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 Une Aube Nouvelle [Danaelle] Partie 2

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Eva Sombracier
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MessageSujet: Une Aube Nouvelle [Danaelle] Partie 2   Lun 3 Mar 2014 - 20:24

Même si je l'avais voulu de toutes mes forces, je n'aurais pas pu ne rien faire pour lui venir en aide. De plus, la situation dans laquelle nous nous trouvions n'était pas de celles où l'on a le temps d’échafauder un plan, pourtant je voyais bien clair dans toute cette cohue et c'est d'un pas discret que je me faufilai dans la foule le cœur battant la chamade suivie de près par Danaelle qui me lançait des regards inquiets.

Le palefrenier me reconnu et et voulu se rendre utile en proposant de sceller mon cheval, mais je le bousculai légèrement malgré moi, la situation dégénérerait dans peu de temps et nous n'avions nul besoin de s'éterniser davantage. Même Blancrin fut surpris par ma rudesse mais il s'en remettrait plus tard. Je parcourais les écuries d'un regard inquisiteur à la recherche d'une monture dont je pourrais m'emparer vite fait bien fait mais un jeune homme interrompit le fil de mes pensées un jeune cheval noir aux pattes blanches à ses côtés.

Il s'empara de Danaelle fort surprise par la manœuvre.

« Tu sais monter… Hein ? Alors déguerpissez. »


Il n'allait pas me le dire par deux fois ! Les gardes approchaient mais les portes étaient en vu et je me retournai un sourire amusé sur les lèvres à l'intention de mon amie encore sous le choc. Ce n'était pas le moment de rigoler mais je ne pu m'en empêcher.

« Nous sommes bien loin de notre petite discussion d'hier n'est-ce pas? Allez on doit foutre le camp d'ici, ils ne nous poursuivront pas si nous prenons une bonne avance, ils ont d'autres chats bien plus gros que nous à fouetter alors ne t'en fais pas! Fonce et reste près de moi! Ya !! »

Comme l'adrénaline m'avait manqué ! Je me sentais un peu égoïste étant donné l'état d'esprit dans lequel ma timide complice devait se trouver, mais je n'avais pas pour habitude d'enfreindre la loin malgré toute ma témérité alors j'en profitais bien malgré moi. Les hommes en armure lourde avaient peine à nous poursuivre et l'un d'eux perdit pieds sur une sournoise couche de glace entraînant les siens à sa suite dans un chaos sonore d'armes, d'armures et de jurons.

Galopant vers l'ouest pendant près de vingt minutes, j'entrepris de guider Danaelle à quelques centaines de mètres de la route pour faire le point, nous reposer et envisager la suite. Nous devions rester loin de la capitale pour quelques temps. À couvert derrière une épaisse rangée de conifères, nous pouvions respirer un peu.

J'étais excitée et désolée à la fois, mais je devais retrouver mon pragmatisme, mon calme afin d'épauler au mieux celle que j'accompagnais désormais. Elle semblait confuse à un point tel que je dus moi-même la faire descendre de sa monture après quoi je l'enveloppai dans la couverture que je gardais pour les nuits trop fraîches dans la sacoche attachée au flanc de Blancrin.

Je vis le sang inconnu sur ses mains pâles, tâchant jusqu'à ses anneaux maléfiques qui donnaient à la scène une touche particulièrement macabre et déstabilisant. Ce fut suffisant pour me sortir de ma propre torpeur, celle qui me faisait agir promptement et par réflexes, mais qui m'empêchait aussi de réfléchir et de saisir l'ampleur des choses.

Je me retins de tout commentaires, me contentant de préparer un feu avant d'entamer quelconque discussion. Je gardai pourtant un œil attentif sur elle, j'étais de nouveau ''moi-même'' et je me faisais du soucis pour cette jeune femme qui fixait les flammes naissantes en tremblotant légèrement. Nous n'avions rien hormis nos vêtements, quelques rations sèches dans ma fameuse sacoche ainsi que la couverture de laine noire et brune que j'avais moi-même confectionné y étant contrainte lorsque ne n'étais encore qu'une jeune adolescente. C'est seulement en cette soirée que je cessai de regretter d'avoir désobéit ce jour-là sans quoi nous serions en train de geler au milieu de nulle part.

Une fois les bêtes attachées et le feu bien entamé, je pris place aux côtés de Danaelle, la nuit ne nous permettant pas de faire autrement. C'est lorsque nous fûmes toutes deux enveloppées et partiellement détendues que j'entrepris d'en savoir plus.

« Nous pouvons nous reposer à présent, le feu nous tiendra au sec et la nuit se chargera du reste. Demain toute cette histoire quelle qu'elle soit ne pèsera plus que sur tes épaules Danae', mais sur les miennes aussi »
, dis-je affectueusement en ayant pesé le pour et le contre.

Qu'avais-je de mieux à faire? L'injustice aurait été de la laisser seule à son sort, et je n'étais pas de celles-là. Elle tourna la tête et je pus enfin croiser son regard que j'affrontai avec gentillesse mais fermeté.

« Maintenant, je dois comprendre ce qui se passe pour pouvoir t'aider et nous garder en sécurité. Je ne porterai aucun jugement, tu as suffisamment souffert et crains jusqu'à aujourd'hui. Si tu m'accordes ta confiance, soit certaine que je t'offrirai la mienne, aussi simple que ça. Une Norpalienne digne de ce com ne revient jamais sur sa parole, que Revoran m'entende ! »


Je lui frottai vigoureusement les bras pour la réchauffer davantage et lui démontrer mon bon vouloir dans toute sa simplicité.

« Tu n'es plus seule, personne ne devrait l'être. Parle, je t'écoute...»


J'étais sincère et prête à tout.
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MessageSujet: Re: Une Aube Nouvelle [Danaelle] Partie 2   Mar 4 Mar 2014 - 10:29

Je n’étais en soit pas mauvaise cavalière. Mon manque d’expérience sur une monture se comblait par un équilibre peu commun. Je m’adaptais ainsi aux mouvements cadencés de ma monture, une main posée sur la selle, la seconde se munissant des rênes. Nous allions à vive allure, épousant les reliefs changeants de ces territoires. Bien tôt, nous faussions compagnie à nos poursuivants, qui allaient choir à même le sol, faute d’inattention. La scène aurait pu être comique, tandis que les uns s’entassaient sur les autres ; pour autant, je n’esquissais pas l’ombre d’un sourire, alors que le fracas s’assourdissait peu à peu.

Je ne prêtais que peu d’attention à notre destination, l’esprit ailleurs, en quelques préoccupations de rigueur. Ma monture, fort heureusement, suivait machinalement et avec rigueur certaine chaque changement de direction pris par la jeune femme en tête. Nous avions quitté la route principale, retrouvant les abords couverts de quelques feuillages. Prise en charge, je posais pied à terre sans un mot. Une douce chaleur devait s’installer, alors qu’une couverture était posée sur mes épaules. Pourtant, je tremblais encore.

Campant ma position, je levais mes mains à hauteur de mon visage. Le sang prenait désormais une couleur brunâtre, craquelant sur ma peau. Que n’aurais-je pas donné pour un point d’eau… retirer suie et sang qui maculaient ma peau de toute part, en rappel à ces instants derniers. Restant perdue en cette macabre contemplation, je quittais soudainement cette torpeur, tandis que la chaleur du feu parvenait jusqu’à moi. Je réagissais tout d’abord par un sursaut, reculant d’un pas alors que mon regard se braquait sur les flammes. Prenant conscience de la maîtrise partielle de l’élément, je m’apaisais quelque peu, alors que mes bras retombaient le long de mon corps. J’allais jusqu’à esquisser quelques pas en sa direction, m’installant pourtant à distance respectable, à même le sol.

Eva devait bien tôt me rejoindre, prenant place à mes côtés alors que nous partagions la douce chaleur de l’étoffe de laine habilement confectionnée. Je reprenais peu à peu mes esprits, alors qu’elle prenait prudemment la parole. Le ton de sa voix restait posé et doux. Je portais pleine attention à ses propos, sans pourtant y accorder réponse immédiate. Je restais confinée en un mutisme troublé. Ses paroles pourtant devaient retenir mon intérêt. Pourquoi une telle décision ? Que pouvait motiver une telle prise de risque ? Je croisais son regard, y cherchant réponse à mes interrogations. Je lisais là une détermination mêlée de compassion.


« Maintenant, je dois comprendre ce qui se passe pour pouvoir t'aider et nous garder en sécurité. Je ne porterai aucun jugement, tu as suffisamment souffert et crains jusqu'à aujourd'hui. Si tu m'accordes ta confiance, soit certaine que je t'offrirai la mienne, aussi simple que ça. Une Norpalienne digne de ce com ne revient jamais sur sa parole, que Revoran m'entende ! Tu n'es plus seule, personne ne devrait l'être. Parle, je t'écoute... »


Je m’accordais quelques secondes d’étude, avant de reporter mon attention sur les flammes dansantes, hochant doucement la tête. Je tremblais encore, mais avais retrouvé une grande partie de mes moyens. Peut-être même de mon sang-froid. J’avais, au cours de ces précédentes années, développé bien à mon insu un instinct de survie qui prenait parfois le pas sur quelques actions de bon sens. Je revenais dès lors à plus de raison. Quitte à prendre ainsi mon parti, elle était bien en droit de savoir ce qui l’attendait au détour de ce chemin tortueux. Je me lançais alors, tentant d’aller à l’essentiel…


« Je… Adhémar, était l’homme que je devais rencontrer… Le pisteur. Je suis venue à lui, comme convenu… Nous avons longuement conversé… à propos des cavaliers. Ceux-là même qui hantent chacune de mes nuits depuis la mise à sac de mon village. De ses propos, les rumeurs vont et viennent d’ici ou d’ailleurs, depuis quelques temps. C’est ainsi qu’il a pu retracer leur cheminement… sans pourtant nulle autre certitude que les murmures de quelques aventuriers. J’ai mis un certain temps à comprendre… Comment cela a-t-il pu m’échapper ? »


Le ton de ma voix se voulait encore discret, à peine audible. Je me recroquevillais alors, remontant mes genoux contre ma poitrine. Le crépitement des flammes comblait ce temps de pause, en une mélodie sereine et monotone, alors que le cliquetis caractéristique des maillons pendus aux anneaux accompagnait ce changement de position.

« Je pensais être seule en quête de mon père… Mais je ne l’ai jamais été. Je n’ai jamais été seule, depuis ma libération… Comprenez-vous ? »


Là était ma dernière découverte. Si j’avais jusqu’alors redouté de retourner à ma condition de captive, j’avais supposé me soustraire à quelconque poursuivant. Mais il n’en était rien. Bien au contraire. Je n’étais pas ici par un bienheureux hasard. Alors que je m’étais cru habile, je n’avais été que bien sotte. Je leur échappais, car tel était leur désir. Pour autant, je restais inévitablement et constamment en leur champ d’action.

« Alors que nous nous trouvions au cœur de la capitale, ils étaient au dehors… Alors que je progressais sur les chemins, ils étaient sur ceux parallèles. Présents et pourtant invisibles. Je ne suis qu’un appât, je n’ai jamais été que cela, depuis le tout premier jour… Je ne serai probablement pas sortie de ma cellule, s’ils n’en avaient pas eu le désir absolu. »


Où se terraient-ils, désormais ? Pouvions-nous vraiment passer une nuit sereine en ces lieux ?  Ces propos ne paraissaient encore se tenir que sur quelques rumeurs d’un homme qui désormais reposait six pieds sous terre. Je n’avais pas moi-même eut à loisir de confirmer, ou de démentir ses suppositions. Aussi, seul tenait à Eva de prendre en compte ces éléments et déductions qui en découlaient. Si quelques points d’ombres – et non des moindres – subsistaient encore, je considérais personnellement ces propos assez censés pour me pousser à la réflexion. Les choses se tenaient, bien qu’en équilibre constant. C’était pourtant une pièce qui s’imbriquait sans aucun mal en mon esprit confus et avide de réponses.

« Si je trouve mon père, alors ils le trouveront également. Si je ne le trouve pas… Jusqu’où ira leur patience et leur foi en mes capacités à remettre la main sur ses traces ? Je ne serai pas celle qui leur permettra de mener à bien leur quête. »


Si mes derniers mots avaient été posés avec force détermination, il n’en était rien. Retrouver mon père était une tâche nécessaire… impérative. Par ce constat, il m’était maintenant nécessaire de trouver un moyen de venir à lui, sans les mener à ma suite. L’un comme l’autre paraissaient hors de portée. Savoir quel était mon rôle premier ne me permettait en aucun cas de faire progresser mes recherches. Où peut-être n’étais-je pas encore en mesure de comprendre comment ?

« Mais pourquoi rechercher mon père ? Ce n’est que… mon père. Pourquoi se donner tant de mal ? »


Là résidait effectivement encore un mystère à élucider. Peut-être la clé... Mon père… Homme d’apparence ordinaire. Je ne pouvais admettre que partiellement que tout ceci ne menait tout compte fait à lui. C’était concevoir l’idée que tout ceci ne résultait en aucun cas du simple malheureux hasard, mais bien du fait d’un seul homme… Mon père. Considérer que nombreuses âmes avaient été prises, hommes, femmes, enfants, pour une cause unique dont les tenants et les aboutissants m’échappaient encore. J’en étais pour l’heure incapable, et endossais bien malgré moi cette culpabilité fulgurante.


« Adhémar… Adhémar est probablement mort… par ma faute. »


Je me redressais alors, laissant la couverture à ma compagne de soirée. Esquissant quelques pas vers la monture attachée non loin, je laissais mes doigts glisser entre le tapis et la selle. Je sortais de là une petite pierre, pas assez grosse pour avoir pu entraver de quelque manière que ce soit les mouvements de l’animal, resté inconscient de cette présence. Revenant vers Eva, je glissais la petite pierre dans sa propre main, avant de revenir m’asseoir à ses côtés. A la lueur des flammes, la pierre se parait de couleurs chaudes, dansantes.

« Cette pierre m’a été remise alors que nous nous séparions. Mon attention ne s’est portée dessus que trop tard. Pourtant, cette pierre n’est pas une simple pierre… trésor précieux ramassé par une jeune enfant émerveillée par la beauté changeante de la nature… elle était à moi. Je l’exposais dans ma chambre. Assurée qu’elle s’y trouvait encore la veille du drame, je me devais alors de comprendre par quel procédé était-elle parvenue en sa possession. Je me suis empressée de faire demi-tour. Peut-être connaissait-il mon père… Peut-être même l’avait-il rencontré ? Revenue à son pallier, je trouvais la porte entrouverte. Adhémar ne répondait pas à mes appels… Je suis entrée alors qu'un incendie embrasait une pile de documents sur la table ou nous avions conversé peu de temps auparavant… Je me suis empressée d’y mettre un terme, bien qu’une nouvelle fois, trop tard. Mais toujours aucun signe d’Adhémar… J’ai glissé et me suis retenue à un mur– je levais doucement ma main, comme pour exprimer ce sur quoi je n’osais mettre de mots. La pièce était sombre, et la fumée envahissante. Ce n’est qu’en ouvrant la porte que j’ai découvert… tout ce sang… Au dehors les gens s’amassaient, et j’étais paniquée… Je suis partie. Je n’aurai probablement pas dû mais… Je ne l’ai pas tué ! Jamais je n’aurai pu commettre un tel acte..! »


J’avais besoin de savoir qu’elle ne me supposait pas coupable. Qu’elle était réellement et sincèrement à part de ceux qui en cette heure devaient clamer ma tête sans plus de questionnement. J’avais, émue, haussé quelque peu le ton alors que je parvenais à terme de mes propos. J’avais pourtant quelques doutes… Non bien entendu, je n’avais pas versé ce sang. Mais combien avait coulé sur mes pas ? Il était admis que rien ne serait plus endossé par un quelconque hasard. Je n’avais pas tué cet homme… Mais j’étais pourtant bel et bien coupable. Je l’avais poussé en ses recherches. Prenant conscience de la situation, je me tournais brusquement vers la Norpalienne.

« Je crois avoir mis votre vie en grand danger… plus que de raison. Rester en ma compagnie ne vous apportera rien de plus que tourments. Je m’en excuse, sincèrement… »


Je me levais à nouveau. Je ne pouvais pas rester ici. Je ne devais pas rester ici. Pas avec elle. Je ne lui en avais que trop énoncé. C’était bien assez pour l’exposer. Regrettant amèrement la situation délicate dans laquelle je l’avais mise, je décidais dès lors de ne pas m’attarder. Mon regard rencontrait le sien… les sentiments qui s’y mêlaient étaient confus : détermination, tristesse, amertume, crainte… terreur. Cette situation était parfaitement hors de mon contrôle. Pesait sur mes épaules sans que je ne sache comment la porter. Je prenais la direction de la monture qui m’avait menée jusqu’ici, d’un pas décidé, pourtant quelque peu chancelant.

Je ne devais jamais parvenir à destination… sombrant après quelques pas en une inconscience salutaire. C’en était trop.
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Eva Sombracier
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MessageSujet: Re: Une Aube Nouvelle [Danaelle] Partie 2   Mer 5 Mar 2014 - 14:47

Son calme fut de courte durée, de phrase en phrase son état s'élevait vers l'angoisse. Elle était désemparée, tout comme je tendais à l'être. Et pour cause, son récit avait éveillé en moi une sourde colère, la vie ne pouvait pas être ainsi faite! Danaelle se sentait responsable, totalement responsable, et elle avait peur que tout recommence et que son passé ne la rattrape bien avant qu'elle ne puisse trouver une quelconque réponse.

La jeune femme se leva pour aller s'emparer d'un objet qu'elle avait préalablement caché sous la selle, encore tremblotante. Elle me tendit une pierre lisse aux couleurs chaudes et aux multiples reflets, qu'était-ce donc? Danae reprit sa place près de moi avant de me donner plus amples explications.

« Cette pierre m’a été remise alors que nous nous séparions. Mon attention ne s’est portée dessus que trop tard. Pourtant, cette pierre n’est pas une simple pierre… trésor précieux ramassé par une jeune enfant émerveillée par la beauté changeante de la nature… elle était à moi. Je l’exposais dans ma chambre. Assurée qu’elle s’y trouvait encore la veille du drame, je me devais alors de comprendre par quel procédé était-elle parvenue en sa possession...»


Sa voix s'embrumait tout comme son regard alors que les souvenirs d'une triste scène refaisaient surface au fur et à mesure qu'elle s'aventurait vers la dénouement de toute cette pagaille qui nous avait mené ici.

«... La pièce était sombre, et la fumée envahissante. Ce n’est qu’en ouvrant la porte que j’ai découvert… tout ce sang… Au dehors les gens s’amassaient, et j’étais paniquée… Je suis partie. Je n’aurai probablement pas dû mais… Je ne l’ai pas tué ! Jamais je n’aurai pu commettre un tel acte..! »

Je ne la cru pas coupable un seul instant, cela n'aurait eu aucun sens à mes yeux, je ne pris même pas la peine de me poser la question. Plus elle parlait et moins je comprenais, mais peu à peu l'évidence de la situation prit le dessus et je saisi l'ampleur de la situation. Elle avait raison sur un point ; J'étais d'ores et déjà concernée par toute cette folle histoire. Mais je ne ressentais aucunement l'envie de prendre la fuite pour sauver ma peau, ce raisonnement n'était pas pour moi. Par contre, je comprenais que nous devions trouver un endroit sûr au plus vite afin de nous préparer adéquatement pour la suite, mais les sombres cavaliers étaient là quelque part et il fallait nous assurer de ne pas être suivies.

La pauvre ne me laissa pas le temps de lui affirmer qu'elle pouvait compter sur moi, l'anxiété céda sa place à la panique et, voulant remonter en selle pour fuir je ne sais où, elle s'effondra dans la neige faisant sursauter les bêtes. Je me précipitai vers elle alors que quelques flocons que sa fine silhouette avait fait voleter retombaient en silence autour de nous. Je l'enveloppai dans ma si pratique couverture et je m'assurai de l'installer le plus confortablement possible près de la chaleur de notre humble petit feu. Je libérai ensuite le jeune cheval lui claquant la croupe avec force l'intimant de regagner sa place auprès de son maître suite à quoi j'entrepris de manger un peu de chair d'ours fumée.

J'échafaudai un plan plutôt incertain, mais je n'avais pas vraiment le choix, nous devions quitter cet endroit pendant que nous possédions un certain avantage sur nos poursuivants. Ils ne s'attendaient surement pas à ce que leur proie ne reçoive de l'aide et qu'elle fuit aussi rapidement échappant à leur vigilance. La nuit s'annonçait longue et sans sommeil, mais je n'en étais pas à ma première mission. Mon feu sacré s'était ravivé et rien ni personne ne saurait en mesure de l'éteindre de nouveau.

[...]

Trois heures déjà nous séparaient de notre camp de fortune et Danaelle était toujours évanouie. Elle était assise devant moi protégée d'une chute éventuelle par mes bras situés de chaque côté de sa personne. Nous n’allions pas très vite, mais la vue dégagée qu'offrait ce paysage plat d'une nuit sans précipitation ni vent suffisait à me rassurée. C'est dans une noirceur totale que nous nous dirigions vers Noir-ours, une halte dédiée aux chasseurs de la région. Ce petit agglomérat de maisons et comptoirs situé quelques lieues avant Simpliste nous permettrait de faire des provisions et de prendre du repos sans que personne ne nous pose de questions si nous nous contentions de payer. Là-bas, il n'y avait pas de gardes royaux ni d'ennuis éventuels et ÇA c'était bien.

Le soleil matinal réchauffa mon visage et j'en profitai grandement. Les rayons eurent aussi un effet sur Danaelle qui ouvrit enfin les yeux, un peu confuse mais enfin calme. Elle analysa la situation et je lui adressai un sourire amical.

«Hey, bon matin. Alors, cette bonne nuit de sommeil ? Tu as eu de la chance que ton corps prenne les choses en main. En tout cas, je suis bien contente de savoir que tu vas mieux. »

Timide elle me rendit mon sourire en guise de réponse.

