alors seulement, je notais son expression soucieuse. Perdant à nouveau une certaine partie de mon assurance, je m’expliquais à ce propos.

« J’ai vu ce symbole à quelques reprises lorsque je… étant plus jeune. Je n’en conservais cependant que peu de souvenirs… Mais lorsqu’Eramos a… cherché quelque peu, ce symbole m’est revenu par-dessus tout autre souvenir. J’ignore ce qu’il représente, s’il est en lien avec une quelconque magie, mais peut être… peut-être vous est-il familier ? »


Je me sentais soudainement bien maladroite, alors que ce visage si souriant jusqu’à maintenant paraissait s’assombrir. Durant quelques secondes, il passa tantôt au parchemin, tantôt à ma personne. Ces secondes me parurent interminables, ne sachant sur l’heure à quel saint me vouer. J’avais ce désagréable sentiment d’avoir mis les pieds là où je n’aurai pas dû les mettre. Cette même sensation que j’avais ressentie en passant cette porte, en descendant ces escaliers... La tension naissant de ce malaise me gagnait en chaque instant. Cela devait transparaitre en mon expression, assurément. Alors, et aussi soudainement qu’il l’avait perdu, l’érudit retrouvait son sourire. Moins franc, pourtant. S’il se voulait rassurant, je n’étais pas dupe.

« Vous connaissez ce symbole. »


Ce n’était pas une question, mais une affirmation.

« Savez-vous ce qu’il représente ? »


Se redressant, il s’appliquait désormais à plier le morceau de parchemin en quatre parties égales. Je prenais mon mal en patience, bien que revenue également sur mes appuis, je passais nerveusement d’une jambe sur l’autre. Alors seulement, il reprenait la parole à mon intention, en quelques palabres emplies de mystères et de sous-entendus. Oui, ce symbole lui était connu, et oui il en connaissait également le sens. Cependant, jugeait-il plus prudent de n’en point faire mention ici. Ou tout du moins, en ma seule présence. Je restais perplexe.

« Veux-tu bien retrouver Eramos, et le prier de me rejoindre ? »

« Mais… »

« Danaelle, s’il te plait. »


Je discernais en ses intonations quelque chose qui me troublait, et cela n’avait rien à voir avec ce qu’il tentait maladroitement de me dissimuler. Cependant, je cédais. Inclinant doucement et légèrement l’échine, je tournais les talons après quelques remerciements discrets. Ouvrant la porte principale, je passais l’encadrement et examinais les alentours. Retrouver Eva et Eramos. Facile à énoncer, plus complexe à exécuter. Où pouvaient-ils bien être allés tous deux ? Probablement avaient-ils fort à échanger, et j’osais espérer ne pas les troubler en leurs retrouvailles. Si tant était que je parvienne à leur rencontre.

Je me mettais donc en route, et errais quelques instants, sans réellement oser pousser mes recherches. Finalement, je tombais sur quelqu’un, paraissant arpenter les lieux en hâte. Je me posais sur son chemin, décidée à quérir de l’aide : j’étais perdue. Plus perdue certainement que ne pouvait l’être n’importe quel oisillon dans un nid. Quelle idée d’un tel nom. Cela s’apparentait pour moi en l’instant bien davantage à un labyrinthe qu’à un nid. Et puis il n’y avait pas de coins et de couloirs dans un nid, d’ailleurs. Je reconnaissais bien cependant ma mauvaise foi en cette mauvaise humeur née seule de la contrariété et de la frustration. L’homme néanmoins cessa donc son cheminement, posant sur ma personne un regard interrogateur.

« Je m’excuse, mais je me suis égarée… Sauriez-vous me dire où trouver Eramos ? »


Une certaine lueur parut s’animer à la mention de ce nom, et il sourit largement.

- Bien entendu ! Suis-moi ! -


Une direction, ou même un plan… je n’en demandais pas plus. Mais il me convia à le suivre, et après une seconde d’hésitation, j’acquiesçais. Après tout, les rapaces étaient de grands prédateurs, et peu se risquaient à s’en approcher sans en découdre. N’est-ce pas ? Qu’avais donc à redouter ? J’espérais l’analogie correcte, et me rendais à sa suite tout en conservant une certaine distance. Simple habitude. Après quelques instants, nous parvenions à l’air libre. Je m’arrêtais sur le pas de la porte, sceptique.

« Êtes-vous certain de notre destination ? »

- Evidemment ! Viens. –


Je restais perplexe l’espace d’un instant, un frisson me parcourant l’échine. Puis une voix que je connaissais désormais fort bien, en mon dos. Je pivotais vers la Norpalienne en un bond, avant de n’en revenir à mon précédent interlocuteur.

« Ah ! Voyez-vous… »


Je m’arrêtais net en mon élan. Il n’y avait personne. Passant la tête par l’encadrement de la porte, je reculais de quelques pas. Cette fois, la chose était claire : je perdais pleinement l’esprit. Quoi d’autre ? Après les voix, voici que je discernais quelques gens qui n’étaient pas là. J’avais soit besoin de beaucoup de repos, soit de quelques remèdes. Quoiqu’il en soit, et bien que mon expression ahurie ne trompait personne, je me tournais à nouveau vers Eva, encore en compagnie de son Mentor.

« Je vous cherchais… Volathmar requiert votre présence… »
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Eva Sombracier
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Faction ou Clan : Au service de la Norpalie

Attributs
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Réputation:
860/5000  (860/5000)
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MessageSujet: Re: Une Aube Nouvelle - Partie troisième avec Danaelle et Eva Sombracier   Mer 16 Avr 2014 - 19:27


Nous avions rendez-vous, mais pourtant il était tôt, si tôt… Mon crâne me faisait un mal de chien, je peinais à suivre mes compagnons dans l’escalier menant…Par Revoran, combien d’étages y avait-il? Dans mon cas la nuit avait été courte, l’appel du vin et de l’hydromel avait été plus fort que tout en ces moments les plus mystérieux et dangereux de toute ma vie. J’avais bien vu que Danaelle ne se sentait pas à sa place, moi non plus d’ailleurs, donc après avoir écouté quelques chansons et prêté l’oreille à deux ou trois histoires, nous nous sommes retirées non sans emporter un couple de bouteilles.