« Au cas où tu décidais de t'évanouir de nouveau, je tiens à te dire que je suis avec toi jusqu'au bout dans ta quête, puisque OUI nous allons retrouver ton père et ses secrets. J'ai moi-même décidé de t'accompagner alors cesse immédiatement de te croire responsable. Ce qui s'est passé là-bas n'était pas de ton fait, ne t'accable pas d'une douleur supplémentaire...Nous nous rendons à Noir-ours, une halte pour chasseurs et voyageurs, une fois à l'abri nous établirons la marche à suivre. Nous allons y arriver. Ça te va ?»
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MessageSujet: Re: Une Aube Nouvelle [Danaelle] Partie 2   Jeu 6 Mar 2014 - 5:46

Dans les ténèbres d’une nuit sans Lune, ils avancent. Cinq cavaliers parés de leurs sombres desseins. Dans l’Ombre d’un tourment, aux prémices du chaos naissant d’espoirs décimés. Le pas mesuré, cadence sentencieuse et funèbre. Sous la cime des arbres, ils font halte, et passent les heures d’une veille incessante. Une rumeur sempiternelle portée par le vent, écho de ce qui fut, appel à ce qui sera.

Ce ne sont pourtant que des hommes. De chair et de sang, assurément. Comment pourrait-il jamais en être autrement ?






Spoiler:
 






Je m’éveillais sur le pas cadencé de Blancrin. Clignant des yeux à quelques reprises, je m’habituais non sans mal à cette lumière nouvelle. Nous avions quitté la nuit pour l’aube, bien avancée. J’examinais promptement cette scène encore inconnue : combien de temps avais-je été inconsciente ? La monture qui avait été mise sous notre garde ne paraissait plus des nôtres. Faute de prendre la route à pieds et sans une once de provisions, il n’était plus question de fausser compagnie à ma jeune amie. Je me redressais, portant d’ailleurs et par la suite mon attention sur cette dernière qui paraissait prendre connaissance de mon éveil. Un sourire marquait ses traits, tandis qu’elle prenait la parole.


«Hey, bon matin. Alors, cette bonne nuit de sommeil ? Tu as eu de la chance que ton corps prenne les choses en main. En tout cas, je suis bien contente de savoir que tu vas mieux. »


Je me sentais soudainement honteuse, ne sachant trop que répondre. Aussi, je souriais timidement en guise de réponse. Curieusement, les évènements de la veille me paraissaient proches, et si lointains à la fois, tel qui s’éveille d’un mauvais rêve. Aussi, inconsciemment, je me reposais sur cette confusion, alors que l’air frais parvenait en mes poumons comme un espoir renaissant.

J’observais les alentours, d’un œil nouveau. Je n’avais jusqu’alors parcouru ces terres qu’en tant que proie. En cette heure pourtant, je prenais le temps de m’attarder en quelques contemplations, tandis que la voix de la Norpalienne parvenait à moi. Jamais le ciel ne me parut si clair. Les arbres si majestueux. L’espace d’un instant, je n’étais plus celle que j’étais devenue, mais celle que j’avais été. Cette jeune femme fraîche et gracieuse. Sans crier gare, je me laissais retomber à terre. Mes pieds foulaient la neige avec souplesse, alors que je suivais la monture au pas, la paume de ma main posée contre son épaule.

Parvenue au bout de ses propos depuis quelques instants maintenant, je relevais soudainement la tête.


« Eva… »


Son attention captée, j’escaladais une roche moyenne et, m’aidant de cet appui, je grimpais à nouveau à ses côtés. Prenant place sur l’arrière, je considérais la chose plus prudente de lui laisser une bonne marge de manœuvre quant à ses rênes. Alors seulement bien installée, et tandis que la monture se remettait en route, j’achevais mon énoncé.

« Je te remercie… »


Je délaissais le vouvoiement pour la première fois. Détail anodin d’apparence, mais pourtant non sans importance. Cette importance même que je lui accordais dès lors. Je ne possédais pas son expérience, son endurance ni même sa force d’âme ; je mettais pourtant un point d’honneur à tenir la distance. J’avais pour habitude de me mouvoir seule, sans autre préoccupation que ma propre survie. Elle entrait désormais en compte, aussi longtemps qu’elle se tiendrait à mes côtés, et il me faudrait m’adapter en conséquence, mettant de côté une partie de mes états d’âme. La chose était entendue… c’était une force en soit.

Noir-ours. Cet endroit ne me parlait en aucune manière. Mon attention se portait vers l’horizon, en quête des premières marques de vie. Je n’avais qu’une notion partielle du temps écoulé depuis notre départ ; les astres poursuivaient leur course dans le ciel. Alors que nous approchions de notre destination, je perdais peu à peu de mon entrain passé. Sans pour autant retrouver une pleine morosité, j’en revenais aux préoccupations qui nous avaient menées en ces territoires. Un triste, mais nécessaire retour à la réalité. La nature redevint terne et monotone. Simple paysage de passage.

Je n’étais pourtant pas nerveuse, et alors que les premières demeures modestes paraissaient, je me contentais de me dresser en hauteur, élargissant mon champ de vision. Alors que nous approchions, les conversations se faisaient plus présentes. L’heure propice aux va et vient, nous devions bientôt aller aux côtés d’une troupe de bardes et musiciens, installés avec aise en une petite charrette. Une mélodie bienheureuse rythmait leur avancée, et la nôtre, de ce fait. Je n’avais jamais croisé de bardes, rarement de musiciens ; aussi, je portais mon attention sur eux, un mince sourire esquissé. Je perdais conscience l’espace d’un instant de mon allure douteuse et dépenaillée. Trois hommes, deux jeunes femmes. Tous paraissant aussi jeunes qu’insouciants. Que devait-être leur vie, menée par quelques rimes et rythmes enivrants.

Nos chemins devaient pourtant avoir tôt fait de se séparer, en un salut discret, alors que nous parvenions finalement au cœur de Noir-ours. J’examinais promptement les alentours : quelques maisonnettes,  chaumières. Un claquement sec porté en une cadence régulière devait me porter à croire qu’un forgeron œuvrait en ces lieux. Emplacement stratégique, à n’en pas douter. Deux, trois marchands ambulants vantaient les mérites de leur marchandise : breloques diverses, ornements de peu de valeur scintillants pourtant à la lueur du jour, petites dagues et grandes lames en tous genre, nourriture sèche. De la seconde main pour l’essentiel. Ce n’était qu’un commerce minime, rien en comparaison de ce qui se faisait au cœur des villes. Une occasion saisie de gagner quelques pièces avant de reprendre la route.

Je restais soigneusement en compagnie de la Norpalienne, alors que mon attention se portait tout particulièrement sur les passants que nous croisions. Nul ne paraissait nous accorder plus d’intérêt que de raison. Une population hétéroclite qui nous accordait un certain anonymat. Je restais pourtant partiellement tendue, sur le qui-vive.

Nous parvenions finalement auprès d’un abri comble de chevaux. Trois hommes allaient et venaient, en tous sens. Alors que je me laissais doucement glisser sur un ballot de paille, avant de gagner la terre ferme, l’un d’eux vint à nous. Je rangeais avec soin la couverture, avant de porter mon attention sur le personnage : mince, pour ne pas dire maigre, nerveux mais pourtant rieur, c’est sur un sourire timide mais franc qu’il se présentait à la jeune femme, propriétaire de l'animal.


« Puis-je vous proposer mes services ? »


Je saisissais à nouveau l’occasion pour prendre conscience de l’environnement ; un établissement se démarquait de par sa taille. Probablement une auberge. Eva m’avait énoncé ces lieux comme halte pour chasseurs et voyageurs ; la présence d’un tel établissement restait donc une évidence. Il ne m’était pas coutume de rester ainsi exposée et, bien malgré moi, je laissais finalement quelques signes de nervosité transparaître. Rien d’alarmant, j’avais simplement hâte de quitter cette place mouvementée. Liant mes mains encore maculées en mon dos, je revenais vers ma compagne de route.

« Hé ! Reviens par ici petit chenapan ! »


L’interpellation avait été portée non loin. Je m’écartais brusquement du passage, alors qu’un jeune garçon passait au pas de course, manquant de nous rentrer dedans de plein fouet. Ses bras étaient chargés de quelques biens comestibles ; fruits et légumes, tout au plus. Le marchand pourtant furieux talonnait le garçonnet de près.

« Attend que je ne te mette la main dessus mon petit ! »


Pas une seconde pour intervenir, que cinq personnages se plaçaient sur la route. Trois hommes, deux femmes. Tenues colorées et instruments divers fermement empoignés. Barrière humaine qui devait pousser le marchand à ralentir sa course, jusqu’à l’arrêt. Le barde, bombant le torse, esquissait un pas en avant, et prit la parole. Sa voix sonnait claire et mélodieuse, sans pour autant qu’il ne se classe parmi les plus fiers poètes.

« Du jeune chenapan, au voleur avéré,
Il est un pas mon ami, vous ne sauriez le nier,
La faim est une ennemie,
Je la crois sa compagne en l’instant,
Aussi, grâce pour la vie,
De ce bien malheureux enfant ! »


J’ouvrais de grands yeux sceptiques, reconnaissant les quelques protagonistes précédemment rencontrés sur la route. Une pièce allait alors de mains en mains, jusqu’à celles du marchand. Dette acquittée, ce dernier ne devait pas s’attarder plus longtemps, bougonnant et jurant auprès de qui prenait peine à l’écouter. L’homme qui s’était prononcé vint finalement à se tourner vers nous, en un large sourire, suivi d’une révérence exagérée.

« Mesdemoiselles. »


Se redressant, tous devaient s’en retourner sans plus de procès. Je restais désespérément interdite, portant mon attention sur Eva. Ces interventions étaient-elle coutumières ? Quelque chose me paraissait aller de travers. Pour l’heure cependant, la priorité était sans aucun doute de trouver un peu de repos. Je supposais que la Norpalienne n’avait que peu, voir pas dormi du tout.

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Eva Sombracier
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MessageSujet: Re: Une Aube Nouvelle [Danaelle] Partie 2   Jeu 6 Mar 2014 - 21:05


À la regarder, je me sentais loin de ma propre jeunesse, de mon innocence et de mes rêves qui furent jadis. En cet instant, là dans la pénombre du jour naissant, je l’enviais. Je désirais sa proximité avec ses propres émotions, sa douleur déchirante, criante, celle que j’avais laissée derrière moi au profit d’une vie de rigueur du corps et de l’esprit.  J’aurais dû accepter de prendre le temps qu’il fallait pour traverser cette peine au lieu de l’enfouir en moi, hors d’atteinte et pourtant si dommageable…

Ces pensées étaient de plus égoïstes alors que je lisais l’agonie de son âme dans chacune de ses hésitations. Derrière sa timidité, je pouvais entrevoir une jeune femme pleine de ferveur et de charisme, d’humour et de compassion…Un peu comme moi au fond.  Je réalisai alors que nous étions toutes deux à un tournant de notre existence et qu’elle devait impérativement  prendre tout son sens. Peut-être étais-je à la recherche d’émotions fortes, de situations périlleuses qui feraient ressurgir mes blessures passées que je puisse enfin les affronter.

J’étais heureuse d’entendre ses remerciements mais pas dans le sens premier de la chose, j’entendais par-là qu’elle acceptait d’être épaulée dans sa quête qui était désormais aussi la mienne. Elle sembla s’émerveiller lorsque nous croisâmes un petit groupe de poètes musiciens à la voix juste mais plutôt banale. Du haut de ma rigidité, je les écoutai sans être vraiment capable d’apprécier ce moment de simplicité et de joie. À quel point étais-je loin de mes émotions?

Noir-ours était bien éveillée en ce matin du premier jour de Brives et l’ambiance était identique à celle de mon dernier passage il y avait de ça deux semaines à peine. Mon amie qui était quasi sereine quelques minutes plus tôt devenait peu à peu nerveuse à mesure que la foule gagnait en taille.

 «Je sais que tu viens de prendre un peu de repos mais rien ne vaut un bon lit, qu’en penses-tu?»

J'osais à peine la questionner de peur de la brusquer ou de l'entraver d'une façon ou d'une autre. Cependant, j’obtins rapidement son approbation alors que nous approchions de l’abri où j’allais laisser ma fidèle monture. Un jeune homme parut me reconnaître et il s’avança poliment mais surement vers nous avant de nous offrir ses humbles services.

«En effet, mon brave. Je vous confie Blancrin, vous le reconnaissez n’est-ce pas? Veillez à ne pas lui donner de pommes cette fois, j’avais pourtant été claire à ce sujet. C’est moi qui dois supporter les effluves malsains de cet animal ! Bon, voici la moitié, je paierai le reste à mon retour. Bonne journée à vous.»

Au même moment ce jouait une scène amusante en soi alors que les bardes que nous avions croisé précédemment empêchait un marchand ambulant de s’en prendre à un jeune voleur. Je n’avais rien contre, après tout il ne souhaitait que manger. Me détournant de ces individus, je parcouru les étales d’un regard perplexe. Mon armure étant demeurée à la Goule souriante, je n’avais plus rien pour me protéger adéquatement et Danae non plus. Nous avions faim et nous étions fatiguées, en tout cas pour ma part, mais quelques petits achats s’imposaient.

«Suis-moi, nous devons te trouver des vêtements plus appropriés. Je te confierai bientôt une de mes dagues, je prendrai le temps de t’apprendre, ne t’en fais pas. Pour l'heure je serai brève mais je dois acheter un arc ou une arbalète avant notre départ vers d'autres lieux.» 

Encore une fois je parus la surprendre et cela me fit sourire. Je marchais patiemment à ses côtés sans me presser tentant de m’adapter à sa réticence tout comme elle tentait de la contrôler. Mon attention passait d'un visage à l'autre tentant de démasquer quelconque malfrat ou danger potentiel. Pourtant, la fatigue et la nervosité embrouillaient mon esprit qui se faisait de plus en plus distant et de moins en moins alerte.

Une marchande en particulier attira mon attention et j’en fis part à mon amie qui m’emboîta silencieusement le pas. La femme ressemblait à une Varakiroise typique mais elle était presque aussi grande que moi. Souriante et calme, elle nous salua.

«Bienvenues mesdemoiselles à mon humble étale, vous cherchez une armure en particulier, des fourrures ou des vêtements renforcés? Prenez le temps de jeter un coup d’œil et ne vous gênez pas pour toucher.»

«C’est gentil madame, nous prendrons en effet quelques instants.»


Quant à moi, j’avais déjà trouvé ce que j’étais venue chercher. Je montrai la pièce de vêtement à Danaelle qui sembla confuse tout d’abord mais qui comprit rapidement où je voulais en venir. Elle hocha donc doucement la tête en venant toucher le tissu aussi doux et léger que chaud et résistant. De confection Éladrine sans doute.  Je le tendis à la dame à la peau foncée qui s’empressa d’acquiescer en jetant un coup d’œil à la jeune Danae près de moi.

«Vous avez toutes les deux beaucoup de goût ! Je vois qu’il s’agit en quelque sorte d’une nécessité et pas qu’un simple désir…Avez-vous besoin d’autre chose?»

«Oui effectivement, une armure légère en cuir gris ainsi qu’une cape noire et chaude pour moi, une armure de cuir souple et discrète ainsi qu’une seconde cape identique à la première pour mon amie ici présente. Êtes-vous en mesure de nous les fournir à prix raisonnable? Et je ne prends qu’une armure grise, rien d’autre.»

«J’ai tout cela dans ma caravane ! Voici donc mon offre : 8 pièces d’or et je vous fais cadeau du premier item qui vous intéressait. Alors? Raisonnable n’est-ce pas?»

«Je trouve oui, mais 7 pièces d’or serait encore plus raisonnables. C’est mon dernier mot madame. Vous savez très bien que vous n’êtes pas la seule marchande d’armure aux alentours.»


«D’Accord, pas besoin d’en rajouter. Venez avec moi ma jolie que je trouve un ensemble à votre taille», dit-elle en s’adressant à Danaelle qui me lança un regard inquiet avant de suivre la Varakiroise à quelques pas de là.

Mon amie revint vers moi ayant fière allure dans ses nouveaux habits qui s’adaptaient parfaitement à sa taille fine lui donnant déjà l’air plus aguerrie. L’inconnue me tendit ma propre marchandise que j’examinai d’un œil averti. Satisfaite je la payai, la saluai avant de me diriger un peu à l’écart pour plus de discrétion. Je tendis son nouveau foulard à Danae qui s’empressa de le nouer autour de son cou, couvrant ainsi son anneau maudit. Après de bref échanges et quelques remerciements nous étions déjà en route vers l’auberge de la Bête endormie.

Personne ne se retourna à notre arrivée contrairement aux autres villes puis qu’ici tous étaient de passage et donc des étrangers. Je pris le temps de savourer cette ignorance avant de commander à boire et à manger. Une fois attablées,  chacune de nous prit un instant pour décompresser.

«Je reviens tout de suite, je vais m’informer pour les chambres.»

C’était à moitié faux, mais nul besoin de lui faire peur. Je me dirigeai vers le maître des lieux.

«Bonjour monsieur, je me demandais… Aurait-on aperçu d’étranges cavaliers récemment, disons sombres et discrets?»

«En v’la une question ma belle! Mais j’crois pas non. Rien d’anormal depuis quelques semaines, pas même ces fanatiques du Gantelet! Et j’en suis pas peu fier, j’ai jamais eu autant de monde!»

«Merci, je suis très contente pour vous», ajoutai-je pour être polie, «combien pour une chambre avec deux lit et de quoi se débarbouiller? De préférence derrière, une chambre qui ne donne pas sur la place marchande ou une rue trop passante…Vous avez?»

«Oh pour vous et votre amie là-bas je trouverais n’importe quoi !  Ça fera 3 pièces d’argent pour vos deux repas de ce soir et puis je vous fais cadeau de votre logement cette nuit, c’est pas beau ça? J’fais pas ça tous les jours mais vous, vous m’semblez en avoir de b’soin alors voilà, la porte 11.»

«Je…Et bien merci beaucoup. Voilà donc.»

De retour auprès de ma compagne d’aventure j’étais perplexe. Quelque chose n’allait pas. Elle m’interrogea aussitôt remarquant mes sourcils froncés et mon regard perdu.

«Je ne me souviens pas de ce tavernier,  et pourtant je suis venue ici pour manger il y a de ça environ deux semaines. Ma mémoire me fait peut-être défaut ou l’établissement a changé de patron, simplement. Bref, tout est réglé, mangeons, buvons et dormons, enfin!»

Tenaillée par la faim, la fatigue et l'euphorie engendrée par ma toute dernière armure, j'avais baissé ma garde...

[ Derrière elles, ledit aubergiste fit discrètement signe à un individu louche sirotant sa boisson accoudé au comptoir… ]


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MessageSujet: Re: Une Aube Nouvelle [Danaelle] Partie 2   Ven 7 Mar 2014 - 6:19

Nous avions fait le tour de quelques commerçants, avant qu’Eva ne jette son dévolu sur celui d’une jeune femme, exposant armures et tenues diverses. Je restais obstinément à ses côtés, ne pouvant me résoudre à prendre quelque distance que ce soit.  Nouvellement parée, je conservais un certain malaise quant aux dépenses engendrée. Je n’étais pas en mesure de lui venir actuellement en aide de côté-là ; or, si elle se devait en ce jour de trouver nouvelles armes et amure, c’était en quelque sorte de mon fait. Sans grande assurance, j’avais accompagné la marchande pour quelques essais. Rassurée par mon retour auprès de la Norpalienne, je lui adressais un mince sourire timide ; je n’avais pas pour habitude d’aller ainsi vêtue. Je la remerciais par la suite grandement pour ce cadeau, assurée qu’il me serait nécessaire de trouver un moyen de lui rendre tôt ou tard la pareille. Je m'en faisait un devoir.

Un foulard passé autour de mon cou, je pouvais désormais me mouvoir sans outre signe de mon ancienne captivité qu’un cliquetis désormais caractéristique. L’ambiance qui pesait en ces lieux pourtant ne portait pas cette rumeur au-delà de quelques pas. J’adressais un nouveau sourire reconnaissant à la jeune femme.

Alors qu’elle-même prenait en main ses nouvelles acquisitions, nous nous rendions désormais vers l’établissement au cœur des allées et venues de quelques aventuriers. Pénétrant dans l’auberge, nous prenions aussitôt place en une table libre. Quelques instants pour respirer avant qu’Eva ne me fausse à nouveau compagnie, pour un court mais non moins désagréable instant. Allant à la rencontre de l’aubergiste, je la suivais du regard en une attention soutenue. Aussi, lorsqu’elle revint, je ne manquais pas de remarquer sa mine soucieuse. Je la questionnais aussitôt.



« Quelque chose te tracasse ? »


Je hochais doucement la tête, alors qu’elle prenait parole en guise de réponse. Pour autant, elle ne paraissait guère plus porter attention à ses propres préoccupations. Je ne savais qu’en penser, et portais mon attention l’espace d’un instant sur le tenancier ; celui-ci paraissait fort occupé à converser et mettre à disposition leurs commandes à quelques personnages accoudés au comptoir. Rien de suspect, à première vue. J’avais pourtant pris pour acquis de ne jamais prendre en compte les apparences contre les incertitudes.

Une mélodie soudaine parvint jusqu’à nous.


« Mesdames, Mesdemoiselles, Messires ! Notre Compagnie vous souhaite bonne pitance ! A votre bon cœur ! »


Je me tournais séance tenante vers le locuteur qui retrouvait sa petite troupe, désormais coutumière. Leurs instruments raisonnaient dorénavant dans la salle, invitant quiconque assez téméraire à se mouvoir sur ces notes. Ne me formalisant outre mesure de cette nouvelle intervention, j’en revenais à la Norpalienne, alors que nos repas et boissons nous étaient portés par une jeune femme. Assiettes posées, elle parut hésiter l’espace d’un court instant ; se ravisant, elle vint à déposer devant moi le verre qu’elle allait de prime abord déposer devant Eva, servant cette dernière aussitôt, quelque peu embarrassée.

Alors que la serveuse tournait les talons, j’examinais les deux verres avec intérêt : la même boisson paraissait les emplir. Pourquoi donc une telle manœuvre ? Au comptoir, le tenancier et la jeune femme paraissaient converser vivement, bien que leurs propos restaient hors de portée. [1] Je n’eus pas le temps de mettre mots sur mes doutes, qu’une main s’emparait de la mienne. Le jeune barde, maintenant aisément reconnaissable, adressa sourire charmeur à Eva.


« Je vous la ramène sous peu. Qui sait, peut-être m’accorderiez-vous également un pas de danse par la suite ! »


Une révérence, et je me retrouvais bien à mon insu menée au centre de la piste de danse improvisée – quelques tables et quelques chaises avaient été repoussées contre les murs, laissant ainsi place nécessaire à se mouvoir. Accordant un regard désemparé à ma compagne, je me retrouvais prise en quelques pas qu’il m’était peu aisé de suivre. Aussi, peu à mon aise, je cherchais à me soustraire à mon cavalier, sans succès.