Mon amie n’appréciait pas trop l’alcool, elle se contenta donc de quelques gorgées d’hydromel alors que nous discutions de tout et de rien essayant un peu maladroitement de se détendre. Je me retirai dans ma propre chambre au bout de deux heures afin de lui permettre de dormir. J’ai donc terminé seule mes bouteilles de boisson l’esprit tiraillé et le cœur chamboulé tandis que quelques larmes glissaient sur mes joues. La Norpalie me manquait, les choses simples me manquaient…Et Eramos, quelque chose dans son regard me laissait perplexe, une chose qui me forçait à demeurer à distance. J’étais alors complètement ivre, étendue sur mon lit dans l’espoir que cette nuit de malheur ne vienne se saisir de moi, ce qu’elle fit quelques minutes plus tard.

Nous nous arrêtions finalement au premier, prenant ensuite le couloir de gauche, puis celui de droite avant d’enfin pousser l’une des portes. Je pouvais percevoir la force des battements de cœur de ma douce amie alors que nous faisions notre entrée dans ce lieu de savoir. Son expérience de la veille ne lui avait sans doute pas inspiré confiance quant aux futures décisions du Mentor. Devant nous, un homme grand, plutôt mince, arborant une peau teintée de gris contrastant violemment avec ses grands yeux d’un éclat et d’une couleur non négligeables. Somme toute un être très intéressant, je m’attendais à pire étant donné ses origines. Son air impénétrable laissa place à un large sourire qui nous était adressé, offrant un accueil pour le moins chaleureux. 

Eramos nous introduisit donc assez simplement avant de me lancer un regard lourd de sens auquel je n’avais cependant pas envie de répondre en cet instant. Pourtant, il insista et je n’eus d’autre choix que de laisser Danae seule avec cet homme aux mains efféminées et à la longue chevelure soyeuse. Son expression ne trompait personne, je lui lançai donc un dernier regard empreint de courage avant de quitter la pièce.  Que pouvait-il me vouloir de si urgent? Je le rejoignis au bout de l’allée mon cœur en proie à une sourde et étrange colère.

« Qu’est-ce c’est que tous ces mystères à la fin ? Eramos ma foi tu es devenu bien étrange, enfin plus étrange encore. Je m’en veux de laisser Danaelle avec cet homme dont nous ne savons rien… Que se passe-t-il ? »

Décidément, ce mal de tête découlait peut-être de cet agacement perpétuel que m’inspirait mon ami de jadis et non de ma consommation de la nuit précédente. Il m’expliqua que Volathmar n’était pas très à l’aise en présence de plusieurs personnes et en particulier lorsque il devait se pencher sur une question impliquant son lot de variables à considérer. Un érudit comme tant d’autres quoi…Depuis la douteuse séance d’hypnose j’avais un peu perdu de vue notre vrai objectif puisque j’étais visiblement et considérablement déçu de la froideur qui se dégageait de l’homme qui fut autrefois ma plus grande inspiration. Étions-nous vraiment au bon endroit ou ne serait-ce qu’un échec supplémentaire sur cette route déjà si incertaine…Je relevai la tête tandis que nous déambulions dans la grande salle avec la noble intention de perdre notre temps alors que là-haut attendaient les vraies réponses.

Cependant ce n’était pas tout, le cœur de notre échange apparaissant alors ; Eramos n’allait pas nous accompagner lors de notre départ, son statut ne lui permettait pas de partir vers d’autres horizons, on avait besoin de lui ici, dans cette basse-ville de misère  qui était désormais la sienne. Bien que je parus déçue, je comprenais, bien évidemment. S’il s’avérait que l’érudit découvre quelque chose d’utile nous aurions de quoi poursuivre notre quête, une chance de plus de triompher, un obstacle de moins à franchir et ce serait déjà très bien.

Soudain nous vîmes la jeune femme se profilai au bas des marches à l’extrémité de la pièce. Elle se dirigeait vers la sortie en pressant le pas, je réagis donc au quart de tour afin de la rattraper et de savoir ce qui avait bien pu se passer avec l’Éladrin.

« Hey, mais où vas-tu comme ça? Tout va bien? »

Elle entama une phrase qu’elle interrompit lorsque elle reporta son attention sur la rue avant de me regarder, interdite. Elle jeta un coup d’œil rapide dans le Nid alors que se dessinaient sur son visage une confusion et une surprise évidentes.

« Je vous cherchais… Volathmar requiert votre présence… »

Visiblement les explications allaient attendre, je l’invitai donc à ouvrir la voie avant de refermer la porte derrière-nous. Les boissons d’Hydrasil n’étaient apparemment pas faites pour nous !

[…]

Nous étions tous réunis en une même salle chacun dans son fauteuil. Volathmar semblait hésitant, posant son regard sur moi puis sur Danaelle, aucune de nous n’osait poser quelque question que ce soit. Il brisa finalement le silence en s’adressant à mon amie à ma droite.

« J’ose à peine présumer des dangers que tu as dû affronter, de la douleur qui t’accable et je souhaite…Te demander pardon, Danaelle, sincèrement. »

Je guettai la réaction de mon acolyte tout comme l’explication de l’érudit tandis qu’une sensation désagréable s’emparait de moi.

« Je te dois des explications concernant ton passé, concernant  ce symbole dont tu m’as parlé, mais aussi en lien avec ton père…Si je ne t’ai rien dis tout à l’heure c’est que j’ignorais que tu étais LA Danaelle, mais maintenant je reconnais bien là quelques traits de ton paternel ! Tu dois être si confuse en cet instant, avant de poursuivre j’aimerais m’assurer que tu vas bien et ajouter que tu n’as rien à craindre de moi. Prend un instant pour te détendre et ainsi te préparer à entendre la suite. »

Tout devait se jouer à l’intérieur puisque elle semblait figée dans le temps tellement elle était estomaquée, et elle n’était pas la seule! Il fallait qu’il soit impliqué, n’aurait-il pas pu se contenter de nous donner de simples conseils?! Et pourquoi diable s’excuser? Au moindre mouvement brusque il aurait affaire à moi et ma foudre de marcheuse de tonnerre!!