« Danaelle, fille de Tebryn. Dansez et souriez. »


Je manquais de tomber à la renverse, ouvrant de grands yeux. Rattrapée de justesse, je suivais désormais ses pas, troublée. Autour de nous, les gens allaient sans se soucier de ma maladresse.


« Qui êtes-vous donc ? »

« C’est sans importance. Vous et votre amie n’êtes pas en sécurité ici. Conservez grande prudence, ne vous faites pas trop remarquer et ne vous attardez pas outre mesure. »

« Quel crédit puis-je vous accorder ? »

« Seul celui que vous jugerez bon ! »


Quelques instants de plus, et la musique devait ralentir, jusqu’à cesser. M’accordant une nouvelle révérence fort complexe, il m’adressa un large sourire avant de se redresser. Prudemment alors, un bras enlaçant mes épaules, il me menait, encore troublée, jusqu’à mon assise précédemment quittée.

« Nous nous reverrons assurément. »


Puis se tournant vers Eva, il s’emparait de sa main, clamant avec force.

« Hélas ! Le temps ne me permettra donc pas de vous mener à mes côtés ! Ce n’est que partie remise, je l’espère ! »


Courbant l’échine devant elle, il tournait finalement les talons, retrouvant le reste de ses compagnons qui, biens et instruments emballés, passaient désormais parmi les clients en quête de quelques pièces, munis d’une petite coupelle aux couleurs chatoyantes. Comblés par leur quête, ils quittèrent ensuite l’établissement, après nombreuses courbettes adressées ici et là. J’avais assisté à ce manège de bout en bout, sans plus un mot. Je ressassais ses propos, avant de me tourner subitement vers Eva. Je m’emparais de son verre, examinant son contenu avant de porter sur elle un coup d’œil paniqué.


« As-tu bu cela ? Comment te sens-tu ? »


Bien qu’alarmée, le ton de ma voix restait bas. Si je n’avais jamais vraiment été à l’aise en cet endroit, la chose était bien pire désormais. Je n’étais cependant pas réellement en mesure de faire la part des choses : paranoïa exagérée suite aux évènements passés ? Préoccupations dictées par un instinct désormais en alerte ? A mon sens, il n’était pas nécessaire de pousser la chance outre mesure. Qu’avions-nous à perdre dans trop de prudence, contre pas assez ?

« Vois-tu un inconvénient à ce que nous montions ? Cette ambiance m’est pesante… »


Si mon malaise était réel, la raison me poussant à rejoindre notre chambre était autre. Beaucoup de coïncidences douteuses en peu de temps. Attendant son consentement, je me levais finalement, m’emparant de nos deux assiettes à peine entamées, alors que je délaissais les verres sur la table. Passant de part et d’autre des tables installées dans la salle, nous parvenions finalement à l’escalier qui menait aux quelques chambres. En un fameux numéro d’acrobatie, je montais les marches deux à deux, sans verser à terre une seule goutte de la sauce généreusement présente dans les assiettes. Parvenue au couloir où s’ouvraient très précisément 15 chambres grossièrement numérotées, je cherchais désormais la nôtre, après avoir pris connaissance de son numéro auprès de ma jeune amie. Numéro 11. Logiquement entre la 10 et la 12. Allant vers le fond du couloir, je m’arrêtais sur la porte douze, puis revenais en arrière, fronçant les sourcils, soucieuse. Dix… puis douze. Soit je ne savais plus compter, soit l’agencement des chambres laissait à désirer. J’allais alors de l’avant, jusqu’à parvenir à l’extrémité du couloir. Chambre 15… Chambre 11. Intéressant. 10, 12, 13, 14, 15 et 11. Nouveau concept que voilà.

Laissant le soin à Eva de déverrouiller la chambre, j’entrais à sa suite, déposant les assiettes sur une petite table.

L’espace était modeste et de confort moindre en comparaison à la Goule Souriante. Deux couches se tenaient dans le fond de la pièce. La fenêtre unique, quant à elle, était obstruée par un volet qui ne devait pas avoir été ouvert en de nombreuses reprises. Je peinais d’ailleurs à le repousser, tandis que les planches craquaient et les gonds grinçaient. Tout juste de quoi faire passer un mince faisceau de lumière. Dans une petite pièce pourtant, deux bassines. L’eau paraissait fraîche, propre. Je m’empressais d’y glisser mes mains.

Un brin succinct de toilette plus tard (tout juste assez pour ôter toute trace de sang et une grande partie de la suie apparente), je revenais dans la pièce principale, prenant place sur l’une des couches. Assise alors, je portais toute mon attention sur la Norpalienne, examinant une nouvelle fois son état avec soin. Puis soudainement, je lui soumettais les propos du barde, fidèlement : ses craintes quant à notre sécurité, en tout premier lieu. Mais également…



« Mon nom lui était connu. Ainsi que celui de mon père… »


Je repensais alors à sa conversation lors de notre venue et ses doutes quant au tenancier. Elle s’était attardée à ses côtés, bien plus qu’il n’en était nécessaire pour prendre commande d’une chambre et d’un repas. Aussi, je la questionnais prudemment.


« L’aubergiste… De quoi avez-vous conversé ? »


Dans la chambre voisine, un bruit sourd devait me faire sursauter, alors que je me redressais vivement.



[Notes] :

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MessageSujet: Re: Une Aube Nouvelle [Danaelle] Partie 2   Ven 7 Mar 2014 - 22:38


 
J'étais épuisée et voilà que la musique raisonnait une fois de plus. La même troupe, encore une fois. Comme si ce ne fut pas assez, le gentilhomme à leur tête vint s'emparer vite fait bien fait de mon amie et je dû retenir mon bras dans sa lancée alors qu'il voulut se saisir de celui de Danaelle par réflexe. Je la surveillais assurément mais mon estomac me tenaillant, je pris quelques bouchées de ce ragoût chaud et salé. Une grande gorgée de ma drôle de boisson un peu corsée fut nécessaire pour faire passer le tout.

Je les regardais tournoyer, mais le visage de ma compagne ne correspondait en rien à la scène de réjouissance qui se jouait devant moi. Je ne m’y attardai pas outre mesure sous prétexte que j’aurais probablement le même air ahurit si j’eus été à sa place. À peine quelques instants plus tard il la raccompagnait gentiment à sa place. Le grand poète s’empara de ma main pour la délaisser aussitôt puisque la troupe s’apprêtait à partir. Je ne me sentais pas la force ni l’envie d’aller danser à mon tour de toute façon.

C’est alors que Danae se mit à agir de manière étrange en me demandant tout d’abord si j’avais touché le contenu de ma tasse.

«Oui j’ai…Attends pourquoi?»

Sans me répondre elle proposa plutôt de se retirer et cela me convenait même si la situation devenait de plus en plus confuse à mes yeux. C’est donc avec une hâte démesurée qu’elle s’élança au-devant, et ce pour la première fois de son plein gré, grimpant les marches deux à deux avec les plats encore chauds en main sans renverser une goûte. Arrivée en haut, je la regardai aller et venir dans le corridor à la recherche de notre chambre que nous trouvâmes finalement au bout du corridor.

Une fois à l’intérieur je ne remarquai qu’une chose ; les lits et leurs oreillers. C’est les paupières lourdes que je refermai la porte à clef avant d’aller m’asseoir en face de la demoiselle qui me fixait d’un drôle d’air. Plus j’essayais de réfléchir et plus je me sentais confuse et étourdie. C’est lorsqu’elle me dévoila ce qui s’était réellement déroulé en bas avec le barde que je n’eus d’autres choix que de lui avouer ma propre conversation mystère.

«Je me suis renseignée au sujet de tes…Des cavaliers qui sont à tes trousses, je voulais être certaine que personne ne les avait aperçu dans les parages mais je…Attends une minute…Par Revoran que je suis sotte!!»

Et pour cause, Eramos ne serait pas fier de sa recrue, elle qui venait enfin de saisir l’ampleur de la situation.  Qu’avais-donc ingurgité, du poison?! J’eux réellement peur en cet instant, peur d’avoir condamné ma jeune amie par mon idiotie, peur de mourir là dans cette auberge vicieuse et pourrie. Je priais pour qu’il ne soit pas trop tard lorsqu’un bruit étouffé retentit dans la chambre adjacente.

«Je te parlais du maniement des armes tout à l’heure tu te rappelles ? Je crois que tu n’as pas vraiment le choix de commencer à t’exercer dès maintenant, j’en ai bien peur. Prend là fermement et si tu devais t’en servir, vise le cou, ou le cœur. Reste derrière moi mais surtout, n’aie crainte.»

Sur ces mots peu inspirés je lui tendis l’arme en question tout en dégainant ma seconde dague faute d’avoir mieux. J’avais du mal à rester concentrée et mes paupières pesaient de plus en plus lourd alors que nous avancions vers la foutue porte numéro 11.

Je songeai alors que cette pièce reculée ne devait pas en être à sa première tentative de meurtre. Non mais quelle bande de salauds! Déverrouillant avec peine mais en silence, j’ouvris rapidement la porte pour tomber nez à nez avec un homme que je distinguai avec peine, lourdement intoxiquée. Il fonça droit sur moi épée courte en main mais je l’évitai de justesse.

Ma protégée semblait grandement l’intéresser puisqu’il resta deux longues secondes à la fixer arborant un sourire malsain. J’en profitai pour m’élancer avec l’énergie du désespoir, puisque c’est tout ce qui me restait, et je lui fondis dessus lui tranchant la gorge d’un coup précis. Je tombai ensuite à genoux le visage contre son immonde carcasse couverte de sang qui se débattait dans quelques derniers soubresauts alors que je jetais un dernier regard empreint de tristesse et de soulagement à la pauvre jeune femme qui avait assisté à ce spectacle odieux.

J’étais responsable, j’aurais dû rester sur mes gardes afin de veiller sur elle comme promis, mais au lieu de ça elle faisait face une fois de plus à la mort et à la panique. M’étais-je laissé attendrir par son sort et sa gentillesse? Dans quel but exactement avais-je fait le choix de l’accompagner? Où était donc passée la féroce guerrière en moi, avais-je seulement envie de me battre à nouveau et si oui pour qui, pour quoi? Très certainement pour elle, sans doute pour moi.

Ce fut mes dernières pensées avant que je ne m’affale complètement sur le sol rugueux de la chambre, un goût de déception et de sang dans la bouche.

[...]

La noirceur me parut ne durer qu'un instant, mais je savais très bien que ce ne fut pas le cas. Ouvrant les yeux, mon regard rencontra un plafond de bois plutôt bas et mon nez fut saisit par une odeur enivrante de fleurs et de gingembre. À en juger par les secousses qui se succédaient, je me trouvais à l'intérieur d'une caravane.

Je fus prise de panique songeant soudain à Danaelle que j'avais laissée à son triste sort un peu malgré moi. Des voix retentissaient au dehors mais je ne pouvais en saisir les paroles. Lentement je me déplaçai vers la petite porte avec la ferme intention d'avoir le fin mot de l'histoire. Juste avant que je ne m’exécute, je perçus la voix timide de mon amie par-delà les planches.

Quelque peu rassurée, j'ouvris donc la porte pour constater qu'elle se trouvait là aux côtés du barde charmeur qui tenait les rennes au bout desquelles était attaché Blancrin. Je fus soulagée de voir que ma jeune compagne d'aventure était saine et sauve.

« Danaelle je suis désolée je...» Elle m'interrompit d'un geste lent et d'un sourire compréhensif mais réservé.»

Je restai interdite ne sachant que penser. Après une telle erreur, avais-je le droit de prétendre pouvoir assurer sa sécurité? Pour l'instant je devais comprendre ce qui s'était passé pendant mon sommeil forcé. Au moins j'avais finalement pu dormir.

« Suis-je en droit de demander quelques explications? Et vous l'artiste, qui êtes-vous donc? »
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MessageSujet: Re: Une Aube Nouvelle [Danaelle] Partie 2   Sam 8 Mar 2014 - 17:32

J’étais tout simplement désemparée, tremblant de part en part, alors que je m’accroupissais aux côtés de la Norpalienne, désormais inconsciente – endormie. Cette dernière notion, jusqu’alors inconnue, devait avoir tôt fait de m’apaiser un tant soit peu. Nulle plaie apparente n’avait été en cause de sa chute soudaine. Elle inspirait puis expirait, comme tout être vivant se devait de le faire. Non sans peine, je l’avais mise à l’écart du corps sans vie de son opposant. Le duel avait été prompt. L’issue redoutable.

Je ne devais pourtant pas encore être tirée de ce guêpier. La distinction seule reposait en ce fait que, désormais, j’étais apparemment seule.


« La chambre au fond du couloir ! »


Ainsi sonnait le glas, alors que nombreux pas résonnaient dans le couloir. Trois… Quatre personnes ? Empoignant fermement la dague qui m’avait été confiée – quelle drôle d’idée ! – je mettais un point d’honneur à tenir tête aussi longtemps que cela me serait permis. Je me positionnais alors entre mon amie endormie, et la porte de la chambre numéro 11. Je repensais soudainement à l’agencement des pièces… La chambre 11, après la chambre 15. Quelle idée avions nous eut d’entrer en une telle énormité. Nerveuse, je laissais échapper un rire jaune.

Puis ils apparurent. Trois hommes passant l’encadrement de la porte. Je n’accordais que peu de temps à les détailler ; trois hommes ordinaires, solidement battis, allure hautaine et assurée. Celui qui devait reprendre la parole avait le crâne partiellement dégarni, en de nombreux endroits, et quelques cicatrices ici ou là. Peu commode en soit. Je ne m’attendais cependant aucunement à rencontrer là quelques bienheureux personnages aux allures champêtres et crinières flamboyantes. Aussi, je ne m’attardais pas outre mesure, prête à en découdre… ou tout du moins, à tenter de tenir mes positions plus longtemps qu’une poignée de secondes.


« Embarquez celle-là ! Débarrassez-vous de l’autre. Et tâchez de ne pas terminer comme ce sombre imbécile ! Elle est endormie pour un moment encore, ça ne devrait pas être trop compliqué. N’est-ce pas ? »


Je tentais tant bien que mal d’esquisser une mine imposante et déterminée… qui devait tout au plus ressembler à une grimace douteuse voir grotesque. Je n’avais ni l’allure, ni la prestance d’une femme d’armes. Cela s’en ressentait sans mal ; je tenais ma lame avec une grande maladresse, peu sûre de mes appuis en cette heure – moi qui pourtant possédais en théorie un équilibre exemplaire !

Aucunement intimidé par mon petit manège, le premier homme vint à ma rencontre. Je portais un coup timide en avant. Timide, mais pourtant juste, le poussant à reprendre deux ou trois pas de distance. Reculer pour mieux sauter… Je me préparais à encaisser l’assaut suivant, sans grande conviction. Les deux comparses observaient la scène non sans amusement, en oubliant l’espace d’un instant la tâche qui leur avait été allouée. C’était au moins ça de gagné. Quelques minutes qui pourraient s’avérer précieuses… mais en quel but ? Je ne saurai tenir tête très longtemps. L’issue était inévitable, tracée par avance. Comment pourrais-je jamais me pardonner… je ne pouvais plus supporter ces vies prises sous mes yeux.

Soudain pourtant, un fracas devait attirer l’attention de tous les protagonistes présents, moi compris.


« Pardonnez cette intrusion Messires ! »


Le panneau de bois qui obstruait la fenêtre avait tout bonnement été arraché, et cette dernière ouverte de force. Un homme s’introduisait alors dans la petite pièce. Je le reconnus aisément pour son caractère atypique et ses vêtements colorés : le barde. A sa suite, ses compagnons avaient troqué instruments et rimes en tous genre contre lames et manœuvres de combat. Quelque secondes de plus, et les trois hommes de la compagnie se positionnaient entre mon amie, ma propre personne, et nos opposants, ahuris. Mon cavalier de soirée me jetait un coup d’œil distrait, s’attardant par la suite sur ma compagne à terre.


« Allons bon ! Ne vous avais-je pourtant pas recommandé la prudence ? Occupez-vous de ceux-là. »


Sur ces recommandations, il venait à ma rencontre. Son expression paraissait neutre, pourtant empreinte d’une certaine gravité.

« Danaelle, rassemble vos biens. Nous partons. »


Une seconde de plus, et les lames s’entrechoquaient dans la pièce. Je reculais d’un pas, puis de deux, portant mon attention sur les duellistes. Fait constaté sans peine, le barde revint instamment à ma personne ; posant la paume de sa main sur ma joue, il me poussait à quitter la scène du regard, m’invitant à porter pleine attention sur sa propre personne.


« Ne perdons pas de temps, Danaelle. Nous veillons sur toi, et sur ton amie. Partons, maintenant. »


Je me perdais quelques secondes en ce savant mélange d’azur et d’émeraude, avant de n’en revenir à l’urgence de la situation. Le barde sur mes talons, j’allais de part en part. Deux minutes supplémentaires, et j’avais rassemblé les biens de ma compagne. Je ne possédais pour ma part pas grand-chose en cette pièce. Le silence était retombé. Je prenais alors seulement conscience de l’issue de cette partie : deux hommes gisaient à terre, baignant en leur sang – allant s’ajouter à celui mis à mal par la Norpalienne. Où était passé le troisième ? Je questionnais mon interlocuteur du regard, qui prit le parti de ne pas me répondre.

« Allons-y. Nous repasserons par là. »


"Là", supposait la fenêtre. Je m’interrogeais alors seulement sur le moyen employé pour parvenir jusqu’à ces lieux. Passant ma tête par l’ouverture, je discernais une échelle posée contre le mur. A son pied, les deux jeunes femmes patientaient : l’une la conservait en sa position fixe, la seconde s’occupait de maintenir en place une monture que j’identifiais aussitôt : Blancrin. Je devais être invitée à descendre la première, m’exécutant alors que le barde s’emparait du corps endormi de mon amie. Je gardais un œil sur eux, alors que je posais finalement pied à terre. La descente suivante devait être périlleuse. L’homme parvint pourtant à nos côtés quelques instants plus tard, imité par ses deux derniers camarades.



D’un commun accord, nous avions décidé de quitter Noir-ours suite à cette mésaventure. Après quelques conversations quant à notre destination, nous devions finalement tous prendre place dans la charrette. Les heures passaient, alors que nous allions bon train, sans pour autant entrer dans l’inconfort. J’avais conservé un mutisme obstiné durant les deux premières heures, avant de n’entamer quelques échanges avec nos camarades de route actuels. Je revenais pourtant très régulièrement m’enquérir de la santé de mon amie.


« Elle ne tardera pas à se réveiller. »


… m’assurait-on. Aussi, je patientais… impatiemment. L’heure devait pourtant arriver. Je la savais venue alors que la Norpalienne venait à notre rencontre. Portant un instant son attention sur Blancrin qui nous menait au côté d’un bel étalon, elle en vint finalement à nous. Je lui souriais, cherchant à apaiser ses angoisses – curieux retournement de situation. J’étais en vie, elle également, et toutes deux allions encore côté à côté. Je me décidais finalement à l’interroger quant à son état de santé.


« Comment te sens-tu ? »


Le barde qui menait la charrette ne devait cependant pas lui laisser le temps de répondre.

« Ne t’en fais donc pas. Sa reprise de conscience a du s’accompagner d’une bonne migraine… »

« … comme après une bonne cuite ! »

« … mais elle s’en tirera sans mal. »


Troublée par cette intervention, nous devions cependant bien tôt faire face aux questionnements de la jeune femme. Une partie de la soirée restait pour elle une énigme. Sa demande était légitime.

« Suis-je en droit de demander quelques explications ? Et vous l'artiste, qui êtes-vous donc ? »


Un instant d’hésitation quant à savoir que conter, puis je prenais la parole… pour un court laps de temps.

« La boisson que tu as bu était… »

«  … empoisonnée. Vous auriez-pu perdre la vie dans cette auberge. Mais rassurez-vous ! Vous n’avez que dormi, depuis… six ou sept heures, tout au plus. Temps que nous avons employé à prendre une certaine distance avec Noir-ours, après avoir écopé de quelques bleus ! »

« L’homme qui t’a attaqué… »

« … n’était pas seul ! Oh ça non ! C’est à peu près le tiers de l’auberge que vous aviez sur le dos ! Aubergiste compris. Pour être honnête, je crois que le tenancier de l’auberge – le vrai, s’entend, non pas ce mauvais tavernier – a du terminer dans quelques assiettes. »


Une mimique contrariée devait marquer mes traits, alors qu’il me paraissait tout bonnement impossible de venir à bout de la moindre phrase que j’entamais. J’adressais alors à Eva un coup d’œil entendu. Le barde dû croire que mon malaise venait de ses derniers propos – que je n’avais en soit pas réellement relevés – car il s’empressait aussitôt d’ajouter :

« Oh… Mes plus plates excuses. J’ose espérer que votre dernier repas en date était passé comme il se doit. »


Laissant un soupir passer le scellé de mes lèvres, je faisais alors une nouvelle tentative.

« Faren est venu nous porter secours alors que nous étions au plus mal… »

« Assurément ! Quant à répondre à votre dernière question, l’on me surnomme Faren, Lame Hurlante. C’est à peu près tout ce que vous avez à savoir. Je crois que votre connaissance est bien amplement poussée en avant pour votre propre bien. Gardez en tête que nous ne sommes qu’une modeste troupe de troubadours, destinée à divertir le peuple ! »


Lui adressant un large sourire alors qu’il courbait légèrement l’échine, l’homme reportait finalement sa pleine attention sur le chemin cahoteux que nous empruntions depuis un certain temps. Encore une heure, et toute trace de passage humain parut s’estomper. Notre guide ne devait aucunement s’en formaliser, s’orientant à l’aide de quelques repères naturels. Je prêtais attention à ce paysage qui évoquait en moi quelque chose de familier ; je n’aurai su dire quoi.

« Nous nous rendons à quelques lieues de là. Mes compagnons et moi-même logeons  en une résidence modeste, reculée de toute ville et lieu de passage. Nous prendrons là le temps de converser... de choses et d’autres. Vous y serez en sécurité. »





Le temps passé, la nuit avancée… J’avais posé ma tête sur l’épaule de la jeune femme à mes côtés, et somnolais, luttant contre un sommeil qui pourtant requérait ma présence avec force. J’étais éreintée, tant émotionnellement que physiquement. L’un n’allait pas sans l’autre. Soudain pourtant, je me redressais, alors qu’une ombre se détachait dans la pénombre ambiante. La demeure « modeste » ressemblait bien davantage à un établissement luxueux et de tout confort, qu’à un « modeste » logis. Sur trois étages, il devait compter bon nombre de pièces. Bâti de pierre, il paraissait ainsi s’étendre autant en hauteur, qu’en largeur. Un bel ouvrage, assurément. J’osais espérer que la promesse de l’extérieur se tenait en son sein. La charrette finalement devait s’arrêter au pied du bâtiment. Les deux jeunes femmes qui nous accompagnaient bondissaient à terre, entamant sur l’heure de déharnacher les chevaux. Faren, quant à lui, prit les devants.