« Tout est de ma faute. Je croyais bien faire mais je n’ai fait qu’attiser leur courroux et condamner des âmes innocentes…Jamais je ne me pardonnerai ce geste. Je n’ai vu ton père qu’une seule fois dans ton enfance et ce fut pour lui remettre un…Grimoire. J’avais dérobé cet objet au Culte de Sipriar lui-même puisque ses adeptes contaient s’en servir afin de libérer le dieu du chaos de sa prison située au cœur de l’Outre-monde…Les conséquences auraient été tout simplement désastreuses et irréversibles. Je devais empêcher une telle folie, alors j’ai intégré leur Ordre, j’ai gagné leur confiance afin de mettre la main sur ce livre contenant les formules et les rituels nécessaires à la réalisation de leur sinistre projet. »

Il avança ses mains vers nous avec une certaine réticence avant de retirer péniblement ses longs gants de cuir finement ouvragés. Mon estomac se noua à la vue d’une telle blessure et pour cause, elle n’avait rien de normal. Ses mains et ses avant-bras n’étaient plus qu’une immense cicatrice de laquelle émanait une lueur orangée ci et là comme si la plaie se consumait encore. C’était tout simplement horrible, qu’elle douleur se devait être! La magie, encore cette maudite magie! L’Éladrin enfila ses protections de cuir non sans quelques grimaces de souffrance avant de reprendre son récit qui devenait de plus en plus mystérieux au fil des troublantes révélations.

« J’ai dû traverser une barrière magique pour atteindre l’objet, depuis la douleur s’est rétractée sans pour autant disparaître. Je mérite ce fardeau alors ce n’est pas la peine de vous sentir mal pour moi. Le symbole que tu as dessiné est l’emblème de culte de Sipriar et il orne ses membres tout comme le grimoire. Je me suis enfuis mais leurs cavaliers n’étaient jamais bien loin derrière moi, me pistant tels des loups affamés. 

Entre les mains d’un Aasimar le grimoire devient indétectable tout comme son porteur, alors je devais confier cette clé du chaos à un être de lumière sans quoi mon plan était voué à l’échec. Mais je devais trouver quelqu’un d’instruit et qui possède la connaissance des textes anciens, cette dernière exigence réduisait considérablement les candidats potentiels. Je suis finalement tombé sur une personne susceptible de nous préserver du mal ; Tebryn.

Je vois à ta réaction que tu ignorais tout de ces origines célestes…Cela signifie donc que tes ancêtres sont des anges sans que cela ne fasse de toi une Aasimar. Je sais, c’est compliqué. Je suis donc vite repartis dans l’espoir de brouiller les pistes, mais j’ai été naïf, si naïf. Ils ignoraient qui était en possession du livre mais ils ont fini par apprendre dans quel village on l’avait caché…Je crois qu’il est inutile de raconter la suite. Dès que j’ai su pour l’attaque du village je suis allé retrouver Tebryn. Ton père et moi avions convenu d’un lieu de rencontre en cas d’imprévus alors je me suis rendu là-bas croyant t’y trouver toi aussi mais il n’y avait que lui… 

Rapidement les rumeurs ont fait mention d’un échange, le grimoire contre ta liberté. C’était un dilemme insupportable pour ton pauvre père tout comme pour moi, mais le sort du monde était en jeu, j’ai dû le convaincre. Cependant, à défaut de ne pouvoir te secourir, nous avons invoqué un gardien, un ange. Ton paternel a offert une partie de sa force vitale à la créature afin qu’elle te la transmette et qu’ainsi tu puisses survivre jusqu’à ce que nous trouvions une solution. Mais les mois et les années passaient sans que nous ne soyons en mesure de te sortir de là…Aujourd’hui tu es en face de moi sur les traces de ton père, je suis énormément bouleversé, je…»

J’en avais suffisamment entendu. Bondissant de mon siège avec la haine au cœur je me jetai sur cet imbécile sans scrupule avant de lui asséner un violent crochet du droit. Le fauteuil l’empêcha de tomber à la renverse et rapidement sa tête retrouvait sa position initiale. Une entaille apparue près de sa pommette gauche alors qu’il levait les yeux sur moi, impassible. J’expirais telle une bête enragée les poings toujours serrés, mais lui se contenta de se relever lentement en continuant de me fixer. Il baissa finalement les yeux en direction de mon amie. J’osais à peine imaginer ce qui se déroulait dans son cœur et sa tête en ce moment.

« Je ne te demande pas de me pardonner, mais pardonne ton vieux père. Pas un jour ne passait sans qu’il ne pleure face à une si grande impuissance. Ce choix n’aurait jamais dû lui revenir. Il est grand temps de corriger la situation, c’est pourquoi je te mènerai à lui. »

La nausée me prit soudain et je vomis directement sur les pantalons et les bottes de notre hôte, ajoutant le ridicule à l’improbable.
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Eramos d'Irifuse
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MessageSujet: Re: Une Aube Nouvelle - Partie troisième avec Danaelle et Eva Sombracier   Ven 18 Avr 2014 - 16:23

La veille, Eramos avait quitté promptement la Grand-Salle, laissant les deux jeunes femmes aux fêtards. Il espérait qu'elles puissent s'amuser en cette période bien sombre. Il était important qu'elles le fassent. Lui était passé à côté de cette réalité lorsqu'il avait dû affronter à ses propres démons sous prétexte qu'il n'en avait pas envie ou qu'il ne le méritait pas. Il ne voulait pas que Danaelle -mais surtout Eva- ne se torture de la sorte quel que soit le but à accomplir; le sacrifice de soi était bien entendu nécessaire, mais sans dépasser la mince frontière menant au martyr.