« Nous y sommes. Suivez-moi, voulez-vous ? »


Sans s’attarder sur les détails de la demeure, il nous menait en un labyrinthe de couloirs. Tous paraissaient semblables, menant tantôt à l’étage supérieur, tantôt en une pièce quelconque. Si mon attention se portait ici ou là, je ne perdais cependant pas notre hôte de vue, tandis qu’il accélérait l’allure. Je m’assurais également, et surtout, que la jeune femme allait à mes côtés. Je n’aurai encore su dire si j’avais pleine confiance en ce barde et ses compagnons… Pour autant, je ne m’étais pas opposée à cette halte, qui paraissait de prime abord une bonne idée. Nous parvenions finalement en un petit couloir, sobrement décoré, alors qu’il nous indiquait deux pièces côte à côte.

« Voici vos chambres. Nous avons quelques… eh bien… disons que nous avons à faire. Je vous laisse prendre vos aises, après quoi nous nous rassemblerons pour le souper. Vous êtes libres de vous joindre à nous, ou de prendre repos sur l’heure. »


Poussant la porte des deux pièces, comme pour nous assurer qu’il n’y avait là nul danger, il nous adressait par la suite un large sourire et, comme à son habitude, se complaisait en quelques courbettes.


« Mesdemoiselles. »


Sur ces paroles, il tournait les talons, sans plus procès. A priori, nous étions libres de nos mouvements… A priori.
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Eva Sombracier
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MessageSujet: Re: Une Aube Nouvelle [Danaelle] Partie 2   Sam 8 Mar 2014 - 22:39

J’étais heureuse malgré tout du dénouement de cette fâcheuse histoire, même si nos sauveurs se trouvaient être de drôles d’oiseaux, en particulier cette fine lame bavarde et extravagante qui  portait le nom de Faren. Je ne détestais pas les troubadours en soi, mais sa manie d’interrompre sans cesse ma partenaire me tombait encore plus sur les nerfs que ses courbettes exagérées à répétition. Son sourire aurait pu être séduisant s'il n'était pas accompagné d'un regard sournois maladroitement déguisé.

Après avoir enfin pris connaissance des péripéties qui s'étaient déroulées pendant que j'étais endormie, je m’employai à mettre pieds à terre afin d’aller rassuré mon brave cheval qui devait être aussi confus que sa maîtresse quelques minutes auparavant. Longeant son flanc droit, je passai ma main sur son gros ventre, son épaule, sa crinière puis son gris visage. Je vis son grand œil m’étudier un instant avant de recevoir un baiser de la part des plus grosses lèvres du coin.

«Hey mon grand, je t’ai manqué? Je vois que tu t’es fait un ami, pas trop arrogant j’espère. Je te promets de ne plus te laisser seul avec ces étrangers alors te défile pas si on a besoin de toi, vil canasson!  Tu fais du beau boulot, mon ami. »

Je scellai ce brève échange d’une puissante tape sur sa fesse droite qui eut pour effet de le faire se cabrer en signe de protestation, déstabilisant de ce fait l’étalon blond à ses côtés. Faren leva les yeux au ciel alors que j’arborais un air supérieur et moqueur à son intention. Mon amie quant à elle sembla trouver la chose amusante et, au vue de ce que nous venions de vivre, son sourire était la seule chose qui m’importait vraiment. Elle ne me tenait pas pour responsable alors il valait mieux pour moi que j’en fasse autant et que je me concentre sur les évènements à venir.

Prenant place à ses côtés, je fixai l'horizon en songeant à mon mentor qui se trouvait là quelque part à essayer de réparer les tords. J'avais passé près de deux ans à suivre ses enseignements à Fort-froid puisque mon père l’avait accueilli chez nous pour parfaire mes compétences et m’en dévoiler de nouvelles.

Je devais sans doute la vie à l’une d’entre-elles étant donné que j’avais survécu au poison. Chaque jour j’ingurgitais une infime quantité de ce liquide mortel de façon volontaire afin d’acquérir au final une résistance quasi-totale. Eramos m’enseigna aussi l’art de la furtivité, l’utilisation des différents types d’arbalètes ainsi que de nombreuses techniques de survie. Autant dire qu’il m’avait sauvé la vie plus d’une fois sans même être à mes côtés.

[…]

Nous étions finalement arrivés à destination et je fus fort surprise par la taille du bâtiment qui n’avait rien de modeste en soi. J’étais réticente à l’idée d’entrer dans ce château de la prose, nous étions au milieu de nulle part et nous n’avions aucune idée des réelles intentions de ces curieux personnages. Danaelle s’assurait de ma présence à proximité tout comme je m’assurai de la sienne alors que nous avancions rapidement dans la dédale de corridors et de pièces.

« Voici vos chambres. Nous avons quelques… eh bien… disons que nous avons à faire. Je vous laisse prendre vos aises, après quoi nous nous rassemblerons pour le souper. Vous êtes libres de vous joindre à nous, ou de prendre repos sur l’heure. »

Ils avaient à faire? Cette phrase plutôt vague me laissa des plus perplexes alors que notre hôte nous présentait nos appartements respectifs. J’inclinai la tête en guise de remerciement et le fixai du regard jusqu’à ce qu’il disparaisse de mon champ de vision non sans m'avoir lancé un dernier sourire. Cet homme n'appréciait pas du tout ma présence même s'il cachait bien son jeu de prime à bord.

«S’il croit que je vais te laisser seule celui-là. Je prends quelques couvertures et un oreiller et je te rejoins, si tu n’y vois pas d’inconvénient. Personnellement je ne leur fais pas confiance alors voilà…»

Après avoir obtenu son accord, j’entrai dans la grande pièce qui m’était destinée, elle ne comptait étrangement qu’un lit et une commode toute simple. J’imagine qu’ils n’avaient pas jugé nécessaire de meubler toute la maison, mais cela ne m’intéressait pas. Je n’avais pas non plus l’intention de dormir ni envie de me joindre à eux pour finir empoisonnée de nouveau par quelconque mixture. Ces bardes me donnaient froid dans le dos et cette impression ne mentait jamais. Une fois le nécessaire en mains, je retournai auprès de Danae qui examinait sa propre chambre.

M’assurant de bien fermer la porte, je reportai mon attention sur mon amie qui semblait perdue dans ses pensées tout en nouant mes cheveux pour camoufler leur pagaille.

«Alors dis-moi, ce Faren a-t-il prit la peine de te donner des explications? Qui sont-ils vraiment et surtout, pourquoi prendre la peine de se porter à ton secours? Quelque chose cloche avec ces gens-là et je ne leur laisserai pas le temps de nous planter une dague dans le dos une fois qu'on sera endormies! Tu crois vraiment à leur petite histoire? Mes tripes me crient de partir au plus vite, ne les faisons pas attendre.»

J'étais convaincue, mais apparemment pas Danaelle qui me dévisageait sans trop comprendre mon affolement. Je pris donc doucement ses mains et posai mon regard inquiet dans le sien avant d'essayer de la convaincre à l'aide d'autres arguments.

«J'imagine ce que tu dois ressentir, ou peut-être pas, mais je suis certaine que ce qui s'est déroulé hier soir n'était rien d'autre qu'une vulgaire mise en scène, une mascarade destinée à te faire croire qu'ils étaient tes alliés. Et ce sentiment de fausse liberté, de fausse sécurité, ne le sens tu pas toi aussi? Tu dois me faire confiance, je suis convaincue de ce que j'avance. J'ai peur pour nos vies, nous devons partir, s'emparer de Blancrin et foutre le camp vers la civilisation!! Le danger est ici et nous tend un piège couvert de gentillesse et de courbettes.»

Je soutenais son regard, déterminée et plus éveillée que jamais. Je ne pouvais me résoudre à décider à sa place, après tout c'était sa vie qui était menacée. Je ne cessais de me demander quels pouvaient bien être ces mystères que son père détenait et qui nécessitaient tant de chaos et de sang.

Je la laissai s'exprimer même si mes muscles se tendaient et qu'une certaine panique me gagnait lentement. Peu de temps après nous étions sur notre départ. C’est avec une méfiance démesurée que j’escortai ma jeune amie dans le long corridor menant à l'entrée principale. Aucun signe de vie dans le hall, la chance était de notre côté. Armée d'une grande prudence, j'ouvris la grande porte qui grinça légèrement avant de laisser passer Danae pour pouvoir assurer ses arrières.

Le cœur battant, nous nous dirigions vers les écuries qui nous réservaient un contre-temps non négligeable : Les deux femmes de la troupe se trouvaient là, à manger et à discuter tout en patrouillant juste devant ma monture et son comparse blond.

« Je vais me faufiler derrière elles, assommer la première puis endormir la seconde d'une prise spéciale, ne t'en fais pas je ne vais tuer personne. Nous n'avons d'autres choix que de prendre ces chevaux. Cache-toi non loin, je ne serai pas longue. Tu me fais confiance?»

Le temps pressait et c'est sans attendre qu'elle hocha la tête à répétition pour signifier sa réponse. J'étais déjà en route vers mes cibles, comme il me tardait de faire taire ces bardes de malheur! Ma monture qui avait perçu ma présence me donna un bon coup de main en attirant de ce fait leur attention par un hennissement. M'extirpant des fourrés enneigés, j'abattis mon coude sur la crâne de la rousse qui s'affala sans un bruit alors que celle à la tignasse blonde arborait des yeux bleus remplis de surprise.

Elle ne resta pas sans bouger et tenta de me frapper au visage, coup que je bloquai sans peine m'emparant de son bras par la même occasion. Je l'obligeai à se retourner puis je passai mon bras droit autour de son cou en appliquant une forte pression sans oppresser sa trachée. Elle se débattit quelques instants avant de perdre conscience.

Aucun bruit n'avait attiré l'attention et nous étions prêtes à décamper. J'aidai mon amie à prendre place derrière moi puisque pour l'instant nous n'avions pas le luxe d'avoir des bêtes scellées, de cette façon elle pourrait se cramponner. Je tenais les guides dans une main et dans l'autre ceux du bel étalon satiné.

« Accroche-toi Danaelle! N'aie crainte nous trouverons une solution, je ne compte pas fuir indéfiniment. Pour l'heure je veille sur toi.»
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MessageSujet: Re: Une Aube Nouvelle [Danaelle] Partie 2   Lun 10 Mar 2014 - 17:15

Je souriais doucement à la remarque de la Norpalienne. Non pas un sourire moqueur… mais un sourire reconnaissant, répondant à son éternelle bienveillance. Elle ne paraissait actuellement pas me tenir rigueur de la situation dans laquelle nous nous trouvions… Si j’avais personnellement la course comme habitude de vie, je doutais grandement que cela soit son cas, encore navrée de la pousser en ce sens. Force et détermination…

Alors qu’Eva partait en quête de quelques biens dans la chambre qui lui était allouée, je partais moi-même prendre connaissance de la mienne. Une pièce commune, sans excès. La couche pourtant, soigneusement arrangée, appelait au confort ; que n’aurai-je pas donné pour me glisser en ces draps, sans plus autre procès ! La bienséance pourtant me poussait à m’en tenir à mon examen formel.

La porte se scellant derrière la jeune femme, je m’installais prudemment sur le matelas moelleux.


« Alors dis-moi, ce Faren a-t-il prit la peine de te donner des explications? Qui sont-ils vraiment et surtout, pourquoi prendre la peine de se porter à ton secours? Quelque chose cloche avec ces gens-là et je ne leur laisserai pas le temps de nous planter une dague dans le dos une fois qu'on sera endormies! Tu crois vraiment à leur petite histoire? Mes tripes me crient de partir au plus vite, ne les faisons pas attendre. »


Si un sourire avait accompagné sa venue dans la pièce, je le perdais désormais. Pour autant, je mettais un certain temps à comprendre ce qu’elle sous-entendait. Ressentant mon trouble, elle vint se saisir de mes mains, enrichissant aussitôt son argumentation. Que répondre à tout ceci… Je m’assombrissais en l’espace d’une seconde. Je n’étais certes pas dénuée de bon sens, et ne saurai accorder sans doute quelconque crédit à ces compagnons aussi curieux que surprenants. Néanmoins… Je commençais à perdre espoir. Cet espoir même qui avait cru poindre au moment où ce nom, Tebryn, m’avait été énoncé. Finalement, je me décidais à mettre des mots sur ces impressions et ces doutes.



« Sans doute as-tu raison… Mais… Le temps passe, et mon père reste introuvable… Ces hommes… Ce sont les seuls à avoir prononcé son nom depuis… des Lunes. »


Mais tout ceci ne dépendait pas uniquement de moi… Seul l’égoïsme saurait motiver une demande quant à nous attarder plus longtemps. Ma liberté avait été mise à prix… Mais pour elle, c’était sa vie. Baissant les yeux sur ma couche, je finissais cependant par me redresser.


« Bien, partons si tel est dicté par ton instinct. »


J’allais à sa suite, éteinte. A nouveau, je remettais en cause le bien-fondé de ma quête…. Le bien fondé de tout ceci. Je ne m’attardais à nouveau ni sur ces couloirs, ni sur ces pièces qui se multipliaient sur notre passage. Fuir, se cacher. Encore et inlassablement. Ce n’était pas une vie ; ni pour moi, ni pour quiconque. La porte principale ouverte, je me glissais prudemment à l’air frais, aussitôt imitée par Eva. Les environs paraissaient endormis et sereins, si ce n’était la conversation portant des deux jeunes femmes qui nous avaient accompagnées durant notre route.


« Je vais me faufiler derrière elles, assommer la première puis endormir la seconde d'une prise spéciale, ne t'en fais pas je ne vais tuer personne. Nous n'avons d'autres choix que de prendre ces chevaux. Cache-toi non loin, je ne serai pas longue. Tu me fais confiance?»


Après un instant d’hésitation, je hochais doucement la tête, allant prendre place derrière un tas de foin négligemment déposé près de l’écurie. Peu de temps passé, les conversations avaient cessées. Me redressant alors, je découvrais les deux jeunes femmes inconscientes. La Norpalienne, quant à elle, s’emparait de sa monture. J’allais à sa rencontre, sans un mot. L’épuisement – physique et moral – et la désillusion prenant place importante en mon raisonnement, je n’étais plus qu’une ombre, m’en remettant aux agissements de ma jeune amie. Quelles raisons avais-je de ne pas me reposer sur elle, tout au moins ?

Prenant place sur l’arrière train de Blancrin, je passais mes bras autour de la taille de la jeune femme, m’assurant ainsi un certain équilibre. Nous nous apprêtions à quitter les lieux sur l’heure. Ce qui ne devait pas être aussi aisé que dans l’idée.


« Eh bien ! Que se passe-t-il donc ici ? »


Un pas de course qui parvenait du mur ouest de la demeure, alors que celui que je reconnaissais comme l’un des musiciens de la troupe allait à notre rencontre, se positionnant aussitôt devant les deux montures, manquant de faire cabrer l’étalon quelque peu farouche. Portant son attention sur la Norpalienne, il levait les bras en guise d’incompréhension apparente.

« Vous nous quittez si tôt ? Nous nous apprêtions à… »


Ne parvenant pas au bout de sa phrase, je me penchais légèrement pour capter la source de son attention : cette dernière était rivée sur l’écurie… et de ce fait, sur les deux jeunes femmes à terre. Secouant la tête, contrarié, il devait aussitôt en revenir à nous.

« Oh… Je vois… »


Je le vis alors s’attarder sur ma compagne, un sourire étirant ses lèvres. Un regard éloquent, qui devait me faire prendre conscience, une nouvelle fois, de ma bêtise. Et alors qu’il ne la quittait plus un instant, il prit la parole… Ce fut pourtant à moi, qu’il s’adressa…

« Danaelle, veux-tu bien descendre de cette monture s’il te plait… »


Je secouais doucement la tête, restant cramponnée à la jeune femme. Avait-il seulement capté cette marque de refus ? Je le croyais sans peine, car quelques secondes de plus, et je croisais ce regard d’une froideur sans égale. Nous étions loin du gai ménestrel précédemment rencontré. Ce personnage nouveau me donnait froid dans le dos ; je n’aurai quitté ma place présente pour rien au monde… ou presque. Mes mains se crispaient quelque peu.

« Fort bien… Faren nous avait mis en garde… »


Je notais son regard quittant notre position, pour se poser sur la façade de la demeure. A mon tour, je pivotais : au deuxième étage se tenait le troisième homme de la troupe. Nous étions en sa ligne de mire.  J’attirais l’attention de mon amie en cette direction.


« Eva … »


Intonation peu assurée, tandis qu’à nouveau, la situation m’échappait.

« Je puis vous assurer que cet homme est bien meilleur tireur que Faren n’est poète. Descend de là mon chaton. »


Désemparée, j’examinais promptement les issues possibles. Quelles chances avions nous que ces beaux parleurs soient également beaux menteurs ? Dans l’immédiat, très peu, je le redoutais. Si m’entêter revenait à mettre la vie de la jeune femme en un danger quelconque et potentiel, je m’y opposais. Aussi, sans laisser à cette dernière l’occasion de protester, je mettais souplement pied à terre. Aussi curieux que peu probable, cette situation m’avait permis de retrouver un tant soit peu de sang-froid. Je n’agissais pas pour ma propre survie…

« Ne pouvez-vous donc pas vous tenir tranquilles un moment toutes les deux ? »


Cette voix… Faren. La porte de la demeure s’ouvrant à la volée, le dernier acteur de la scène devait prendre sa place. Aussi surprenant soit-il, aucun sourire ne marquait son visage. Une lame pendait à son côté, alors qu’une autre, plus petite et plus fine, se logeait en sa main. J’esquissais un pas en arrière, mon attention se portant un court instant sur l’homme qui paraissait encore tenir la Norpalienne en joue. Quelques pas de plus, et le barde se positionnait à mes côtés, une main sur mon épaule, la seconde... où se trouvait la seconde ? La pointe d’une lame rencontrant ma chair, je frissonnais. La voilà.

« Si vous vous donniez la peine de descendre de cette monture, peut-être pourrions-nous aller dîner sans que nul ne soit blessé, qu’en dites-vous ? Nous converserons ainsi, comme toute personne passablement éduquée. »


Ah ! Le voici également, cet éternel sourire sarcastique. D’un mouvement discret de la tête, il intimait au tireur de quitter son poste. Ce dernier s’exécutant, ne restaient sur place que le premier intervenant, les deux jeunes femmes dont l’une paraissait prête à reprendre conscience, et Faren, particulièrement attentif aux moindres faits et gestes de mon amie. Je ne remettais pas en cause ma précédente décision. Je n’aurai pu la laisser prendre le risque de sa vie… si celle-ci paraissait pourtant encore en jeu, elle retrouvait cependant le luxe précaire de retomber à armes égales.
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Eva Sombracier
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MessageSujet: Re: Une Aube Nouvelle [Danaelle] Partie 2   Lun 10 Mar 2014 - 23:09

Je fermai les yeux contenant ma colère et ma déception lorsque je sentis ses bras relâcher leur étreinte. Elle craignait, probablement pour moi, elle qui croyait sans doute m’avoir liée à cette affaire malgré moi. Alors qu’un archer se tenait sur le toit et qu’un idiot me narguait de son sourire victorieux, la danseuse étoile faisait son approche. Le métal de ses armes scintillait de temps à autres au rythme de ses pas assurés et lents. J’analysai la situation pour en entrevoir les issus, mais Faren posait déjà sa sale main sur l’épaule incrédule de mon amie qui sursauta à la vue de l’arme qu’il avait posée sur sa gorge.

Extérieurement je gardais mon calme mais à l’intérieur je bouillonnais d’une rage folle décuplée à chacun de ses sourires narquois. Par Revoran, à quoi avait-elle donc pensé? Étant sommée de mettre pieds à terre, je su ce qu’il me restait à faire.

«On se calme, pas la peine de la menacer de ta lame ridicule, je descends. »

Ce que je fis tout en douceur afin d’éviter un quelconque mouvement brusque qui aurait pu affoler la crapule qui détenait ma chère Danaelle. L’homme nous ayant empêché de prendre la fuite se saisit de mon cheval qui se cabra aussitôt tentant de résister à cet inconnu prétentieux qui l’emmenait vers d’autres lieux. Je fixai les yeux bleus de mon ennemi qui semblaient briller dans la nuit jusqu’à ce qu’il daigne prendre la parole.

« Vous voyez, Norpalienne, quand vous vous y mettez ! Bien, veuillez passer devant, la faim me tenaille, pas vous? »

Je lançai un regard évocateur à mon amie qui ferma les yeux de peur d’entendre ses craintes se confirmer. Je ne voyais aucune autre solution, elle devait me faire confiance pourtant et s’en remettre à mon expérience et mon choix.

« Je ne crois pas non.»

« Pardon? Je crois que vous ne réalisez pas que vous n’avez d’autre choix que de vous exécuter sans discuter, ou peut-être avez-vous oublié que je tiens votre frêle et tremblotante petite protégée sous la pointe de ma lame?! Pour la dernière fois, veuillez retourner à l’intérieur, la plaisanterie à assez durée.»


Son ton n’avait plus rien à voir désormais avec celui d’un gentilhomme et je savais que sa patience ne tenait qu’à un fil. Mon tour sur scène était arrivé.

« Nous savons très bien tous les deux que seule Danaelle a de la valeur à vos yeux, jamais je ne reverrai la lumière du jour si je vous suis. Quant à son sort à elle, qu’avez-vous donc pu trouver de pire que des années de maltraitance et de séquestration? Je ne permettrai pas qu’elle subisse à nouveau ce genre de traitements. »

« Oh mais vous n’avez pas votre mot à dire quant à la suite mais vous ne semblez toujours pas comprendre. Avancer ou c’est elle qui meurt la première, vous pourrez savourer comme il se doit votre échec !»

C’est ça salopard, nous y sommes presque… songeais-je alors que tout était encore possible.