Se retirant dans ses quartiers, Eramos referma la porte derrière lui; le plongeant dans l'obscurité. Simplement éclairé par l'halo de la lune, il n'ouvrit aucune bougie et comme à son habitude alla s'asseoir dans son siège dont la vue donnait sur Hydrasil. Du dernier étage du quartier-général, on pouvait apercevoir les toits des chaumières endormies et, à l'horizon, tous les bâtiments surplombant la cité d'argent. À l'est, le Temple des Cinq avec son clocher gigantesque,  à l'ouest la sombre tour de l'Académie d'Urion et, enfin, au nord la Seigneurie d'argent, maison  politique de pouvoir atteinte d'une maladie auto-immune nommée la corruption. Cette vision s'offrait à Cœur d'aigle chaque nuit. Il se sentait en contact avec cette ville qui était devenue son foyer, mais aussi le berceau de l'accomplissement de ses idéaux.

Ses pensées l'assaillirent bientôt, mais au lieu de les chasser tels des parasites comme il l'avait fait toute sa vie, il les accueillit comme des amies l'aidant à rester juste par le questionnement introverti de ses actions, mais aussi à garder son humanité. Ces pensées -comme le lui avait apprit son ami Volathmar- n'étaient pas maléfiques, bien au contraire. Selon l'Éladrin  -qui vivait depuis plus d'un siècle- on était réellement libre grâce à elles et -il affirmaient- qu'elles ne rendaient fou que si on les niait ou on les chassait. Il songea alors à Eva, son ancienne apprentie. Des souvenirs d'elle enfant vint à sa mémoire. Elle était mature et des plus sérieuse à son âge. Elle était la fille adoptive d'un général Norpalien après tout. Il y avait cependant autre chose. Sa maturité venait de sa droiture, pas de sa capacité à obéir et c'est ce qui avait charmé l'ancien chasseur de primes qui avait accepté de lui apprendre quelques notions de survie.
Les jours étaient devenus des semaines et les mois des années... Eramos avait vu se transformer cet enfant en jeune adulte et avec cette transformation s'était adoucit son cœur. Autrefois froid et distant, il s'était surprit à sourire plus d'une fois par jour. Et bientôt, un semblant de bonheur vint s'installer; il se levait confiant sachant que la journée serait tout autant radieuse qu'Eva qu'il vit bientôt comme sa propre fille. Adrian, le père adoptif d'Eva, le remarqua sans doute car il lui demanda de s'en aller. Sa fille était destinée selon lui à une grande carrière militaire et il ne laisserait pas compromettre sa destinée à cause d'un meurtrier comme lui.
Le passé l'avait rattrapé et Eramos était revenu celui qu'il avait été. Les derniers jours d'entraînement avec Eva se firent dans un silence pesant et une rigueur assidue. Eramos devait finaliser l'entraînement de la jeune Norpalienne en étant sur qu'elle aurait apprit tout ce qu'il  aurait pu lui enseigner. Puis cela fait, il quitta la Norpalie un regard pour son ancienne protégée comme seul adieu. Ce regard, si celui-ci pouvait sembler des plus formel, était lourd de sens; il avait donné en cet instant sa confiance à cette jeune fille qui avait pu lui rendre son humanité, car même si Adrian Sombracier lui avait rappelé la dure réalité -qu'il n'était vu que comme un meurtrier par ses comparses- Eva lui avait donné un but. Il enseignerait comme il l'avait fait à d'autres et leur ferait découvrir leurs capacités. Si la confrérie existait aujourd'hui c'était grâce à elle.

Levant les yeux au ciel, le regard d'Eramos toucha les étoiles et comme à chaque nuit il s'adressa à sa défunte femme, le seul amour de sa vie qui -pour lui- l'accompagnait à chacun de ses pas jusqu'au jour où ils se rejoindraient.

- Oh Maëlia. Ai-je bien fait de mettre ces idées dans l'esprit de cette jeune femme ? Ces idées de grandeur et d'espoir ? Cette même jeune femme honorable qui maintenant passe sa jeunesse à sillonner les routes comme je l'ai fait au lieu de vivre pleinement sa vie. Ai-je bien fait de lui faire découvrir ces idéaux qu'elle cachait elle aussi au plus profond d'elle ? Aurai-je dû lui voiler la vérité en l'empêchant de trouver sa voie et ainsi lui promettre le bonheur de l'insouscience ?

Il savait qu'il ne recevrait aucune réponse de cette feu magnifique femme qui avait partagé sa vie pendant plusieurs années, mais il s'imaginait son sourire compréhensif et empli de sagesse adoucir ses mœurs comme elle avait si bien sut le faire jadis. Cela faisait maintenant plusieurs heures qu'Eramos était assit dans la noirceur de sa chambre et le sommeil ne venait pas. Il se leva donc et quitta son sanctuaire. Marchant dans le couloir à pas feutrés, il dériva jusqu'aux chambres d'Eva et de Danaelle. Il sourit en voyant la proximité des chambres des deux amie et se dit qu'Eva devait garder Danaelle même dans ses rêves les plus profonds et secrets. Il ouvrit tranquillement la porte de sa chambre et plissant les yeux sous l'odeur envahissant de l'alcool s'en échappant. Elle apprendrait à canaliser sa peine et ses doutes, songea-t-il. C'était quelque chose qu'il n'avait pas put lui enseigner, ces choses s'apprenant généralement seules. Elle semblait néanmoins dormir du sommeil du juste, éteinte pour quelques heures en attendant d'être bien revigorée pour accomplir son devoir. Une prière éladrine s'extirpa de sa gorge pour atteindre les oreilles pourtant endormies d'Eva.

- Ad'venah Talas Hounas.

Puisses-tu te retrouver à la fin de ta route.


Eramos referma derrière lui la porte du bureau de Volathmar. Il les avait convier en un même toit pour discuter du problème de Danaelle. Qu'avait-il pu bien découvrir ? Sa mine semblait sereine, mais Eramos savait que c'était un masque bien confectionné dissimulant la gravité de la situation. Voilà bien dix années qu'il connaissait l'Éladrin et jamais il ne l'avait remarqué aussi préoccupé. Son regard se perdait souvent à l'extérieur et il s'imaginait bien son compagnon quérir l'aide de ses dieux. Pour sa part, Eramos semblait sévère. Il savait la mission d'Eva dangereuse, mais il ne pouvait l'accompagner, il le lui avait fait savoir. Sa mission était ici, la sienne là-bas avec Danaelle. Il lui avait déjà tout apprit de ce qu'il savait et c'était à elle de faire le reste. Il l'aimait de tout son cœur et serait toujours là pour elle, mais pour l'heure c'était impossible. En fait, il craignait de regretter ce choix en voyant l'air préoccupé de Volathamar pendant qu'il récitait ses découvertes et son passé aux jeunes femmes.
Cœur d'aigle fut surprit pas ces révélation. Il savait le passé de l'Éladrin tumultueux, mais pas aussi étroitement lié avec celui de Danaelle. Il toucha sans s'en rendre compte son pendentif de bronze montrant le symbole de Litrish. Le dieu du destin avait mené ces êtres en sa demeure. Ses convictions en furent renforcé et il sut avec certitude qu'il ne devait pas accompagner Eva et Danaelle, même si Volathmar, lui, les accompagnait.  

Soudain, Eva sauta de sa chaise en se lançant vers l'Éladrin qu'elle pensait maintenant responsable en partie du malheur de son amie. Eramos tenta bien de l'empêcher de le frapper, mais le regard de l'érudit le stoppa net. Il se croyait lui aussi en partie responsable et cette vérité, comprit-il, le torturait. Il accepta la frappe de la Norpalienne sereinement; la tristesse de cette scène n'échappa pas au vieil homme maintenant levé. Incapable de retenir son stress, mais surtout l'alcool qu'elle avait ingérée la veille, Eva dégorgea. Il lui attrapa les épaule avec douceur, mais fermeté et la fit pivoter vers lui. Ses yeux marrons rencontrèrent l'acier des siens.

- Tu dois être forte pour elle. Protège Danaelle pendant ton périple car personne d'autre ne le pourra.

Eramos faisait bien sur référence à Volathmar qui, handicapé par sa malédiction- ne pourrait que les guider, mais aussi de lui-même qui devait suivre sa propre route. Un sourire empli de sagesse apparut à ses lèvres et il sut qu'il n'aurait rien à rajouter. Elle avait comprit, son devoir était fixé. Il regarda ensuite Danaelle toujours assise et s'approcha d'elle en  s'agenouillant à sa hauteur. Son regard se voulait encore doux, mais sérieux. Il posa une main empli d'empathie sur son bras crispé par la douloureuse nouvelle qu'elle tentait sans doute d'avaler.

- Veille sur elle; elle le mérite. Le passé nous rattrape toujours, c'est inévitable. La seule chose que nous pouvons y faire c'est de choisir comment le confronter. Tu possèdes une force bien à toi, tu y arriveras.

Son sourire apparu une nouvelle fois et il se releva. La porte claqua faisant sursauter l'assemblée. C'était le jeune homme roux nommé Tusis à qui il avait donné une mission la veille.

- La garde est à nos portes, mentor. Elle croit que la confrérie à fait tuer Gribur ! Devons-nous se préparer à combattre ?

- Non !

Eramos se retourna vers Eva.

- Je vais me rendre.

- Vous n'y pensez pas, cria Tusis. Ils vous pendront !

- Un combat entre la confrérie et la cité n'est pas à envisager. Ce n'est pas dans nos valeurs. Je m'entretiendrai avec Dame Zéphira moi-même. Je te désigne comme remplaçant jusqu'à ce que je revienne.

Il se retourna vers Eva. Elle le regardait sombrement surement inquiète.

- Ne te détourne pas de ta destinée, la mienne est déjà toute écrite. Litrish sera seul juge de mes actes et de mon futur. Maintenant, allez-vous en et retrouvez ce Grimoire. Il est d'importance capital pour le Continent. Et Danaelle, je te souhaite de retrouver ton père.

Sur ce, il quitta la pièce. Il espérait qu'Eva se rappellerait les enseignements qu'il lui avait inculqué et surtout qu'elle garderait sa ligne de conduite durant les périples à venir. Sa droiture honorable...

- Que les dieux vous gardent.
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MessageSujet: Re: Une Aube Nouvelle - Partie troisième avec Danaelle et Eva Sombracier   Lun 21 Avr 2014 - 13:24

J’avais conservé les lèvres closes, d’un bout à l’autre. Regard perdu en quelques vives émotions, j’encaissais non sans peine les éléments mis à notre découverte. Cela ne se pouvait, n’avait aucun sens. Ou peut-être bien au contraire, les évènements reprenaient place avec bien trop d’aisance. Des années en quête de réponses, et voici qu’elles se dévoilaient à moi en un agencement complexe. Je crus cesser de respirer l’espace d’un instant. Et alors que mon amie se levait en un bond pour assaillir notre hôte, je ne réagissais pas, désormais perdue en mes propres pensées. Plus rien autour n’aurait sur retenir mon attention. Le tumulte de mon esprit bourdonnait à mes oreilles tel un essaim que l’on aurait tourmenté.

Et alors qu’Eramos échangeait avec Eva, je ne captais qu’un murmure lointain. Pourquoi ne pas me lever et quitter cette pièce, purement et simplement ? Ce n’était en aucun cas l’envie qui me manquait. Je ne le pouvais, cependant. Chaque membre, chaque muscle paraissait perdu en cette même torpeur qui assaillait mon esprit. Ce dernier intimant à mes jambes de reprendre leurs appuis, là où le corps ne paraissait apte à suivre. Supplice intenable. J’avais besoin d’air, sur le champ. Sceller mes paupières, et aspirer à m’éveiller en d’autres lieux. D’autre temps. De ces temps lointains où mes seules craintes reposaient sur la cuisson souvent douteuse des cuisses de poulet. Qu’il était doux ce temps. Doux, mais pourtant inaccessible.

Une main alors se posant délicatement sur mon bras. Je relevais machinalement la tête, allant à la rencontre d’Eramos. Depuis combien de temps se tenait-il là ? Pour quelles raisons ?