« Cette rage débordante te vient-elle de ces déguisements ridicules qu’on te force à porter à travers toute la région avec tes copines ou est-ce moi qui crée chez toi tant de haine? Je suis là devant toi alors pourquoi ne pas te défaire sur le champ d’un parasite tel que moi en quelques coups d’épée? Laissons cette jeune dame en dehors de ça et réglons nos comptes une fois pour toutes. »

Mon ton était calme et pourtant sans appel. Il n’allait cependant pas tomber dans le piège si facilement…

« Je vois ce que vous tentez de faire et vous le faites en vain ma chère. J’ai le contrôle de la situation alors pourquoi irais-je me compromettre dans un malheureux duel? Je n’ai pas de temps à perdre avec vous et votre ego démesuré qui ne demande qu’à être comblé. Votre audace causera inévitablement votre perte, ou celle d’autrui, allons allons, on se bouge ma belle avant de se faire bobo.»

« Bas les masques poètes de pacotilles et surtout trêve de politesse. Je sens depuis le début ton envie meurtrière à mon égard et sache que j’ai toujours su qu’un jour où l’autre tu tenterais de te faufiler sournoisement pour me planter ta sale petite dague dans le dos tel un misérable lâche. Peut-être te satisfaits-tu  de tous ces petits assassinats dans l’ombre ou encore de menacer une fillette sans défense, qui sait, ton pseudo courage s’arrête peut-être là.»

Je le poussais lentement mais surement dans ses retranchements les plus haineux et désireux de violence. Le barde avait cédé sa place au cavalier et je pouvais le percevoir dans son regard flamboyant de rage et de folie. Qu’attendait-il donc pour exploser? Que cela devait être interminable pour la pauvre Danae qui devait sentir le cœur de notre adversaire s’affoler au rythme de mes paroles.

«Ne viens pas me parler de courage, ta détermination n’est rien d’autre de la folie ! Tu as raison, j’en ai marre de cet air hautain qui ne quitte jamais ton visage de garce!! Tu veux un duel sombre idiote alors un duel tu auras et qu’on en finisse! Apportez-lui une épée, maintenant!»

Il laissa enfin partir mon amie qui put respirer de nouveau sans craindre ses derniers instants. Elle fut cependant rapidement prise en charge par la femme blonde qui me souriait satisfaite à l’idée de l’issue prochaine de notre combat. Je transmis d’un ultime regard toute ma douceur et mon amitié à Danaelle qui, j’espérais, en serait un peu apaisée.

Ma stratégie était périlleuse en soi, mais quelles étaient nos chances si nous les avions suivis sans broncher? Quel sens aurait eu notre quête si nous finissions entre les mains des mêmes hommes qui lui avaient autrefois volé son enfance, sa vie? Je pouvais réussir, je devais réussir. Un dernier échange, un dernier sourire, l’heure de la dernière danse avait sonnée.

L’un des chanteurs vint me donner une arme un peu à contrecœur et je pris place devant Faren qui semblait avoir retrouvé son ‘’calme’’.  J’aurais pu conclure un accord afin de pouvoir quitter sans encombres si je parvenais à le tuer, mais je ne savais que trop bien que ces hommes ne connaissaient rien du mot honneur alors à quoi bon. Sa rapière joliment ouvragée  dans sa main gauche, il m’adressa une révérence en souvenir du bon vieux temps.

« Je vois que tu tiens tes promesses. Alors, on se la fait cette danse?»

« Avec grand plaisir.»

Mon adversaire attaqua immédiatement et ce avec une vitesse fulgurante et une exécution fluide et maîtrisée. J’esquivai habilement les premiers coups m’habituant rapidement à cette nouvelle lame. Comme l’épée m’avait manquée! Faren frappait fort et à répétition m’empêchant de rendre des coups dignes de ce nom. Je du pivoter, tournoyer, fléchir les genoux et même effectuer une roulade improvisée pour ne pas être touchée mortellement.

Il s’amusait, s’extasiait de me voir ramper et son sourire était à présent celui d’un psychopathe en pleine action.Danaelle se débattait dans les bras de la femme blonde qui s’amusait presque autant que son chef. Le duelliste parvint finalement à m’asséner un coup d’estoc en plein dans l’épaule gauche, quelques centimètres et j’y passais. Mon hurlement de surprise et de douleur alla rejoindre sa joie non feinte alors que l’écho de notre combat résonnait dans la nuit.

Le temps me parut ralentir alors que je posais un genou à terre bien malgré moi. Je songeai à mon père, à Ariana, Danaelle ainsi qu’à Eramos. Ces visages suffirent à me redonner espoir. J’inspirai profondément en oubliant jusqu’à la douleur pendant ce court instant ou l’issue de la bataille m’apparut clairement.

Il en avait profité pour s’approcher de mon visage espérant sans doute y déceler une quelconque trace de peur, mais il s’exécutait en vain. La douleur ne faisait que raviver ma flamme et profitant de sa curiosité malsaine je pris un élan avant de lui asséner un puissant coup de tête. Je senti l’os de son nez se briser sous la force de l’impact. Il lâcha sa lame étroite portant ses mains à sa figure tout en prenant maladroitement ses distances et je pus aisément la retirer.

J’aurais pu le narguer ou l’insulter, j’en avais le temps, mais la guerrière en moi n’en avait pas fini avec ce prétentieux personnage. C’est donc une arme dans chaque main que j’avançai d’un pas ferme vers mon opposant qui me lança un regard courroucé avant de sentir deux lames s’enfoncer dans sa poitrine le soulevant  dans les airs tel une vulgaire pièce de viande que l’on embroche. Ma blessure saignait abondamment mais cela ne m’empêcha guère de m’exécuter, ce second souffle m’avait octroyé la force nécessaire. Faren balbutia quelques dernières injures avant de s’étouffer avec son propre sang.

Je retirai de son corps inerte les armes ensanglantées et je me retournai vers les autres cavaliers qui préférèrent fuir plutôt que de m’affronter. J’espérais qu’ils courent se cacher sous les jupes de leur maitre et que ce dernier soit au mis au courant ; Sa proie n’était plus seule, elle avait rejoint une combattante aussi déterminée que puissante qui n’hésiterait pas à donner sa vie pour sauver la sienne.

Il ne restait que Danaelle et moi et nous nous regardions sans dire un mot à plusieurs mètres de distance. Elle semblait presque aussi essoufflée que moi, elle qui avait du vivre un pénible moment. Je me contentai de lui sourire avant de m'effondrai pour une seconde fois. J'étais salement amochée mais au moins, nous étions libres. Enfin, pour quelques temps du moins.
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MessageSujet: Re: Une Aube Nouvelle [Danaelle] Partie 2   Mar 11 Mar 2014 - 12:44

Je n’en croyais pas mes oreilles, ni même mes yeux. Plus fort caractère que je ne l’aurai cru… était-elle certaine de ses propos et de ses décisions pour pousser ainsi la chance ? Je sentais d’instant en instant les muscles du barde se tendre, alors que sa main crispée sur la lame apposait une pression plus forte ; une mince entaille qui devait me pousser en quelques craintes plus prononcées. sa seconde main également se refermait sur mon bras avec agacement. Je ne respirais presque plus, redoutant le dénouement de cet échange venimeux. Puis finalement, ce fut l’apothéose : duel était réclamé, duel il y aurait. Si je sentais la prise se relâcher brusquement, me permettant de retrouver une certaine liberté de mouvement, ce n’était que pour mieux retomber dans les bras de la jeune femme qui avait repris conscience quelques temps auparavant.

Je peinais à comprendre la manœuvre : c’était compter sur l’honneur d’un homme qui n’en avait pas, ou simplement sur son arrogance. Je m’attendais sans peine à être traînée en d’autres lieux par ma charmante escorte si les choses venaient à se corser… comment pouvait-il en être autrement ? Je décidais cependant de ne pas leur faciliter la tâche, car les choses devaient exactement en venir à se corser. Je me débattais avec force… plus encore alors que retentissait un cri qui devait être déchirant, et que trop éloquent. Comme je le supposais, je me sentis soudainement tirée en arrière, conviée à suivre un chemin que je n’avais en aucun cas choisi de suivre. Force était cependant de constater que si cette demoiselle tenait réellement à m’emmener à sa suite, elle prendrait sous peu le risque de devoir affronter la Norpalienne… Semblant mesurer l’étendue des risques encourus, alors que le barde s’écroulait, inerte, elle finit par céder, relâchant prise. La fuite paraissait l’issue la plus secourable… Mais pour aller où ? Probablement pas vers ceux dont ils répondaient ! Oh ça non. Mieux valait sans aucun doute se planter un couteau directement dans le cœur, que d’annoncer à qui de droit que la Norpalienne était en vie, et en connaissance de tout ce qu’elle devrait ignorer… C’était un échec. Ainsi partaient-ils en des chemins voués à une existence sans autre but que celui d’une survie qui ne tenait sans aucun doute plus qu’à un fil. Leur vie dépendait dès à présent de celle de la jeune femme… Sans doute n’avaient-ils pas dit leur dernier mot… Mais pour l’heure…

Je me redressais alors que la Norpalienne paraissait se perdre en une nouvelle inconscience. Aussitôt, je me précipitais à son côté. Blancrin paraissait au moins aussi désemparé que je ne l’étais, accordant quelques coups de museau à sa propriétaire. Craignant qu’il ne soit que trop brusque en vue de son état, je le repoussais doucement, l’invitant à prendre quelques pas de distance : ce qui ne parut pas réellement lui convenir. Je lui tenais pourtant tête, mais me devais de bondir en arrière alors qu’il faisait claquer ses sabots au sol.

« Oh allons ! Tu ne m’aides pas ainsi ! »


J’avais haussé la voix, laissant là paraître ma contrariété…. Puis me reprenais aussitôt. Je comprenais ce sentiment qui le poussait en ces agissements, et ne pouvais les lui reprocher. M’adoucissant quelque peu, je passais la paume de ma main sur son encolure.

« Pardonne moi, je sais que tu ne veux que son bien… »


Oui… je conversais avec un cheval. Fait avoué, je tournais les talons, en quête d’un moyen quelconque de venir en aide à ma compagne blessée. Mon attention devait se porter sur la demeure… Tous paraissaient avoir quitté ces terres sans quémander leur reste… Etait-il pour autant raisonnable de pénétrer en ces lieux ? Probablement pas. Mais que faire alors ? Je ne pouvais la hisser sur Blancrin, et simplement prendre la route en espérant tomber tôt ou tard sur quelqu’un susceptible de lui porter secours… Cette partie de la région ne m’était aucunement familière. Nous nous perdrions très probablement. C’était à exclure.

Accroupie à ses côtés, je m’assurais de son état de santé. Son pouls, sa respiration, sa plaie béante… Nous n’avions pas de temps à perdre.

Je n’avais pas assez de forces pour la porter jusqu’à la demeure.


« Blancrin… Je vais avoir besoin de toi… »


Me tournant vers la monture, je la menais jusqu’à ma précédente position…. Ignorant comment mener à bien mes intentions ; un cheval, ce n’était pas un chien. Allez demander à un cheval de se coucher… je puis vous assurer que la chose n’est pas aussi aisée qu’elle y parait. Alors qu’avec un chien… Un morceau de viande séchée, et le tour était joué. Quant au cheval… il n’agissait qu’en confiance. Se coucher était une position délicate, en laquelle il ne pouvait pas fuir… Aussi, je commençais par tenter d’apaiser mes angoisses, inspirant profondément. J’avais bien entendu tenté l’option "veux-tu bien te coucher, là", sans grand succès, évidemment. Sans aucun doute Eva aurait-elle rencontré moins de complications dans l’exercice… Je repensais finalement au chien… La viande… La salle de dîner. N’étions-nous pas sur le point de diner ?

« Restes là je te prie… »


Et précipitamment, je m’esquivais. Poussant la porte de la demeure à la volée, je parcourrais les couloirs à vive allure. Salle de diner, salle de réception, où es-tu… Supposant qu’il ne m’était pas nécessaire de monter à l’étage pour la trouver, j’ouvrais chaque porte sur mon passage. Finalement, je tombais sur une arche de pierre, débouchant sur une vaste pièce. Au centre de celle-ci, une table longue et massive, où reposait une ébauche de repas. Qui avait bien pu préparer tout ceci ? Pourtant, ce n’était pas la table qui devait attirer mon attention, mais un petit meuble contre le mur, ou reposait une panière d’osier, garnie de fruits mûrs. M’emparant d’une pomme – quelle chance ! – puis d’une autre, je m’assurais de leur bon état, et quittais aussitôt les lieux, revenant sur mes pas.

Mon cheminement devait me permettre de mettre au point la meilleure stratégie à adopter. Accordée sur la marche à suivre, je repoussais une nouvelle fois le lourd battant qui me permettait aussitôt de retrouver l’air frais… et de constater non sans une pointe d’agacement que le docile Blancrin s’était finalement et de lui-même reposé aux côtés de sa maîtresse. Je bougonnais contre cette perte de temps, me précipitant à leurs côtés.


« … Je ne saurai oublier ça ! »


Sans plus ample remontrances, je hissais avec autant de prudence qu’il m’était permis ma jeune amie sur la monture. M’installant derrière elle dans l’idée de lui éviter la chute sur ces quelques mètres, je pressais légèrement les flancs de Blancrin, qui, non sans réticence, prenait la direction des hauts murs. Quelques instants à peine, et je reposais pied à terre. Si la porte était imposante, elle ne l’était pas assez pour lui permettre de passer. Il était grand temps de me découvrir une force qui m’était encore inconnue… dans l’intention, tout du moins. La porte s’ouvrit sans que je n’intervienne, dévoilant un personnage à la crinière ondulante. L’archer. Si tous avaient pris la fuite, celui-ci n’avait jamais quitté la demeure. Comment un tel détail avait-il pu m’échapper ? La monture prenant du recul – manquant au passage de faire glisser sa cavalière – j’en faisais autant.

« On se calme. Je ne vous veux aucun mal. »


Mon cœur battait à tout rompre, alors que je haussais les sourcils, prête à m’emparer des lames de ma compagne inconsciente, en désespoir de cause.

« C’est que vous n’êtes pas le premier à m’assurer un tel dévouement. »

« Bien entendu. Exception faite que, moi, je suis sincère. »

« Là encore, vous n’innovez pas. »


Je croisais son regard, et alors que nous nous examinions de la sorte, je le discernais tout compte fait esquissant quelques pas en direction d’Eva. Aussitôt, je m’interposais.

« N’approchez pas ! »

« Ton amie a besoin de soins… maintenant. C’est comme tu l’entends. Soit tu me laisse l’emmener et la soigner, soit tu peux prendre la fuite à ses côtés, et la laisser se vider de son sang. »


Un point, cet homme n’avait pas complètement tort.

« Vous avez tenté de la tuer… »

« Erreur. Moi… je me tenais simplement là-haut. Soit, ton point de vue devait porter à controverse… Mais me croirais-tu si je te disais que vous n’étiez pas ma cible ? »

« Non… »

« C’est bien ce qu’il me semblait. Que dirais-tu de prendre une décision, avant qu’il ne soit trop tard ? »

« Je ne peux pas… Pourquoi devrais-je vous croire ? »

« Parce que tu n’as que peu d’options… Oh, et parce que Ran te salue. »


Et pour une énième fois en cette soirée, j’ouvrais de grands yeux interdits. Tout ceci commençait assurément à me donner le tournis. Je m’écartais cependant, laissant le jeune homme passer. Solidement bâti, il devait s’emparer de mon amie tout comme si elle ne pesait guère plus que pèserait une plume. Bien troublée et estomaquée, je le talonnais de près, intimant à Blancrin de rester non loin ; j’ignorais ce qu’il comprenait de mes propos, mais cela me rassurait quelque peu. Nous pénétrions à nouveau dans la demeure. Je peinais à suivre le rythme, et me devait de trotter légèrement pour ne pas être distancée. Nous parvenions finalement en une petite pièce, apparentée à une chambre. Richement décorée, elle possédait un caractère masculin fort présent, tout en restant parfaitement atypique : par ici, instruments et tenues colorées, de cet autre côté, armures et lames d’acier forgées. Un tableau également prenait place au dessus de la tête de lit ; je ne m’attardais cependant pas dessus.

« Retire les draps, veux-tu… »


Bien que déboussolée, je m’exécutais, repoussant draps et couvertures. Aussitôt, il déposait ici le corps inerte de la Norpalienne, puis tournait aussitôt les talons.

« Où allez-vous ? »

« Chercher de quoi nettoyer et recoudre la plaie… »


Sans que je ne puisse émettre la moindre protestation, il quittait la pièce. Je revenais aussitôt auprès de la jeune femme, m’emparant d’une lame pendue à son côté ; prononcer le nom de Ran n’était pas tout. Si mes actions et mes choix laissaient parfois à désirer, je n’étais pas sotte à ce point… Pas après tout ceci. Je me sentais – me savais, même – responsable de l’état dans lequel se trouvait mon amie, et de mon vivant, les choses n’iraient pas en empirant ! Les secondes s’écoulèrent ainsi, avant que des pas ne retentissent à nouveau dans le couloir. Je resserrais la paume de ma main sur la garde, prête à recevoir quiconque était mal intentionné ; je ne respirais plus, sur le qui-vive. L’angoisse pourtant me tenaillait comme jamais. Quand avais-je pour la dernière fois été aussi déterminée à tuer, s’il était nécessaire ? Jamais. Mais pour l’heure, j’étais prête à faire une exception.

L’homme pourtant revint, parole tenue, les bras chargés d’une bassine et de divers ustensiles que j’examinais non sans laisser quelques marques soucieuses imprégner mon visage. Déposant ces biens sur une petite table proche du lit, j’esquissais un pas en sa direction, tendant le cou.


« Si tu tiens à t’assurer que tout est en ordre, sois rapide… Et range donc cette lame, tu vas blesser quelqu’un ! »


Je lui accordais aussitôt un regard mauvais, assassin, qui ne devait que le faire rire. Pas un rire mauvais… un rire, simple… J’étais parfaitement déstabilisée. Cependant, je ne pouvais en cette heure pas me fier au bon sens de mon amie, et ne comptais dès lors que sur mon instinct quelque peu endormi ces dernières heures. Qu’importe. M’approchant de la bassine, je m’assurais que ce n’était là que de l’eau : ce qui était le cas. Passant en revue aiguille, savon, chiffon… je ne laissais rien au hasard, sentant, touchant, examinant sous tous les angles. Finalement, je me reculais ; rien n’avait attiré mon attention… je cédais, et le laissais désormais à l’œuvre. Pour autant, je ne quittais pas la lame empruntée, prête à intervenir à tout instant.

Les minutes passèrent… Une heure, peut-être ? La tension accompagnant cette veille m’apportait son lot de courbatures. Je ne cédais pourtant pas, jusqu’à ce que, finalement, il ne se redresse, laissant ses mains glisser dans la bassine, dans l’idée d’en retirer le sang qui s’y était accumulé. Lui accordant un regard interrogateur, je m’approchais finalement, prenant sa place : les vêtements autour de la blessure avaient été abimés pour laisse place aux soins ; l’ouvrage paraissait propre… je ne pouvais que capituler.


« Elle va avoir besoin de repos… Sa reprise de conscience risque de s’accompagner de vives douleurs… mais surtout de mécontentement… Tâche de la maintenir immobile un certain temps, malgré tout… Je ne suis pas loin, mieux vaut que je ne traîne pas dans les parages lorsqu’elle ouvrira les yeux. Si tu as besoin de quoique ce soit, tu n’auras qu’à appeler… »


A nouveau, je ne savais que répondre. Conscient de mon trouble, l’homme en vint tout simplement à incliner la tête, récupérer bassine et outils, puis quitta la pièce sans autre forme de procès, me laissant seule à mes théories les plus folles. Finalement, je faisais le tour du lit, et me positionnais face à la porte. M’accroupissant là, je posais ma tête sur le matelas, alors que ma main venait quérir celle de la Norpalienne. Si l’épuisement m’appelait en un sommeil réparateur, je ne répondais aucunement à cet appel. Les yeux grands ouverts, je veillais, m’assurant qu’elle conservait un pouls régulier, patientant jusqu’à ce qu’elle ne revienne à elle. Et tout en agissant de la sorte, je maintenais la lame à portée, guettant le moindre bruit suspect. Rien qui ne devait pourtant m’alerter, au cours des deux prochaines heures.

Je sentais alors un simple soubresaut dans ma main, me redressant aussitôt alors qu’elle paraissait prête à retrouver le chemin de la conscience, qui ne devait sans doute pas arriver sans quelques maux… et nombreuses interrogations. J’étais prête à recevoir et l’un, et l’autre, dans l’espoir de la rassurer au plus tôt et lui éviter trop d'efforts brusques.
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Eva Sombracier
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MessageSujet: Re: Une Aube Nouvelle [Danaelle] Partie 2   Mar 11 Mar 2014 - 21:59




Il y avait longtemps qu'un combat si intense soit-il ne m'avait fait mordre la poussière, bien que dans ce cas-là c’était de la neige. Il y avait des limites à ce que la volonté d'une combattante pouvait faire endurer à son corps, même pour une Norpalienne. Mon état ne m'importait guère puisque j'étais en vie et que Danaelle aussi. Pourtant, je ne vivais pas mon plus agréable réveil, me cramponnant aux draps et serrant la mâchoire alors que de l’eau perlait sur mon front. Je n’étais cependant pas seule puisque je sentais une petite main chaude accrochée à la mienne ; Danae.

J’entendais la voix inquiète de ma protégée qui me répétait de ne pas m’en faire, qu’elle s’occupait de moi, que nous étions en sécurité…Mais il y avait une autre voix qui allait et venait au gré des minutes qui passaient me paraissant des heures alors que ma plaie brûlait ma poitrine. Je ne cessai de gigoter que lorsque je n’eus plus de force pour le faire, sombrant dans un sommeil tourmenté qui tombait toutefois à point, mon corps pouvait en profiter pour récupérer.

J’ouvris les yeux pour constater que le jour était levé, sans pour autant savoir depuis combien de temps je me trouvais là. Là, mais où donc? Après un bref coup d’œil je compris que j’étais allongée dans l’une des chambres de cette damnée maison qui refusait obstinément de me laisser partir. Je replaçai quelques mèches qui me tombaient devant les yeux derrière mon oreille en soupirant.

Je sursautai alors que je vis une tête ainsi qu’un bras qui dépassaient du matelas, je reconnus bien vite mon amie qui s’était apparemment assoupie.  Depuis combien de temps était-elle assise près de moi à attendre que je me réveille ? Sans doute aussi longtemps que je l’aurais fait pour elle en de pareilles circonstances.

«Danaelle ?»