« Veille sur elle ; elle le mérite. Le passé nous rattrape toujours, c'est inévitable. La seule chose que nous pouvons y faire c'est de choisir comment le confronter. Tu possèdes une force bien à toi, tu y arriveras. »


Je laissais ces mots glisser en boucle dans mon esprit, car tel était nécessaire pour les entendre en leur sens propre. J’avais eu conscience de son absence durant la suite de nos aventures, mais ne savais encore comment aborder cette nouvelle. Peut-être avais-je mal saisi le but de notre présence en ces lieux ? J’avais cru à un soutien supplémentaire qui nous aurait permis de venir à bout de notre quête au plus tôt. Il n’en était rien. Réponse quémandées, réponses trouvées. En voilà tout. Quant à la présence de Volathmar ? Je ne savais également s’il était de rigueur de m’en réjouir. Pour l’heure, nulle hâte quant à cheminer à ses côtés. Je perdais de vue mon but, muée en une colère vive et soudaine. Si je ne la laissais s’exprimer sous aucune forme que ce soit, nul doute quant à s’assurer qu’elle n’était plus en dormance, désormais. Braise attisée.

Inconsciemment, je perdais peu à peu toute once de sympathie envers les hommes. Mon père, tout d’abord, m’ayant délaissée au cœur d’un incendie, pour quelques histoires de grimoires et sombres desseins qu’il était nécessaire de mettre à mal. Ces cavaliers, ensuite, mutilant, humiliant, retenant captive durant des années. Si les femmes en leur rang étaient présentes, je n’avais que rarement eu à leur tenir tête. Ran, qui m’avait délaissée aux portes de Varak sans outre forme de procès. Ces hommes d’armes, ces bardes. Eramos, qui délaissait pourtant une personne chère à son cœur, Eva. Volathmar… Je ne savais encore que penser de ce dernier.

Les évènements suivants devaient me laisser perplexe. Sur un claquement de porte, je me redressais en un bond. Qui donc pouvait bien faire intrusion en pareil moment ? Cela aurait tout simplement dû être proscrit. Mais bien entendu, cela restait encore une fois en un monde utopique, ou nul de chagrinait personne. Autant reconnaître que nous étions tous bien loin de ce schéma. Alors, je portais mon attention sur le nouvel arrivant, en retrait. Il paraissait avoir couru, le regard alerte derrière ses cheveux roux. Lorsqu’il s’adressa alors à l’assemblée – et essentiellement à Eramos – cela devait être en une certaine précipitation. Si l’urgence de la situation ne laissait nul doute probable, le principal intéressé parut prendre les choses en main en un calme peu commun. Je peinais moi-même à comprendre la raison d’une telle sérénité. Quels étaient les enjeux ? Je ne connaissais que peu de choses quant aux autorités de ces lieux, et plus méconnus encore les crimes dont ils étaient accusés. Eva pourtant paraissait plus que soucieuse, et par une quelconque empathie, je devais également marquer quelques traits préoccupés sur mon visage.

Je n’intervenais pas, cependant. Quelle nécessité ? Je ne pouvais rien leur apporter. J’aurai du le remercier, pourtant. Assurément. Après tout, je venais de prendre conscience d’une vérité pleine et entière. Pénible à assumer, mais elle s’ouvrait bel et bien à moi. Aurions-nous pu prendre conscience de tant d’éléments en si peu de temps s’il n’était intervenu en notre faveur ? Aucunement. Alors oui, des remerciements auraient été de rigueur. J’étais cependant au comble de l’exaspération, et sans voix. Aussi, peu raisonnable. Pour diverses raisons, et sans aucun doute nombreuses pénibles à accorder, je lui en voulais. A lui, mais à d’autres également. Un orage qui n’avait que trop sommeillé tonnait désormais en moi avec force. Un orage qui ne demandait qu’à éclater. Je lui tenais momentanément la bride, mais pour combien de temps encore ?

Un semblant de conscience m’empêchait de relâcher ces émotions sur l’instant. Ce n’était pas l’heure. Pas le moment. La situation n’y était pas favorable. Le serait-elle jamais ?



♦ ☼ ♦


Assise sur le matelas, je portais mon regard en direction de la fenêtre unique que comptait cette chambre. Les derniers éléments passés, je m’étais soustraite à l’assemblée sous prétexte de rassembler quelques biens, présentant mes excuses à Eva. J’ignorais ce qu’elle avait en tête, et la savais probablement troublée par ce départ soudain de son mentor vers quelques avenirs incertains. Elle le dissimulait habilement, mais sous des airs solides se cachait une jeune femme au grand cœur, et plus sensible qu’elle ne le laissait paraître. De cela au moins, j’étais assurée. De ce fait, je ne lui aurai tenu nulle rigueur quant à une éventuelle décision de rester en ces terres.

Devoir. Le devoir seul pourtant semblait mener les agissements de ces êtres. Eramos. Eva. Volathmar. D’une manière ou d’une autre, le cœur cédait place aux devoirs de chacun. Eramos se prêtait un devoir envers ses compagnons, et les citoyens. Eva envers son mentor, envers moi, et envers le reste des peuples, désormais. Quant à Volathmar, il paraissait agir dans l’espoir de résoudre quelques problèmes de conscience. Que clamaient leurs cœurs ? Tout autre chemin, assurément. Sous quelles conditions agissais-je moi-même ?


- La peur. C’est un bon moteur. -


Curieusement, je ne sursautais pas, comme prévoyant cette intervention soudaine. Retrouvant mes appuis, j’allais rapidement m’assurer du bon scellé de la chambre. Il n’était pas nécessaire que quiconque ne me retrouve à converser toute seule. Car j’étais bien seule, n’est-ce pas ? J’ignorais encore si là reposait la manifestation de mon imaginaire torturé.

- Assurément pas, je suis bien réel. -

« Cela ne se peut… »


Silence. Je tournais en rond dans la chambre, balayant chaque recoin d’un coup d’œil inquisiteur.

« Etes-vous encore là ? »


Voilà que je questionnais les murs, désormais. J’avais cependant besoin de m’exprimer, et au Diable si cela devait se produire avec quelconque subconscient torturé. J’ignorais encore en quel degré d’insanité j’avais sombré. Un mur… un mur ne pouvait assurément pas me répondre. Je perdais complètement la tête. Peut-être une échappatoire nécessaire pour venir à bout de tout ceci ? Lorsque la réponse advint, je devais laisser échapper un petit hoquet de surprise.