À peine avais-je terminé de prononcer son nom qu’elle se réveillait aussitôt me serrant dans ses bras. Je lâchai un petit cri de douleur malgré moi lorsqu’elle frôla par accident ma blessure. Elle s’excusa à maintes reprises avant de me rendre le sourire que je lui adressais. J’en profitai pour examiner le bandage ainsi que ma plaie elle-même qui semblait avoir été habilement rafistolée. D’un air incrédule je lui posai la question qui faisait accélérer les battements de mon cœur alors que j’envisageais le pire.

« Est-ce toi qui s’est occupée de recoudre ça? Ou bien…»

«Non, c’est moi qui s’en ai chargé, ne vous en déplaise.»

Je me retournai vivement découvrant un homme dont le visage ne m’était pas inconnu sans pour autant être en mesure de ne souvenir de qui il s’agissait. Après ce que nous venions de vivre, j’étais sur mes gardes plus que jamais même si je ne pouvais sortir du lit…Tout compte fait, j’allais prendre le temps d’écouter son histoire, priant pour lui qu’elle soit cohérente. Une fois, pas deux !

« J’imagine que le moment des explications est arrivé, n’est-ce pas? Ce n’est pas la douleur qui m’empêchera de venir m’occuper de vous en cas de doutes! »

Il se contenta de me sourire gentiment en haussant un sourcil comme pour me signifier qu’il n’était pas vraiment effrayé. Cela ne m’empêcha pas de le fixer alors qu’il s’approchait de nous avec un plateau de fruits, de fromage et de pain. Je ne pus résister à l’appel du repas plus que trois secondes, j’étais bien trop affamée. Me jetant sur la nourriture comme une enragée je lui fis signe de tout raconter alors que ma jeune amie semblait heureuse de me voir ainsi affairée à me remplir la panse. J’étais sans aucun doute sur la voie de la guérison, même si la douleur allait persister plusieurs semaines.
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MessageSujet: Re: Une Aube Nouvelle [Danaelle] Partie 2   Mer 12 Mar 2014 - 19:38

Comment lui apporter quelconque secours ? Je me sentais impuissante face à sa détresse. Me cramponnant à sa main, je prenais cependant une décision, alors que ma voix se portait haut, mi tremblante, mi assurée. A peine avais-je prononcé quelques mots, que je le troisième personnage retrouvait sa place dans la scène. Sans un mot, sa main venait se poser sur le front de la jeune femme, fiévreuse. Nulle surprise, pourtant, elle luttait là contre la douleur. J’observais chacun de ses mouvements avec attention. S’il était acquis qu’il paraissait bel et bien lui avoir porté secours, nous n’étions pas à l’abri d’un nouveau et énième revirement de situation.  Mon cœur battait encore la chamade, mêlé d’angoisse pour l’état de santé de mon amie, et d’incertitudes quant aux évènements à venir.

« Ne t’en fais pas… Cela ira. »


Je hochais doucement la tête, portant à nouveau mon attention sur la Norpalienne qui paraissait s’apaiser. La sachant revenue en cette inconscience qui menait au pays des songes, je m’accroupissais à nouveau à son chevet. Mes doigts venaient se resserrer en douceur sur sa main. A son tour impuissant face à ma détresse, et sans doute en conscience qu’il serait peine perdue de chercher à me mener au repos, je discernais en périphérie le jeune homme prendre décision de s’installer sur une chaise qui devait grincer à son assise. Je lui accordais une brève marque d’attention, avant de reposer ma joue contre le matelas.

Les minutes passèrent ainsi, sans que le moindre mot ne soit échangé. Trop troublée pour m’exprimer, trop éreintée… Je me laissais doucement bercer par la respiration maintenant régulière de ma compagne. Après les minutes, les heures passèrent… Et après la pénombre, une aube nouvelle. J’étais transportée par la lumière du soleil levant, me perdant en ce spectacle qui paraissait par la fenêtre entrouverte. Et alors que les rayons du matin parvenaient jusqu’à nous, je m’assoupissais.

Une heure à peine… peut être moins…

Un mouvement… un nom… Le mien. Je bondissais sur mes jambes, et d’une grande maladresse, je venais à sa rencontre, provoquant un cri de douleur qui me poussait aussitôt au retrait.


« Je… pardonne moi… Je suis heureuse de te savoir éveillée… »


Un sourire pourtant, et je répondais en écho, rassurée. Le questionnement qui, pourtant, devait se présenter, me ramena instamment en une expression plus neutre. Je ne devais cependant pas avoir le temps de répondre, car voici que le musicien… le guérisseur… ou que savais-je tout compte fait de sa nomination, prenait la parole. Un échange prompt, ponctué de quelques mises en garde et finalement accompagné d’un repas qui ne devait pas se faire prier outre mesure. Une pomme tendue à mon intention, je m’en emparais et, d’un remerciement discret, je croquais dedans. La tension retombée, remontaient la faim, le sommeil… Je m’adossais contre le mur. Prenant bonne note de l’appétit débordant de mon amie – ce qui était bon signe en soit – je souriais, avant de n’en revenir à celui qui, désormais, reprenait place en sa chaise, quittée quelques temps plus tôt pour aller quérir les mets dont nous nous délections.

J’étais moi-même curieuse…


« Bien... Commençons par le commencement. J’étais un homme sans histoires. J’avais une maison… une femme… et même un garçon. Ran et moi avions grandi ensemble… complices dans les bons, comme dans les mauvais moments. Frère de sang, Soan n’avait que deux ans de moins que nous. Jeunes, nous passions beaucoup de temps à lui causer nombreux soucis…  Pour autant, il nous restait dévoué… Admirant nos pires larcins comme qui admirerait quelconque divinité. Nous étions deux modèles à ses yeux… piètres modèles. Les années passant, nous avons admis sa cause et reconnus nos erreurs… De cette prise de conscience naissait une… fratrie recomposée et soudée. Aussi, lorsque ton père est venu à Ran pour quémander son aide, nous nous sommes tous deux portés volontaires pour aller à sa suite. Nous ignorions alors où nous mènerait cette mission. »


Un index pointé en ma direction, il poursuivait d’une voix monocorde.

« Toi. Nous devions te retrouver, toi. Recrutant trois autres compagnons de route, nous avons mis un certain temps à retrouver ta trace… je dois admette à ce jour que le hasard nous a grandement aidé. Tu étais prostrée dans une cellule, et Ran t’a prise en charge aussitôt. Sur place, nous n’avons rencontré que peu de résistance… C’est curieux, non ? »


Se redressant désormais, il esquissait quelques pas en direction de la fenêtre. L’air du matin était frais, le ciel pourtant chargé.

« Je n’ai pas souvenir de vous… »

« Ce n’est pas étonnant, tu étais en un piètre état… ne répondant qu’aux recommandations de Ran… et encore... Nous t’avons ramenée comme convenu à Varak, sans autre questionnement. Notre contrat était arrivé à son terme, le marché conclu. De l’or contre une vie. Je suis moi-même retourné auprès de ma femme. Soan devait passer cette nuit à nos côtés. Nous habitions en une demeure modeste – réellement modeste – en périphérie. Alors que la nuit promettait quelques retrouvailles bienvenues, nous avons été attaqués. Ma femme s’en est sortie indemne, mais mon garçon et Soan… »


Les mots parurent lui manquer, alors que je baissais les yeux en un certain malaise. Un lourd silence prenait ainsi le pas.

« Je ne comprenais pas pourquoi. Pourquoi nous, pourquoi maintenant ? Ran m’apprenait le lendemain que sa femme avait perdu la vie dans un incendie, dont il avait miraculeusement réchappé. Les jours passant, nous découvrions que chacun des 3 membres restants de notre expédition avaient perdu la vie en de tragiques accidents. Nous étions les seuls à avoir échappé à ce massacre. Le rapprochement ne devait pas tarder à poindre… »


A nouveau, il se retournait vers moi. Que n’aurai-je pas donné en cet instant pour me trouver en tout autre endroit ! J’encaissais pourtant cette histoire, non sans heurt.

« Retrouver l’homme qui nous avait menés en une mission suicide – ton père – relevait de l’évidence. La haine menait nos pas, je dois l’admettre… Nous réclamions alors vengeance, et par-dessus tout, des réponses… Mais nous ne sommes jamais parvenus à lui mettre la main dessus… Paraissant s’être tout bonnement… Envolé. Nul ne paraissait le connaître, ou l’avoir jamais croisé… Le temps passant et l’échec accentuant notre dévouement, nous avons alors opté pour une approche autre… Nous sommes tombés un beau jour sur Faren. Fanatique excentrique et bavard… Encore une fois, le hasard devait jouer en notre faveur, car quelques verres et une soirée plus tard, ton nom était prononcé pour la première fois. Bien tôt, nous convenions que je serais le plus apte à me prêter en quelque rôle d’acteur, et qu’ainsi, peut être nous parviendrions à remettre un peu d’ordre dans ce chaos. La tâche devait être plus aisée que je ne l’avais redoutée… Et le temps passant, je commençais à comprendre certaines choses… Alors que d’autres me restaient obscures… Lorsque tu es apparue pour la première fois, je ne comprenais pas encore ton implication dans tout ceci… Puis les morceaux se sont assemblés, alors que nous allions à ta suite… Nous n’étions pas les seuls. L’impatience commençait à se faire sentir… J’ai alors su que mon rôle ne se résumerait sans doute pas à celui d’observateur. Puis vous êtes arrivée, vous. »


Cette fois-ci, il pointait son index sur Eva.

« La fouineuse, disaient-ils. Vous paraissiez porter leur curiosité autant que leur agacement. C’est alors qu’ils ont eu l’idée des… bardes, de la mise en scène à l’auberge… cela aurait peut-être pu fonctionner, si vous n’étiez pas si… soupçonneuse. Je ne suis malheureusement pas en connaissance de tous les détails… Faren commençait à avoir quelques doutes à mon propos, aussi a-t-il cessé de se confier à moi peu de temps après ma venue. Je ne sais encore ce qui l’a poussé à me garder à ses côté malgré tant de défiance. »


Ainsi nous parvenions en un aboutissement certain à cette histoire. Des réponses qui ne pouvaient que mener en d’autres questionnements. Nous n’avions que peu d’éléments susceptibles de corroborer son histoire, pour autant, il paraissait sincère – mais n’avait-il pas lui-même assuré être bon acteur ?


« Mon récit est-il à votre convenance, ou dois-je encore prendre garde à votre tête ? »


Esquissant un sourire mince, il scellait la fenêtre de la chambre avant que celle-ci ne claque sur un courant d’air. Puis, paraissant soudainement las, il revenait prendre place, son menton se posant dans la paume de sa main.


« Vous êtes bien entendu libres de quitter ces lieux. Je pense cependant que vous ne sauriez trouver moment plus propice pour prendre du repos… et mettre les choses au clair. Oh ! Soit dit en passant... Je me nomme Aron. »




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Eva Sombracier
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MessageSujet: Re: Une Aube Nouvelle [Danaelle] Partie 2   Jeu 13 Mar 2014 - 23:13


« Nous verrons » avais-je simplement répondu histoire qu’il demeure sur ses gardes.

J’étais consciente que nous ne pouvions nous amuser à refuser les alliés potentiels mais je n’allais tout de même pas accorder ma confiance si facilement, surtout après ce que nous venions à peine de vivre ! Et puis, je n’étais pas seule,  ma jolie Danaelle semblait avoir tout le fichu Continent sur les bras!

Après avoir pratiquement vidé le contenu du plateau doré, je voulu relever mon oreiller afin de m’y adosser mais la douleur fut là pour me rappeler que j’étais contrainte de demander de l’aide pour beaucoup de choses désormais et ma fierté en prenait un coup. Cependant j’acceptai timidement l’aide de mon amie qui se leva pour venir ajuster elle-même ledit coussin en prenant soin d’user de sa délicatesse afin de m’en approcher. Je grimaçai mais sans plus puis je lui souris.

«C’est gentil, merci»

Les évènements l’avaient obligée à endosser le rôle d’une protectrice à mon égard et je priais Revoran que son tour de garde se déroule sans complication. Je n’avais pas non plus l’intention de rester cloîtrée sans bouger pour les ères à venir, la suite des choses n’était pas très claire pour moi mais notre quête ne pouvait attendre. Nous ignorions l’étendue du complot orchestré et combien d’hommes et de femmes fanatiques étaient aux trousses de ma complice et de ce fameux Tebryn, son insaisissable papa…

« N’ayant pas vraiment le choix pour l’heure, Aron, nous allons rester ici deux ou trois jours pas plus. Inutile d’ajouter que la confiance se gagne alors ne vous attendez pas à recevoir un flot constant d’éloges  et de remerciements de ma part. Pourtant, qu’elles que soient vos raisons, je vous dois sans doute le peu de sang qu’il me reste alors, merci.

Quant à vous,  je suis curieuse, quels sont donc vos projets maintenant? »

Nous discutâmes quelques minutes suite à quoi je ressentis le besoin de me reposer de nouveau alors Aron nous laissa seules.

« J’apprécie du fond du cœur ton dévouement, mais tu dois te reposer dans un lit digne de ce nom et pas sur le plancher près du mien…Ça va aller. D’ici deux jours je pourrai chevaucher de nouveau si tout se passe bien alors tu ferais mieux de nous trouver une nouvelle destination. Cet Aron doit sans doute être en mesure de te dire où nous sommes, enfin je l’espère, et peut-être possède-t-il une carte?! »

Je repris sur un ton moins enthousiasme, moins blagueur. J’avais peur de la blesser et qu’elle ne s’assombrisse de nouveau.

« Aujourd’hui plus que jamais je me rend compte qu’il y a très peu de chance que tu puisses retrouver une vie normale si les dégénérés qui nous suivent ne finissent pas par obtenir ce qu’ils veulent, et encore…Nous devons retrouver ton père, qu’il t’apporte des réponses et peut-être aussi une solution…

Sans quoi nous n’aurons d’autres choix que de venir à bout de chaque membre de cette débile de communauté qui vous traque. Je suis prête à le faire, sérieusement, tu mérites que quelqu’un se batte pour toi, avec toi. Si ce n’est de moi, qui le fera? Bref, je dois me reposer mais dès que possible je m’attèle à la tâche ne sois pas inquiète. Si jamais notre gaillard te fais des misères appelle-moi d’accord?»


J’avais hâte qu’elle quitte puisque la douleur devenait insupportable. Elle me donna un coup de main pour que je me couche et s’en alla, refermant la porte derrière elle. J’agrippai la couverture et y planta mes dents pour retenir un cri et étouffer la souffrance. Des larmes coulaient et j’ignorais s’il s’agissait de ma blessure de la veille ou de celles que le temps avait habilement enfouies…
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MessageSujet: Re: Une Aube Nouvelle [Danaelle] Partie 2   Mer 19 Mar 2014 - 18:21

La jeune femme paraissait encaisser sans piper mot la douleur lancinante. Nous n’étions pour autant pas dupes, et les mimiques qui passaient par à-coups sur ses traits laissaient présager le duel qui se jouait en son for intérieur. Duel qui  ne s’exprimerait que lorsque nous aurions quitté cette pièce. Nous ne devions nous attarder.

Alors qu’Aron avait pris congé depuis maintenant quelques instants, je lui souriais doucement tandis qu’elle me remerciait… m’assurer qu’elle se trouve à son aise était bien la moindre des choses ; aussi, je m’y attelais avec grand soin et munie de toute la douceur dont je disposais sur l’instant.


« Je me renseignerai auprès d’Aron… oui. »


J’avais répondu d’un ton distant, bien qu’assuré. Pour l’heure néanmoins, je m’inquiétais bien davantage de son rétablissement, que de trouver une quelconque carte de ces lieux, aussi importante et nécessaire devait être cette tâche. Puis à nouveau, elle m’assurait son soutien. Un soutien précieux, qui pourtant me causait tout autant de tourments : si je ne regrettais aucunement sa présence à mes côtés, je regrettais en revanche amèrement la situation dans laquelle cela la mettait. Pire encore en cet instant, où elle avait bel et bien failli perdre la vie. Je doutais cependant être en mesure de la convaincre de changer ses plans, et rentrer sereinement à ses propres préoccupations… Je lui en étais pourtant reconnaissante… plus que je ne l’avais sans doute jamais été. Aussi, je l’exprimais de la sorte.

« Je te remercie… peu sont ceux qui après tant de mésaventures, marcheraient encore à mes côtés… N’as-tu pas pris un mauvais coup sur la tête ? »


A nouveau, je lui souriais, achevant la conversation en cette plaisanterie légère. Je n’étais pas d’humeur bienheureuse, mais je ne tenais pas à laisser transparaître mon angoisse plus que de raison.


« Reposes-toi… Je ne serai pas bien loin, si tu as besoin de quoi que ce soit…. »


Je quittais la pièce, consciente du malaise de la Norpalienne. Quelques minutes durant, je restais adossée contre la porte scellée sur mon passage, captant quelques gémissements de douleur. Ne sachant me résoudre à la laisser seule ainsi, sans pour autant être désireuse de la contraindre à masquer sa peine plus longtemps, je me laissais glisser à terre, désormais accroupie alors que ma tête se reposait sur mes bras, eux même croisés sur mes genoux ; position peu confortable et annonciatrice de quelques courbatures, mais c’était cela, ou rien.  Je perdais toute notion du temps, alors que les minutes passaient en un rythme effréné. Finalement, quelques pas vinrent à raisonner dans le couloir.

Je me redressais quelque peu pour revenir au jeune homme qui avait pris grand soin de ma compagne de misère : Aron. Un nom curieux, peu commun et à la résonnance plutôt sèche. Qu’importe, car c’était avec grande délicatesse qu’il vint à me tendre la main. M’attardant un instant en quelque examen, je prenais cependant son aide en considération, retrouvant aussitôt mes appuis en un gémissement sourd : je devais avoir campé cette position plus longuement que je ne l’avais cru.


« N’avez-vous donc rien pour apaiser sa peine ? »


Mon regard trahissait tant une grande angoisse, qu’une grande peine face à cette situation hors de contrôle. Consternée, j’encaissais la négative. Le temps ferait ouvrage. Mais combien de temps avions nous ? Combien de temps avant qu’une nouvelle misère ne nous tombe sur le bout du nez ? Combien de temps avant une nouvelle fuite précipitée ? Je ne savais plus ou aller, ni quelle attitude adopter. J’étais purement et simplement désemparée. Perdue face à cette succession d’évènements qui, bien que pouvant passer pour communs dans mon quotidien, s’étaient tant et si bien enchaînés ici que je peinais à remettre de l’ordre en tout ceci. Plus rien ne collait, plus rien ne me paraissait suivre quelconque logique.

Comment mon père pouvait-il rester caché, alors que tant perdaient la vie chaque jour ? N’étais-je point sa fille, celle qui avait partagé tant d’années de sa vie ? Me laisserait-il mourir ainsi, loin de tout et de tous, sans autre mesure, sans un pourquoi ?

Plus le temps passait, et plus je doutais de mon réel ennemi. Qu’était ce père, qui pour sauver sa vie, s’accordait sur la perte de ceux qu’il avait un jour pu assurer aimer ? M’avait-il seulement assez aimé, pour me laisser en cette nuit seule et désarmée, livrée à un destin que j’aurai troqué contre tout autre… Ou cela me mènerait-il ?


« Cesse donc de te tourmenter. Le jour viendra où les réponses à tes questions prendront leur place dans ta vie. »

« Faut-il encore que je sois en vie ce jour-là ! »


Mon ton avait été plus sec que je ne l’avais prévu. Je baissais aussitôt les yeux, embarrassée par mon emportement soudain et inopportun. Aron nous avait probablement sauvé la vie… ou tout du moins avait-il sauvé la vie d’Eva, qui elle-même n’avait de cesse que de sauver la mienne… Tant de personnes prises en une spirale qu'elles devraient méconnaître. Et moi, impuissante.

Je posais mon regard sur la lame qui pendait aux côtés d’Aron. L’acier reluisait, le tranchant de l’arme paraissait prêt à mettre à mal quiconque se dresserait en opposant. Alors seulement, je m’attardais sur l’homme : sa peau luisait de sueur, ses vêtements amples paraissaient lui permettre de se mouvoir avec aisance. A bas la tenue de guerre et l’armure lourde présentement exposée dans la chambre ou reposait la Norpalienne. Captant mon intérêt soudain, il se mit à secouer doucement la tête, alors que je relevais moi-même sur lui un regard assuré et malin.

« Oh non ! C’est hors de question ! »

« Je vous en prie ! Vous savez que tôt ou tard, vous ou même Eva… Vous savez que ce jour-là, personne ne sera là… Plutôt mourir que de retourner derrière ces barreaux sans me battre ! »

« Tu sais à peine tenir une lame… »

« Alors apprenez-moi ! »


Je discernais sur son visage autant de surprise que d’indécision. Une bonne chose : l’absence de décision laissait encore place à l’espoir. Eva m’avait d’ores et déjà assuré une certaine initiation… Ce n’était que prendre un peu d’avance sur son propre entraînement. J’avais pris la décision de ne plus rester les bras croisés, à attendre que le poisson ne morde à l’hameçon. Le temps était venu de prendre les choses sous un autre angle… et soudainement, je me pris à sourire. Ce n’était pas l’idée de tuer qui me ravissait… bien au contraire, cela me rebutait au plus haut point, et en arriver à ce stade relèverait probablement soit de la survie pure et simple, soit de l’accident. J’aspirais simplement à apporter ma contribution en ma propre survie, et en celle de ceux qui m’entouraient. Celle d’Eva. Car je devais reconnaître que ma jeune amie ne serait pas en cet état si j’avais été en mesure de lui venir en aide d’une manière ou d’une autre.

« Nous verrons cela demain… Tu dois d’abord manger, et te reposer. »


Et aussitôt, je souriais.

« Ne te réjouis pas trop vite ! Je ne t’ai pas encore dit oui. »


Mais il ne m’avait clairement pas dit non. Je considérais cependant la chose plus raisonnable de ne pas en parler à Eva, qui devrait se reposer encore un temps. Aron me tournait alors le dos, m’invitant à le suivre d’un mouvement simple de la main. Sans un mot, assuré de cette première victoire, j’allais donc à sa suite. Nous allions d’un couloir à l’autre, d’un pas modéré et calme. Je prenais enfin le temps d’observer les lieux sans crainte : les couloirs se ressemblaient tous plus ou moins… de quoi se perdre à la moindre inattention.  Aucune distinction de décors, de couleur… Pas même une boiserie ne paraissait se dissocier des autres. Bien tôt cependant, je discernais l’arche en pierre que j’avais passée quelques temps plus tôt, et au centre d’un large espace, une table ou se dressait quelques mets. Aron prit place, je l’imitais aussitôt : j’avais assurément très faim, la pomme précédemment avalée ne comblant pas ces heures de jeun. Nous nous servions l’un, l’autre, sans un mot. Soudain pourtant, je me décidais à briser le silence, repensant aux conseils de ma compagne que j’espérais désormais endormie.  Je devais en apprendre plus… posant couverts et renonçant momentanément à mon diner, je me lançais alors.