- Evidemment. -

« Qui êtes-vous donc ? »

- Qui puis-je être, à ton avis ? –

« L’expression de ma démence naissante, certainement. »

- Ce point de vue me plait bien, quoiqu’erroné. Veux-tu bien cesser de tourner en rond ? -


Je cessais instamment mon va et bien, haussant doucement les épaules avant de regagner la couche sur laquelle je prenais place. Voici que mon subconscient était sensible à la nausée. Une grande nouvelle.

- Amusant, n’est-ce pas ? Venons-en à l’essentiel, si cela te convient. –

«  Et quel est-il ? »

- Pars, maintenant. Laisse-moi te guider. -


Je laissais un rire amer m’échapper.

« Curieux programme. »

- Ils ne te garderont pas éternellement en sécurité. Que crois-tu qu’il arrivera, lorsque le Grimoire changera de mains ? Crois-tu retrouver une vie normale et sereine ? La mort. Voilà ce qui t’attend, et ce qui t’attendra toujours, que cela te plaise, ou non. -

« Eva est à mes côtés… »


Nouveau silence. Je me dressais de toute ma hauteur, comme guettant une nouvelle intervention. Au plus le temps passait, et au plus je me sentais purement et simplement stupide. Alors, après ce qui me parut une éternité, cette voix intérieure parut retentir à nouveau.

- Elle mourra également. –

« Qu’en savez-vous ? »

- Je le sais. Son sang coulera sur tes mains. Seule responsable de la mort d’un être que tu clames chérir. –

« Ce ne sont là que d’odieux racontars… »

- J’ai hâte de voir cela. –


Désormais agacée par cette conversation sans queue ni tête, je me redressais et, descellant la porte de la chambre, je me précipitais au dehors. Peut-être trop précipitamment pour que cela semble naturel. Mais qu’importe ? Personne ne paraissait errer dans les environs… Personne, ou presque.
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Eva Sombracier
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MessageSujet: Re: Une Aube Nouvelle - Partie troisième avec Danaelle et Eva Sombracier   Jeu 24 Avr 2014 - 15:54

Il avait raison bien évidemment, mais comment protéger qui que ce soit confrontée à tant de secrets et de noirs desseins...Assise sur un lit, relevant la tête j'affrontai le regard froid du mur devant moi. Lorsque que Danaelle avait ressenti le besoin urgent de se retirer, et pour cause, j'avais décidé d'en faire autant puisque ce bon Eramos était parti. Un regard complice et un sourire attristé, puis plus rien. La justice semblait le guider plus que jamais, mais il me semblait paradoxalement conscient et résigné quant à l'état des choses. J’étais pourtant certaine d'une chose; si la justice ne venait pas, il irait à elle. C'est exactement ce qu'il faisait en capitulant de la sorte, il dévoilait l'honneur et l'humilité par ce geste volontaire qui le menait devant l'ultime dirigeante du pays. J'espérais de tout cœur qu'elle prêterait l'oreille et que tous les efforts du Mentor pour parfaire notre monde ne seraient pas vains. Sa cause était des plus justes même si elle nécessitait que quelques lois soient bousculées.

Tout indiquait que l'heure de la fuite et de la dérobade était révolue, notre devoir, notre lourde tâche ne devait plus se jouer dans l'ombre, j'avais bien trop peur qu'elle ne nous engloutisse. Nous devions briser ce cercle infernal de peur et d'hésitation. Nous en avions les capacités quoi que nous en pensions et avec ce Volathmar, bien qu'il soit un douteux personnage, à nos côtés, nous avions une destination. Finalement. À quel prix cependant? Je m'efforçai de me contenir en pensant à mon amie qui devait être dans tous ses états dans la chambre d'à côté. Grimoire, Sipriar, Ange, fin des temps, et puis quoi encore? Je songeai alors à ma résurrection, avait-on jugé bon de me garder en vie pour veiller sur Danae' ou était-ce un stratagème visant à s'assurer qu'elle mette la main sur le fameux bouquin du chaos? Je marchais à présent d'un côté à l'autre de la pièce telle une louve en cage, désespérément confuse et ignorant totalement quel sort on lui réservait.  

Après plusieurs minutes j’avais fini par m’asseoir dans un coin adossée à ce fichu mur. Je retrouvais peu à peu mes esprits et ma détermination quant à la suite. Il le fallait, pour moi, pour Danaelle, pour Ildirith, entre autre…Je savais ce que nous avions à faire mais plus pourquoi nous le faisions. Certes, retrouver son père était le but de cette quête, mais à quoi bon si des adeptes de l’Outre-monde désiraient en faire de même? Comment être certains que personne ne nous épiait en cet instant, de l’extérieur ou même de l’intérieur…? Trop de questions, pas assez de temps, cela était désormais coutumes. 

Je ne pouvais plus rester dans cette chambre, il me fallait aller retrouver mon amie, celle que j’étais censée protéger et ce en toutes circonstances. À  peine étais-je sur pieds qu’un cri retentissait dans le corridor, une voix beaucoup trop familière; Danaelle. Une demi-seconde plus tard j’attrapai la poignée et arrachai littéralement la porte sous l’effet de l’adrénaline, atterrissant dans le couloir épée en main et la peur au ventre. Encore une fois je n’étais pas au bout de mes surprises. Un homme au sol, Danae’ plantée là et puis Volathmar à ses côtés.

« Danaelle! Par Revoran, que se passe-t-il cette fois??!! Et vous, Éladrin, c’est votre œuvre ce cadavre? »

J’avais chuchoté juste au cas tout en me dirigeant vers eux rapidement. Je posai un genou à terre avant de prendre le pouls de l’homme étendu là sans marque apparente ni trace de sang. Son cœur battait toujours. L’érudit eu tôt fait de répondre alors que je m’informais de l’état de mon amie par un simple échange de regards. Elle trouva la force de me sourire en guise de réponse.

« Il n’est pas mort, une simple pression au bon endroit et le voilà endormit pour quelques heures. Nous devons nous hâter, d’autres viendront puisque celui-ci n’ira vraisemblablement pas faire son rapport. Prenez toutes les deux vos affaires, nous partons incessamment! J’espère ne pas t’avoir effrayé, Danaelle.  »

Je guettai sa réaction, une fois de plus elle semblait tenir le coup. Je savais bien qu’elle luttait mais la gravité de la situation lui intimait de reprendre le dessus, ou était-ce cet ange?