« Que comptez-vous faire, maintenant que Faren est… mort ? »


Mâchant un morceau de viande un peu sec, il mit un certain temps avant de répondre.

« Eh bien, je suppose qu’il n’est plus nécessaire de jouer la comédie. Que cela reste entre nous : manier le verbe restait bien plus amusant que manier l’épée. Prends en bien note. »


Je souriais face à l’allusion qui répondait à ma demande d’entraînement.

« Lorsque toi et ton amie seraient en mesure de reprendre la route, je m’en irai moi-même de cet endroit de malheur. Ran sera sans doute heureux d’apprendre que nous nous sommes croisés. Tu me sembles être entre de bonnes mains… Est-ce pour autant raisonnable ? Tu ne devrais pas porter tant d’espoirs à retrouver ton père… »

« Que savez-vous de mon père ? »

« Oh peu de choses… Seulement que courir à sa suite ne mène qu’à quelques ennuis, et tu me sembles en avoir bien assez sur le dos. »


Je perdais tout sourire, alors que je songeais à ses propos. Simple écho à ce qui me paraissait dès à présent acquis. Devais-je pour autant renoncer ? C’était hors de question. Pas après tout ceci. Ces gens ne pouvaient être morts en vain…. Je ne pouvais simplement espérer fermer les yeux, et croire que tout allait aller pour le mieux. Je n’étais pas naïve à ce point.


« Je ne peux faire marche arrière… mais je ne sais comment aller de l’avant. Où chercher… »

« Chercher à retrouver ton père… c’est… chercher à courir après ton ombre et à t’en saisir. Sois assurée que nous avons bien tenté de mettre la main dessus… Mais il parait tout simplement n’avoir jamais existé. »

« Vous avez devant vous la preuve vivante de son existence avérée. »

« Comment le nier ! Une preuve peu commune… »


Son indexe se pointait tantôt en direction de mes iris, tantôt vers mes lèvres scellées où se dissimulaient habilement ces deux petites canines, hérités d’un sang inhumain. Et alors que je m’empourprais quelque peu, je reportais toute mon attention sur mon assiette, tout comme si celle-ci présentait tout à coup un intérêt extraordinaire ! J’étais surtout et par-dessus tout embarrassée par ce rappel à ces marques qui faisaient de moi celle qui n’était « pas vraiment humaine ». Ressentant mon malaise, il vint s’emparer de ma main, dans l’espoir d’attirer mon attention. Sans sous-entendu, simple mouvement empreint de bienveillance alors que sa voix se voulait posée et sereine.

« Je te demande pardon, je ne voulais pas te mettre mal à l’aise. Tu devrais aller prendre du repos… Demain, nous te chercherons une lame adaptée… Nous étudierons également les alentours, et les pistes potentielles. Je ne peux malheureusement pas t’avancer outre mesure dans tes recherches… Nous confronterons nos connaissances, et peut être parviendrons nous à quelque chose digne d’intérêt… Je vais te montrer ta chambre… Tu pourras dormir près de ton amie, je m’assurerai de votre sécurité en cette nuit. »


Sur ces quelques paroles, il se redressait alors. A nouveau, je me redressais à sa suite et alors que nous retournions en ces couloirs interminables, je reconnaissais la pièce où reposait mon amie. L’entrebâillant, je m’assurais de son état de santé. Rassurée, je laissais la porte se sceller à nouveau, alors que nous pénétrions quelques secondes plus tard en une autre pièce, plus modestement décorée. Curieusement, l’atmosphère qui s’en ressortait paraissait bien plus féminine : les draps dérangés respiraient pourtant la fraîcheur. Des fleurs étaient posées à l’encadrement de la fenêtre, bien que séchées. Elles en conservaient cependant un certain charme. Une robe paraissait par l’ouverture d’un meuble richement décoré de dorures et ouvrages délicats ; nombreux vêtements se tenaient probablement là.

Je ne m’attardais pas plus amplement sur ce décor. Saluant et remerciant notre hôte – ce dernier tournant aussitôt les talons, je laissais la porte donnant sur celle de ma compagne ouverte, et me laissais choir sur le matelas ferme et moelleux à la fois. Fixant la porte voisine encore un moment, je finissais par sombrer dans l’inconscience. Un sommeil mouvementé.




Je ne dormais que quelques heures. Trois, tout au plus. Alors réveillée, je tournais et me retournais encore sur ma couche. Finalement, je prenais la décision de me lever. La demeure était plongée en une pénombre peu rassurante ; je parvenais cependant à m’orienter sans grande peine, car désormais, je parcourrais les couloirs. Je ne cherchais rien en particulier… mais allais toujours plus avant en ce parcours vicieux. En tout premier lieu, je prenais note de chaque détour. Finalement, découragée, je me contentais d’aller, sans plus porter réelle attention au chemin emprunté. Une faute en soit, mais il serait grand temps d’y remédier. La nuit était encore longue.

Là ou ailleurs, je tentais d’ouvrir une porte, et constatais que nombreuses étaient closes. Ce n’était en soit pas une réelle violation de domicile… qu’importe, par ailleurs ? Faren n’était plus, si tant est que cette demeure était réellement la sienne. Probablement l’avait-il acquise par la force… Je décidais de continuer mon exploration sans outre problème de conscience.

Je débouchais finalement sur une porte qui devait attirer mon attention plus que toute autre. Repoussant le lourd battant, je découvrais un escalier qui menait dans les profondeurs de la terre. Je reculais d’un pas, alors qu’une odeur curieuse parvenait brusquement à moi. Prise de nausées, je marquais une certaine hésitation. Ma curiosité pourtant ne devait pas tarder à prendre le pas sur la raison et le malaise. Quelques pas, et j’entamais la descente. Une source devait se tenir non loin, car je cru reconnaître le son de l’eau qui s’écoule d’une roche quelconque, goutte à goutte. Je plissais les yeux, car la pénombre était plus présente encore à mesure où je progressais. J’ignorais combien de marche avais-je descendues avant de ne parvenir sur un sol humide et boueux. Je ne discernais tout d’abord rien, et me guidais à ce son léger qui m’avait accueillie. L’odeur parvenue au sommet des marches était ici plus présente, intenable. Je ne parvenais à en discerner la cause, mais me devais de prendre une pause.

Reprenant quelques instants après ma route, je marchais encore une dizaine de minutes peut être, avant de trébucher. Le « flop, flop » incessant paraissait désormais à portée. Je tournais la tête, de droite à gauche, tentant de percer ces ombres opaques et oppressantes. Tâtonnant, je rencontrais sous mes doigts quelques matières curieuses, et formes peu communes… soudain, je m’immobilisais. Tétanisée. Tentant de me redresser, je faisais rouler quelque chose sous mon pieds, provoquant à mon insu un enchaînement qui devait mener ma terreur à son apogée : un fracas sonore, nombreux éléments tombant les uns après les autres, de plus en plus proche, jusqu’à venir à ma rencontre… Je laissais un cri m’échapper, alors qu’un poids me repoussait à terre. Voir ce qui n’aurait pas dû être vu…

C’était une mauvaise idée… Qui avait jamais eu comme bonne idée d’aller se perdre en quelques souterrains… Ne disait-on pas que la curiosité était un vilain défaut ?

Je restais immobile quelques instants, alors que peu à peu, le vacarme s’assourdissait, jusqu’à ne plus être. Ce poids pourtant restait sur mes épaules, et je n’osais plus esquisser le moindre mouvement. Les minutes parurent alors des heures… jusqu’à ce que des bras ne s’emparent de mon corps inerte, m’extirpant à cette terreur nocturne. Je me recroquevillais en cette étreinte, sans chercher à en connaître l’origine. Je tremblais de toute part. Nous allions, alors que je fermais désormais les yeux, me laissant porter en d’autres pièces, au rythme des pas de celui que je devais découvrir plus tard comme étant Aron. A nouveau, je ne devais plus avoir ni conscience du temps, ni de l’espace.

Finalement déposée en douceur en cette couche que j’avais par malheur quitté plus tôt, je me laissais retomber sur l’oreiller, prise de sanglots. Une main passait dans mes cheveux, alors que quelques mots m’étaient chuchotés. Je ne les entendais pas. Je sombrais bien tôt dans l’inconscience.





C’était l’aube. Je m’éveillais en sursaut, quittant promptement ces draps épais. J’oubliais un instant mon escapade nocturne, que j’assimilais naturellement à un mauvais rêve certain. Cela ne pouvait être qu’un mauvais rêve. Quelques courbatures pourtant, et des bleus dont je ne devais pas immédiatement prendre conscience. Pour l’heure, j’allais frapper à la chambre voisine.

« Eva ? »


Repoussant doucement la porte, je discernais la jeune femme éveillée. Encore pâle, mais bien consciente. Une conversation parut se suspendre alors que je passais l’encadrement de la porte. Là, je trouvais Aron, adossé contre un mur de la pièce. Après un coup d’œil réprobateur que je ne comprenais évidemment pas – encore dans l’idée du simple mauvais rêve – je recevais finalement un sourire en guise d’accueil. Je répondais en écho, avant de venir vers la Norpalienne, curieuse de connaître le contenu de leur échange… mais par-dessus tout, curieuse de connaître son état de santé.

« Comment te sens-tu ce matin ? »
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MessageSujet: Re: Une Aube Nouvelle [Danaelle] Partie 2   Jeu 20 Mar 2014 - 15:20

Les minutes passaient, peut-être les heures, sans doute, je ne savais plus. De longs rideaux pourpres aux motifs floraux m’empêchaient de présumer du moment de la journée, ou de la nuit, j’étais de plus en plus confuse. La douleur martelait mon crâne et assaillait jusqu’à mon petit orteil, la fièvre était revenue en force s’abreuvant de l’énergie qui me restait. Je voulu appeler Danaelle mais j’arrivais à peine à bouger, je ne distinguais plus que des ombres floues et ma bouche ne pouvait plus émettre un seul son. Ce retournement de situation me fit paniquer au point d’en perdre conscience. Je priais, priais pour avoir la force de me réveiller,  ce sort n’était pas le mien ! Elle avait besoin d’être protégée tout comme j’avais besoin de son amitié. Je refusais, j’implorais, je n’allais point capituler.

[…]

L’air était frais, je me sentais apaisée. Des souvenirs et des visages amicaux défilaient tout autour de moi alors que se profilait une lumière chatoyante par-delà l’horizon. J’étais irrémédiablement attirée par elle, tout comme par ce paysage parsemé de montagnes enneigées qui me rappelaient les landes gelées où j’avais grandi. Une chaleur feutrée me gagnait lentement à mesure que je m’approchais de cette aube nouvelle aux lueurs réconfortantes.

Je n’étais plus qu’un voile de songes voguant vers le soleil d’un rêve qui n’en était plus un. Soudainement la lumière m’enveloppa et la chaleur se concentra sur ma blessure. Des flots de murmures incompréhensibles voletaient autour de moi alors que le rayonnement s’intensifiait au point de m’aveugler. Je me recroquevillai alors, apeurée, dépassée. Soudain tout s’arrêta.

Eva...

Je me réveillai en sursaut, le cœur battant, alors que résonnait encore l’écho de cette voix spectrale qui avait prononcé mon nom…Je découvris Aron debout près de moi la bouche entrouverte et les yeux humides. Il me regardait puis regardait en direction de ma plaie. Mon souffle s’accéléra lorsque je dirigeai doucement ma main vers le pansement. Je le retirai avec soin avant de glisser mes doigts sur ma blessure, mais il n’y avait rien, rien que ma stupéfaction.

« Qu’est-ce que…Aron, je…Il n’y a plus rien, je ne sens rien, plus de douleur, enfin presque. Regarde!!»

J’étais sidérée, mon corps ne conservait qu’une cicatrice rosée de ma débâcle de la veille, c’était tout bonnement impossible. L’homme se précipita vers moi pour finalement me confirmer d’un sourire que je n’étais pas cinglée. Je ne le connaissais pas mais le soulagement que je ressenti alors me poussa à le serrer dans mes bras. Je pleurai de joie accompagnant le tout d’un rire nerveux. Il vint s’asseoir près de moi.

« Mademoiselle, on m’avait vanté l’endurance des Norpaliens mais cela dépasse grandement ce que j’avais imaginé ! Je crois plutôt que c’est votre entêtement qui vous a ramené à la vie, je m’en veux d’avoir jugé si hâtivement votre fort caractère. »

Il rigolait, mais pas moi.

«Attendez, ‘’ramené à la vie’’, de quoi parlez-vous?»

Plantant son regard dans le mien, sa béatitude disparue aussitôt.

«Mais vous étiez…Morte. Ce sont vos faibles cris qui m’ont alertés, j’ai accouru et quelques instants plus tard la fièvre vous emportait, j’ai assisté à votre dernier souffle, je…Je ne sais que dire!»

Je fixai le vide à la recherche d’une explication, en vain. Une force supérieure avait jugé bon de me donner une seconde chance, en étais-je au moins digne? Jamais je n’avais entendu parler d’un tel miracle, il ne pouvait s’agir que d’un acte divin, même la plus puissante des magies ne pouvait accomplir une telle intervention. Je relevai la tête jusqu’à contempler le plafond puis j’envoyai mes remerciements les plus humbles à qui voulut bien les recevoir. Essuyant mes larmes j’en revins à mon soigneur.

« Avouez que vous ne vous attendiez pas à ça hein? Sachez que j'ai plus d'un tour dans mon sac, cher monsieur, ne vous en déplaise. J'espère que vous allez vous donner la peine d'en faire un poème.»

Je lui lançai un regard taquin accompagné d'un bref sourire amusé. Nous entreprîmes par la suite une longue conversation à l’issue de laquelle nous nous connaissions un peu mieux. J’avais cessé de le menacer mais je n’avais pas pour autant baissé ma garde.

[…]

Une heure ou deux plus tard, la chambre baignait dans la lumière du soleil levant alors que Danaelle vint nous rejoindre. Elle avait le teint plutôt pâle mais Aron m’avait appris qu’elle avait préféré une balade nocturne au lieu d’un lit douillet alors je ne dis rien.

« Comment te sens-tu ce matin ? »

Notre nouvel allié et moi avions souris en cœur lorsqu’elle avait posé la question.

«En fait, je me sens plutôt vivante. Si on considère ma récente résurrection et la guérison quasi totale de ma blessure, je vais très bien.»

Elle crut au départ que je blaguais mais je vis rapidement son visage devenir interrogateur alors qu’elle n’y trouvait aucun sens. Aron s’occupa de lui expliquer la situation et je lui montrai ma plaie refermée pour supporter ses dires. Elle se précipita elle aussi pour constatai avec surprise que c’était bien la vérité. Elle se contenta de me serrer dans ses bras puisqu’il n’y avait rien de logique à ajouter. Une fois l’évènement assimilé, nous nous rendîmes tous les trois dans la salle à dîner où mon amie et notre acolyte échangèrent quelques coups d’épées après un copieux repas.

Elle s’en sortait pas mal et agissait avec fougue et rapidité, son potentiel était certain. Une lame de plus ne serait pas de refus même si l'idée de la voir prendre les armes ne me plaisait guère je devais me faire une raison. La jeune femme aux dents pointues proposa alors de mettre nos idées et notre savoir en commun afin d’échafauder un plan digne de ce nom pour la suite. Ce fut assez long mais combien fructueux. Une fois tous mis d’accord, nous préparâmes nos bagages avant de se rendre aux écuries où nos chemins allaient se séparer. Nous entamions la suite armées d'une détermination non feinte et d'un espoir nouveau.
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MessageSujet: Re: Une Aube Nouvelle [Danaelle] Partie 2   Ven 21 Mar 2014 - 18:04

Résurrection ? Guérison ? Pâlissant tout d’abord, je parcourrais tout compte fait en hâte les quelques pas qui me séparaient encore de la Norpalienne. Si Aron prit la parole, je ne parvenais à me concentrer sur ses propos. Résurrection. Ce mot n’avait aucun sens. La résurrection reposait sur une mort première. Or, elle n’était pas morte. Cela ne se pouvait. Mon pouls allait en s’accélérant alors que je tentais de donner un sens à tout ceci. Consciente, sans admettre. Finalement, j’observais sa plaie… qui n’était plus que mauvais souvenir. J’ouvrais de grands yeux, ébahis ; nul mot n’aurait su m’expliquer un tel phénomène.

Les miracles. Les dieux. Ces notions n’étaient pour moi qu’une résultante de l’espoir des hommes, nécessaire à une survie en ce monde aux multiples facettes. Je ne m’accordais personnellement en aucune croyance… plus à ce jour, tout du moins. Les astres seuls guidaient mes pas, plus qu’aucun dieu n’avait jamais été en mesure de le faire.

Je devais cependant admettre l’impensable. Prenant mon amie dans mes bras, je me décidais finalement à ne pas chercher plus amples explications : elle se trouvait à nouveau en grande forme ou presque, et là représentait l’essentiel. Mettant cela en un coin de mon esprit,  nous nous décidions finalement à aller reprendre quelques forces dans la salle de dîner. Aron se chargea de nous mettre à disposition quelques mets tantôt légers, tantôt plus copieux, qu’il était allé quérir dans une pièce proche.

Esquissant une grimace alors que je m’adossais au dossier de la chaise, je massais distraitement mes épaules. Je me sentais encore éreintée, malgré ces heures de repos… Ce rêve, qui me revenait avec force détails. Je n’avais même pas encore pris conscience de mon état physique, jusqu’à ce que mon attention ne se porte sur mes mains qui s’emparaient d’une miche de pain. Relâchant cette dernière, je les observais tantôt paumes levées vers le ciel, tantôt vers la table ; ma peau maculée me laissait interdite. Terre séchée et autres impuretés diverses. Repoussant le morceau de tissu qui couvrait mon épaule gauche, je découvrais en ce champ de vision restreint quelques bleus, d’ores et déjà bien marqués sur une peau claire.

Aron vint à prendre place en bout de table ; aussitôt, je me tournais vers lui.


« Cette nuit… je n’ai pas rêvé… n’est-ce pas ? Vous étiez là… »

« Ici et ailleurs, oui. Vous m’avez toutes deux causé quelques soucis ces dernières heures, je dois l’admettre. »

« Qu’est-ce que… »

« Ce n’est pas important. Pour l’heure… Ne désirais-tu pas apprendre à tenir une lame ? Je t’en ai justement trouvé une, qui devrait te convenir ! »


Changement de conversation peu subtil que j’acceptais cependant bien malgré moi, alors qu’il se redressait promptement et quittait la pièce. Interdite, je me tournais vers ma compagne, ignorant ce qu’elle connaissait de l’histoire. Ouvrant la bouche, je me ravisais finalement… Sa nuit avait également mené avec elle son lot de mésaventures qui, bien que menant en une issue plus heureuse, n’en avait probablement pas moins été éreintante. Aussi, je baissais les yeux, attendant le retour de notre hôte provisoire en un silence de plomb. Questionnements, embarras…

« Bien ! Debout ! »


L’acier claqua sur la table : une lame mince et courte déposée à mon côté. Je m’en emparais avec une certaine appréhension, l’examinant. Me redressant, je m’imprégnais inconsciemment de son poids, de son équilibre… La prise en main laissait à désirer. Aron vint à moi, m’entraînant sur notre piste de danse ! Corrigeant quelques-uns de mes défauts de posture, nous entamions finalement l’exercice. J’avais un bon équilibre, et l’esquive n’avait que peu de secrets pour moi. En ce qui était du reste… cela laissait à désirer. Les minutes passèrent ainsi, jusqu’à ce qu’une énième chute ne nous décide à mettre un terme à tout ceci. Je ne tenais plus le rythme. Aron souriait, quelque peu amusé par mon découragement. Pour autant, il ne devait pas relever ces mimiques qui passaient tour à tour sur mon visage, débarrassant un pan de table.

« Et si nous passions à d’autres préoccupations… Danaelle, suis moi, veux-tu ? Nous allons en avoir pour un moment… »


Hochant doucement la tête, je me rendais à sa suite. Passant quelques pièces, il me déposait finalement en ce qui paraissait être une salle d’eau. M’invitant à me débarbouiller, quelques vêtements mis à disposition, je le remerciais avant de m’exécuter promptement. Aron retournait aussitôt aux côté de la Norpalienne, entamant la conversation qui déciderait de notre prochaine destination. Je ne tenais pas à être mise à l’écart, et me pressais donc dans ma tâche, bien tôt propre, vêtue et disposée. Retournant sans trop de peine dans la pièce où se trouvait mes compagnons, je m’installais à leurs côtés. Bien assez tôt intégrée à la conversation, nous passions un certain temps à étudier passages empruntés par chacun, indices divers et possibles… Bélin, Varakir, Norpalie… Faudrait-il en venir à traverser la mer pour rejoindre d’autres terres et d’autres espoirs ?

Nombreux lieux m’étaient encore méconnus… pour autant, traverser les mers n’avait trop rien pour me réjouir. Je laissais cependant Eva et Aron converser au mieux à ce propos, restant finalement en retrait, lorsque mon intervention n’était en aucun cas requise – autant dire que cela devait très tôt arriver.

La conversation parvint finalement à son terme : nous devions prendre la route. Quelque peu surprise par cette nouvelle précipitation, j’apportais ma contribution à la préparation des provisions et biens divers à emporter. Il fut convenu que nous emprunterions des chemins séparés : Aron d’un côté, retournant auprès de Ran, Eva et moi-même d’un autre. L'homme m’aida à sceller le jeune étalon qui nous avait accompagnés depuis Noir-ours, mené par la petite troupe aux côtés de Blancrin : je devais chevaucher sur son dos, si tant était que nous parvenions à nous lier. L’animal parut réchigner quelque peu alors que je me hissais sur son dos, une poignée de crins entre mes doigts, puis céda finalement à ma présence. Je le savais pourtant prompt et quelque peu farouche, et me tenais prête à toute éventualité. A mes côté, Eva grimpait également sur Blancrin. Quant à Aron ? Accompagné d’une jument, il avait pris grand soin d’user à bon escient de la charrette qui nous avait menées jusqu’ici. Chargée de bric et de broc, elle paraissait prête à craquer sous le poids de quelques breloques. Cela me fit sourire, l’espace d’un instant.