« Avant tout vous allez devoir me donner ne serait-ce que l’ombre d’une explication, qui sont ces gens et pourquoi s’en prennent-ils à nous?! »

Il planta ses yeux céruléens dans l’acier des miens en quête de mon bon sens en cet instant, mais je n’allais pas bouger tant que je n’aurais pas compris ce qui était en train de se jouer ici. Il n’avait pas besoin d’être un érudit pour comprendre cela, mon langage corporel devait être suffisamment explicite.

« Ce noble retrouvé mort il y a deux nuits, toute cette histoire est un coup monté visant à déstabiliser la Confrérie, à évincer Eramos. Je ne sais pas qui est derrière tout ça, mais nous n’avons pas le luxe de rester ici pour vérifier. Le Nid est pris d’assaut et je n’ai pas les moyens de vous protéger, ils sont trop nombreux. Les Aigles ont reçu l’ordre de se rassembler dans notre repère secondaire à l’extérieur de la ville, un endroit que j’étais le seul à connaître jusqu’à présent par soucis de sécurité.


Tout ceci n’a aucun lien avec l’affaire qui nous occupe, mais notre voyage devra débuter plus tôt que prévu et dans la hâte, vous m’en voyez navré. Nous devons faire vite, mesdemoiselles, récupérer vos effets et retrouvez-moi dans mon bureau. Hâtez-vous! »

Dans son bureau, pourquoi diable devions-nous décamper par cette bibliothèque? La porte de derrière peut-être…J’avais très envie d’argumenter mais les voix qui s’élevaient du rez-de-chaussée ne me laissèrent d’autre choix que d’acquiescer avant de courir chercher mon paquetage tandis que Danae’ faisait de même. Étrangement, j’appréciais presque ce revirement de situation rempli d’action et je me sentais en pleine possession de mes moyens même si nous étions de nouveau en train de fuir. Volathmar était sincère et ma jeune amie devait elle aussi percevoir son aura bienveillant, il était presque tangible, mais son incapacité à combattre s’avérait être un handicap de taille. Pourtant il était dorénavant notre seul allié et, malgré toutes ces révélations douloureuses, il n’en demeurait pas moins notre guide.  

Avec un grand synchronisme nous nous retrouvâmes dans le corridor, à gauche puis à droite pour finalement atteindre ledit bureau. Volathmar avait vraisemblablement fait tomber une de ses bibliothèques afin de dégager quelque chose.

« Venez près de moi, dans le cercle, vite!! »

Je ne comprenais pas du tout la manœuvre mais mon instinct et les pas derrière nous me poussèrent à prendre place dans l’étrange cercle gravé à même le sol. Tout autour je distinguai de nombreux mots, mais ce n’était apparemment pas le langage des Hommes. L’Éladrin nous serra contre lui et au même moment deux individus entrèrent dans la salle l’arme au poing. Notre guide ferma les yeux et murmura quelque chose d’inaudible mais il ne se passait toujours rien! Je tentai de me dégager pour saisir mon épée mais rien à faire, il tenait bon. Soudain tout mon corps commença à vibrer et je fus prise de nausée. Au même moment l’un des guerriers bondit vers nous et réussi à se saisir du bras de Danaelle qui implorait l’érudit de nous laisser partir, mais c’est alors que tout devint noir. Un silence intolérable nous enveloppa dans cette noirceur des plus déconcertantes.

Cela ne dura que quelques secondes mais c’était déjà trop pour moi. Lorsque la lumière apparue de nouveau, elle n’était pas seule, toute une forêt se tenait devant nous. Cependant elle était morne et grisâtre, je ne la reconnaissais pas. L’Éladrin relâcha son étreinte et je tombai à genoux, prise de vertiges. J’eus un haut le cœur lorsque mon regard se posa sur un bras ensanglanté gisant là juste devant moi. Une petite main vint cependant se saisir de la mienne pour m’aider à me relever. Le propriétaire du bras devait cependant être plus surpris que moi.  

« Où sommes-nous? Ne me dites pas que…»

« Effectivement, nous avons été téléportés jeune dame. Je ne peux peut-être pas combattre mais j’ai plus d’un tour dans mon sac. Ces années de recherches m’auront apprises bon nombre de choses, notre balade en témoigne. Votre vous sentirez mieux dans quelques minutes, ne vous en faites pas. »

« Parfait, mais OÙ avons-nous atterri Volathmar? »

Il nous regarda tour à tour puis nous fit signe de lever la tête. Les yeux écarquillés, j’avais ma réponse.

« Le mont Anthor mesdames, à 2300 mètres d’altitude plus précisément. Tebryn se cache dans une petite vallée situé à 1500 mètres d’ici, vers le haut, évidemment. Nous pouvons atteindre son refuge avant la tombée de la nuit si rien ne nous fait obstacle. Heureusement l’ascension sera aisée puisqu’un petit sentier nous ouvre la voie, mais prudence, dès que l’on se croit seul par ici c’est qu’on ne l’est plus. Nous prendrons quelques instants pour faire le point et se préparer et puis nous partirons. »

Il nous laissa digérer cette information tandis qu’il sortait une longue corde plutôt fine de son sac. Je n’arrivais tout simplement pas à saisir l’ampleur de la distance parcourue, mon cerveau de guerrière est était incapable. Je pris une grande inspiration pour me calmer et c’est alors que je remarquai que l’air semblait différent, plus riche mais plus précieux à la fois. L’odeur était agréable et n’avait rien à voir avec celle de cette infâme contrée que nous venions de quitter. Je préférais affronter la pierre et les créatures de la montagne, la rareté de l’air en altitude ainsi que ma peur des hauteurs plutôt que les humains tordus des contrées à l’est.

L’expression de mon amie était indéchiffrable, je patientai gentiment attendant un commentaire de sa part. Quoi qu’il en soit notre aventure prenait une tournure extraordinaire et j’avais une envie folle de découvrir la suite.
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Une Aube Nouvelle - Partie troisième avec Danaelle et Eva Sombracier

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