Délaissant quelques instants sa monture, Aron vint se placer à notre portée.


« Mesdemoiselles, le temps est venu de nous dire au revoir. Prudence et bonne fortune. Nos chemins se croiseront encore, je n’en doute pas… Tâchons que ce jour ne soit pas celui où nous rejoindrons nos pères ! »

« Merci pour votre aide, Aron… Je vous souhaite de trouver la paix. »


Courbant l’échine avant d’esquisser un sourire suite à ma remarque, il en vint finalement à s’adresser à la Norpalienne.


« Vous êtes aimée des Dieux. Je ne doute pas que vos pas vous mèneront vers des horizons plus propices, tôt ou tard… »


Sur ces quelques mots empreints de mystère, il en vint à prendre place sur la charrette. Encore un sourire, un mouvement de la main, et il quittait les lieux au pas, sans plus un regard en arrière. Je suivais encore quelques instants sa progression, avant de porter soudainement mon regard alentours. Où était passé le corps de Faren ? Probablement Aron l’avait-il déplacé à un moment où à un autre. Passant donc outre ce détail, j’en revenais à mon amie, immobile à mes côtés.

« C’est l’heure de reprendre la route, je suppose… ? »


J’attendais son approbation, avant de presser légèrement les flancs de ma monture de prêt… seulement, je n’avais personne à qui rendre cette monture… à qui appartenait-elle vraiment ? Quel était seulement son nom ? Décidant que nous allions probablement passer un certain temps ensemble, je me donnais comme nouvelle tâche de trouver un nom à ce bel animal. Une robe noire tel le corbeau, arborant quelques reflets bleutés. Sa crinière présentait de nombreux crins blancs, contrastant fortement, un ventre de biche et une étoile sur le front. Une trace de balzane marquait ses sabots. Je l’admirais tant et si bien, que j’en oubliais de suivre notre parcours.

La journée paraissait belle et l’air matinal bien que frais, supportait une tenue sans trop d’épaisseurs. Le temps passant, le paysage lui-même paraissait changer, d’heure en heure. Tout d’abord de manière peu significative, puis quelques changements plus marquants, ici ou là. Le temps quant à lui restait égal. Préoccupée par les évènements de cette nuit, je restais une première partie de ce début de voyage silencieuse. Puis revenant en d’autres préoccupations, je prenais soin de m’enquérir de l’état de santé de ma compagne ; si sa plaie paraissait avoir mystérieusement disparue, je n’en restais pas moins préoccupée. Par ailleurs, je retrouvais bientôt une certaine prudence quant à notre environnement.

Nous ne devions pas nous arrêter plus que nécessaire ; abreuver les chevaux, manger de quoi tenir, se dégourdir quelque peu les jambes… Finalement, la nuit vint à arriver plus tôt que je ne l’avais cru possible. Combien de distance nous séparait désormais de cette demeure ou nous avions quitté Aron ? Combien nous séparaient encore de notre destination à venir… ? J’étais épuisée, et courbaturée : j’avais besoin de prendre un peu de repos, faute de tomber endormie de ma monture. Faisant part de ce besoin à Eva, nous partions alors en quête d’un lieu plus ou moins abrité, où récupérer quelque peu de ces heures de route. Je considérais la chose plus raisonnable de ne pas songer aux jours à venir…
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Eva Sombracier
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MessageSujet: Re: Une Aube Nouvelle [Danaelle] Partie 2   Jeu 27 Mar 2014 - 20:46

Notre plan était fort simple, mais contrairement à MON plan, il ne risquait pas de voir le jour. J'avais saisi l'opportunité de déjouer nos coriaces adversaires en créant une diversion avec ma fausse planification. Malgré toute sa bonté et sa gentillesse, je n’avais pu accorder ma confiance à Aron qui était désormais bien loin derrière, tout comme cette maudite histoire de bardes psychopathes.

Tout comme mon amie je restai plutôt silencieuse pendant les premières heures de chevauchée, passant le plus clair de mon temps les sens en alerte ou encore à effleurer ma toute dernière cicatrice. Ça aussi c’était déroutant! De plus, plus je repensais à cette fameuse nuit et plus j’avais l’impression d’avoir le souvenir d’un visage, vraisemblablement celui d’un homme mais je n’aurais su le décrire comme s’il était voilé, en quelque sorte.  J’étais heureuse d’être en vie bien évidemment, mais j’étais tout de même perplexe. J’évitai d’en faire part à Danaelle qui avait déjà suffisamment de quoi s’inquiéter, la pauvre.

En théorie, nous avions convenu de voyager une quarantaine de kilomètres vers Varakir afin d’aller quérir l’aide d’une de mes connaissances, une mage de renom. Nous n’avions d’autre choix que de trouver de l’aide sans quoi nous aurions dû fuir tout en cherchant à tâtons une quelconque trace de son père en ayant encore et toujours les cavaliers noirs à nos trousses. Pour moi c'était inconcevable.

Dans les faits, je ne connaissais aucune mage, mais je connaissais une personne qui aurait su mettre la main sur pratiquement n’importe qui ou n’importe quoi. Je ne voulais rien dire devant ce bon Aron, juste au cas, et je préférais attendre notre prochain arrêt pour informer ma compagne de voyage puisqu’il m’était bien difficile de lui mentir de la sorte même si c’était pour assurer sa sécurité.

Danae s’informait de temps à autres sur mon état de santé et j’appréciais beaucoup même si chaque fois je répondais que tout allait pour le mieux et que dans les faits je remettais en doute le bienfondé de ma résurrection. Après plusieurs heures passées à cheval ou à prendre une pause de quelques minutes à peine, mon amie préféra s’arrêter pour la nuit. En effet elle semblait épuisée mais cela ne me surpris guère puisque les derniers jours n’avaient pas été de tout repos. Je repérai donc un petit coin tranquille dans un boisé à une centaine de mètres de la route que nous empruntions.

Je pris soin d’attacher fermement nos montures qui eurent tôt fait de se coller l’une sur l’autre. Au final nos deux étalons en étaient sans doute arrivés à un consensus, je me retirai donc non sans caresser ces braves bêtes en les remerciant pour cette longue journée de travail. La jeune dame s’affairait  à préparer notre feu de camp et je remarquai qu’elle avait d’ores et déjà à installer nos paillasses tout près. Visiblement elle n’en pouvait réellement plus, je m’approchai donc avec la ferme intention de prendre le relais.

« C’est gentil de ta part mais je crois que tu devrais me laisser terminer, va plutôt dormir, cela me rassurerait d’avantage. Tu as bien mérité de te reposer, la route a été longue, surtout que tu n’as pas trop l’habitude de monter longtemps à cheval. Va, je m’occupe de tout cette nuit, ne me regarde pas comme ça, c’est mon dernier mot! Bonne nuit, mon amie, je veille sur nous, n’aie crainte.»

J’avais exagéré la chose puisqu’elle n’avait apparemment aucune envie de me contredire alors que ses paupières avaient peine à tenir.  Je pris donc sa place devant les petites buches et les branchages qu’elle avait trouvés et je poursuivis son travail jusqu’à voir jaillir les premières étincelles et puis finalement les flammes discrètes.

M’assurant qu’elle n’avait besoin de rien je quittai le campement quelques minutes afin de faire le tour des environs en prenant soin d’effacer nos traces à l’aide d’une grosse branche que je passais de gauche à droite sur la neige. Il valait mieux que je reste prudente, maintenant plus que jamais. Je parcourus l’horizon sans détecter quoi que ce soit de suspect suite à quoi je retournai auprès de Danaelle et des chevaux assoupis.

Il ne faisait pas très froid cette nuit-là et les étoiles étaient magnifiques, je les contemplai longuement, bien emmitouflée dans des couvertures que j’avais empruntées dans le manoir. Mon amie dormait depuis longtemps à poing fermés lorsque je fus moi aussi surprise par la fatigue. J’étais consciente que le manque de sommeil n’était qu’un piètre allié alors, après une dernière ronde, je décidai de prendre un peu de repos tout compte fait. Je trouvai le sommeil bien assez tôt.

[…]

Ce fut l’odeur agréable d’un petit-déjeuner chaud qui me tira du lit. On me tendit un bol contenant un épais mélange duquel s’élevait une vapeur rassurante. Je remerciai Danaelle qui alla prendre place sur sa couche pour déguster son propre bol. Des céréales, de l’eau sucrée ainsi que quelques épices surent satisfaire mon appétit ce matin-là. Mon amie semblait reposée tout comme je l’étais, c’était déjà une bonne chose. Puisque nous étions toutes deux assises là je décidai que l’heure des aveux était venue.

«Pour être honnête, nous ne nous dirigeons pas vraiment vers Varakir…»

Elle cessa de manger pour me regarder, dubitative et incrédule.

«J’ai cru qu’il valait mieux ne pas tout dévoiler de nos plan à ce bon Aron. Je ne voulais pas te mentir, pardonne-moi. Nous…Nous retournons à la cité d’argent pour trouver mon mentor et ami, Eramos d’Irifuse. Avec les aptitudes qu’il possède, il serait un allié de taille puisqu’il est un pisteur et un investigateur hors pair. Il connait de nombreuses personnes influentes qui pourraient nous aider, j’en suis certaine. D’après ce que j’ai pu entendre à Noir-ours, il se trouve en Hydrasil où il dirige un groupe de défenseurs de la paix, quelque chose comme ça.

Écoute, nous pouvons errer sans fin sur ces terres sans jamais parvenir à trouver quoi que ce soit tout en demeurant vulnérables et cela n’a aucun sens pour moi. Si nous avons la moindre chance de nous munir d’une personne de confiance qui pourrait assurer nos arrières tout en nous assistant de façon considérable dans notre quête, nous devons tenter le coup. J’aimerais donc ton accord avant de monter en selle ce matin puisque tu as autant ton mot à dire que moi, sinon plus. Qu’en penses-tu …? »

Mon monologue l’avait apparemment déconcertée puisqu’elle me regardait toujours sans rien dire. J’imagine qu’elle n’était pas chaude à l’idée de retourner là-bas, moi non plus d’ailleurs, mais nous n’avions aucune autre alternative aussi prometteuse que celle-là.  Je redoutais qu’elle ne soit offensée ou peinée par ma manœuvre et j’aurais tout à fait compris, cependant je n’avais d’autre choix. Je patientai tout en redoutant l’issue de notre échange.
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MessageSujet: Re: Une Aube Nouvelle [Danaelle] Partie 2   Ven 28 Mar 2014 - 13:10

Emplacement décidé, chevaux attachés, je prenais la main sur les premières installations pour la nuit, allant quérir quelques branchages, brindilles et autre combustible se présentant à moi. Revenue sur place, j’installais par la suite nos couches de fortune. J’avais pour habitude de dormir à la belle étoile, et m’organisais en ce sens avec aise. Cependant, l’épuisement devait bien tôt reprendre le pas. Chancelant doucement, je prenais appui sur une roche, alors que la Norpalienne venait à ma rencontre. Prenant la parole de manière assurée, elle me conviait à cesser là mes va et vient, et à prendre repos. Si je m’apprêtais à protester sans grande conviction, elle mit un terme à mes intentions. Laissant échapper un mince sourire, je hochais doucement la tête et la remerciais une nouvelle fois de sa prévenance. Si les alentours paraissaient sereins, je lui intimais cependant de conserver une certaine prudence. Acquis de conscience : je savais cette précision sans réelle nécessité.

Je prenais place sur une couche destiné à notre repos, alors que les paupières lourdes, je l’observais encore quelques instants, achevant d’embraser le petit amas qui devait désormais représenter le cœur de notre campement provisoire. Hypnotisée par la danse des flammes, je sombrais finalement dans l’inconscience, retrouvant songes troublants et souvenirs lointains.





Je parcourrais un long couloir sinueux. La terre se dérobait sous mes pieds, alors que je paraissais m’enfoncer toujours plus avant. La lumière manquait à cette scène ; pour autant, la panique enserrait ma poitrine. Une odeur d’encens et de brûlure parvenait jusqu’à moi, me donnant la nausée. Tout mon être me criait de faire demi-tour. Pour autant, je continuais à avancer, poussée par une force méconnue. J’allais en ces lieux sans outre peine apparente, assurée de ma destination. Si je trébuchais à deux ou trois reprises, ce n’était que pour mieux repartir. L’odeur… Cette odeur… Ce relent d’immondices me devenait insupportable. Je retenais ici ou là ma respiration, dans l’espoir de faire cesser le supplice.

Mais pourtant, j’avançais… Pourquoi, encore ?

Une lueur alors me parvenait, vacillante telle une torche s’épuisant doucement. Guidée par ce nouvel élément, je débouchais dans une pièce étriquée, aux murs luisant d’une énergie surnaturelle. Là, sur l'arche d'entrée, reposait la torche qui m’avait menée jusqu’ici. Au centre de la pièce, une cellule, démesurée… et en son sein… une créature. Je voulu tout à coup prendre mes jambes à mon cou, mais à nouveau, j’en fus tout bonnement incapable. Paniquée, contemplant l’Horreur dans son plus pur état. Cette Chose, ni Homme, ni Animal, ni autre créature connue de ce monde, Forme sombre, sans réelle attache. Je devais avoir le malheur de croiser son regard ; haine, douleur, chaos, tyrannie… tant d’émotions aussi fortes que violentes.

Mais pourtant, je ne bougeais pas…. Pourquoi, encore ?

Je ne parvenais plus à respirer, prise par cet élan de noirs desseins. Puis soudain, le décor changea. Les murs parurent s’estomper, pour ne laisser plus que place au néant. La cellule elle-même céda place à cette pénombre... La créature parut se parer d’une silhouette plus commune : avait-elle toujours été ainsi ? Je discernais bien là : tête, buste, bras et jambes, en une noire harmonie. Mais aucun trait caractéristique… seul ce regard dont je ne parvenais à me détacher.

Une main tendue… La mienne ! Sans en prendre conscience, j’esquissai un pas, puis un deuxième. Trois, quatre. Ne saurai-je donc m’arrêter ? Une brûlure vive parut alors envahir ce membre tendu, tandis que cette sombre main enlaçait la mienne. La douleur était telle, que j’eus l’envie de crier. Je n’en fis pourtant rien… Je restais muette en un combat intérieur, alors que je me lovais finalement contre cette sombre silhouette. La douleur allait en grandissant, se saisissant de chaque parcelle de mon corps. Je cru brûler vive. Mes lèvres restaient clauses malgré mon désarroi. Je me tenais en ces bras, malgré ma terreur.

Je n’étais plus vraiment moi… Voilà, pourquoi.




Je m’éveillais en sursaut, alors que les étoiles paraissaient encore en ce ciel nocturne. Troublée, je me redressais aussitôt, en quête de ma compagne. Bien tôt, je devais me rendre à l’évidence : voilà maintenant quelques heures que je devais dormir… Eva elle-même avait sombré dans les bras de l’insouciance. Décidant qu’il n’était pas raisons à son éveil, je quittais l’emplacement en silence. Entretenant le feu avec soin, je m’installais finalement à ses côtés, décidant d’attendre l’aube ainsi. Attentive bien que distraite par quelques douleurs qui n’avaient pas lieu d’être, je veillais sur le repos de la Norpalienne, alors que les heures continuaient leur course.

Finalement, lorsque l’Aube parut, je me redressais. Mettant la main aux provisions, je préparais un repas matinal, qui nous permettrait de tenir un moment ; nous avions toutes deux besoin de reprendre des forces, après ce repos bien mérité. Si j’étais encore troublée par mes songes, les quelques images qui me subsistaient paraissaient s’estomper d’instants en instants, jusqu’à n’en rester qu’un vague souvenir confus. Aussi, lorsqu’Eva devait se réveiller, je l’accueillais avec un large sourire serein, lui présentant un bol bien rempli. Je m’installais moi-même, et entamais ce repas après lui avoir souhaité un bon appétit.

«Pour être honnête, nous ne nous dirigeons pas vraiment vers Varakir…»


Je reposais mon bol entre mes jambes, portant mon attention sur la jeune femme qui prenait alors la parole. Sans comprendre où cette déclaration allait nous mener, je me montrais attentive à la suite de ses propos. Et alors qu’elle progressait en ses explications, je paraissais me décomposer. Nous reprenions la route vers cette même capitale qui avait été le commencement de cette aventure peu commode… Si ma rencontre avec Eva en ces terres relevait probablement de la providence, le reste de mes souvenirs restaient amers quant à cet endroit. Je perdais toute teinte alors que le mot « pisteur » était énoncé. Adhémar… Comment pouvais-je envisager de retenter une telle expérience ? Eramos… Ce nom pourtant revenait souvent aux lèvres de la jeune femme, qui paraissait accorder grande importance à ce personnage. Si je ne doutais aucunement de son jugement, je gardais cependant quelques réserves, et non des moindres.

« Écoute, nous pouvons errer sans fin sur ces terres sans jamais parvenir à trouver quoi que ce soit tout en demeurant vulnérables et cela n’a aucun sens pour moi. Si nous avons la moindre chance de nous munir d’une personne de confiance qui pourra assurer nos arrières tout en nous assistant de façon considérable dans notre quête, nous devons tenter le coup. J’aimerais donc ton accord avant de monter en selle ce matin puisque tu as autant ton mot à dire que moi, sinon plus. Qu’en penses-tu …? »


Voilà maintenant quelques temps et quelques mésaventures qu’elle allait à mon côté. Probablement était-elle consciente des risques associés à sa demande… Je restais muette un moment encore, l’observant avec attention. Une lutte nouvelle pour le pour, et le contre. Beaucoup de contre… Mais quels étaient nos espoirs ? Finalement, je hochais doucement la tête. L’enthousiasme n’était pas au rendez-vous, et je ne parvenais à sauter le pas de « l’idée » à la « bonne idée ». Plus le temps passait pourtant, et plus le découragement s’emparait de ma personne. L’idée de renoncement…

Je secouais doucement la tête pour revenir à notre conversation présente.


« C’est entendu… nous irons donc à sa rencontre, si tu peux m’assurer qu’il est en mesure de faire face à tout ceci… »


Sous-entendu, que cet Eramos soit en mesure de conserver sa tête sur ses épaules. Trop de sang avait coulé alors qu’Eva elle-même avait manqué de perdre la vie… L’avait-elle perdue, en un sens… Chassant ces sombres idées, je terminais mon bol sans plus réel appétit. J’étais pourtant consciente du risque encouru à ne pas reprendre toute force nécessaire lors de nos haltes. Je me forçais donc à venir à bout de ce repas, avant de me redresser et d’entamer de lever le camp, en compagnie de mon amie. Rinçant, rangeant, masquant notre présence… Je m’attardais quelques instants auprès de l’étalon, comblant ma contrariété par quelques soins de pansage et caresses.

Les montures finalement scellées, nous prenions la route : direction, Hydrasil. Nous étions bien plus proches de Varak que nous ne l’étions de notre destination. De longues journées de voyage s’annonçaient, mais nous étions parées. Consciente du temps perdu face à mon manque d’endurance à cheval, je prenais sur moi pour limiter les arrêts. Les jours passants, je parvenais à trouver un rythme régulier, voire même convenable, jusqu’à ce que cela ne devienne une commodité plutôt qu’un effort.

Pour combler ces longues heures de veille et de silence, nous conversions. Je lui contais une partie de mon passé, des anecdotes qui me faisaient encore rire, malgré leur caractère commun. Je m’ouvrais à elle sous un jour nouveau : fraîche, vivante. Pourtant, mes nuits restaient troublées… Et chaque nuit, ce rêve… Ce même rêve qui revenait, incessant. Chaque jour cependant, les images qui paraissaient s’évanouir tel se lève le voile de la nuit pour céder place à l’astre du jour. Je tentais de me remémorer les détails, mais en vain. Jusqu’à ce qu’un beau matin, je ne m’éveille en larmes et sur un hurlement de douleur saisissant. Une brûlure rouge vif sur le bras qui devait me faire peiner quelques jours durant, malgré les soins apportés. Je décidais ce jour de tenter de mettre mots sur ces rêves, à l’intention d’Eva. Chaque jour, je m’employais à ajouter un terme, une image nouvelle, susceptible de remettre chaque pièce à sa place. Cela pourtant ne conservait que peu de sens. Les images restaient fugaces, et la mention de cette curieuse créature, source de mes maux, ne devait jamais parvenir à ses oreilles, car chaque jour, je perdais conscience de sa présence.

Finalement, les rêves cessèrent, et je mettais cela en un coin de mon esprit, tentant de passer outre.

Je sautais sur chaque occasion pour quérir un exercice d’arme, tant et si bien que lorsque nous devions finalement apercevoir les premiers remparts de la capitale, je maîtrisais les bases essentielles au bon maniement de ma lame. De là à dire que j’étais une bonne escrimeuse… il était encore un monde. Chaque chose en son temps. Pour l’heure, je me concentrais désormais sur chaque aventurier, chaque citoyen susceptible de croiser notre route, redoutant les heures à venir, tandis que nous approchions des portes.
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Eva Sombracier
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MessageSujet: Re: Une Aube Nouvelle [Danaelle] Partie 2   Dim 30 Mar 2014 - 17:20


Ce ne fut pas le chant des oiseaux ou encore les effluves d’un chaud petit déjeuner qui me tirèrent du lit ce matin-là, mais bien un cri empreint de peur, un cri de douleur paniqué qui me déchira les entrailles.  Saisie d’un effroi sans nom je lançai mes couvertures tout en saisissant mon épée sous l’oreiller avant de bondir sur mes pieds. Je ne trouvai cependant qu’une Danaelle en sanglots encore assise dans son lit fixant son bras. Je me précipitai vers elle en laissant tomber mon arme qui m’était inutile malgré la colère que je ressentis en apercevant la marque rouge vif sur son bras frêle et pâle.

Après m’être assurée qu’elle n’avait rien d’autre hormis cette mystérieuse brûlure, je lui préparai un bout de tissus imbibé d’eau non sans lui avoir ordonné de couvrir son avant-bras de neige, ce qui lui arracha quelques grimaces de douleur dévoilant ses petites dents pointues. Pendant que je tentais d’apaiser sa souffrance encore vive, elle me dévoila qu’elle faisait depuis quelques temps déjà le même rêve étrange. Elle ne parvenait que difficilement à se souvenir de quelques détails la plupart du temps, mais tout de même, j’étais confuse. Les cauchemars ne brûlent pas les gens, d’ordinaire, alors toute cette histoire me faisait froid dans le dos. Mais ce qui me faisait le plus peur c’était que je ne pouvais rien contre le monde des songes et donc impossible de protéger mon amie contre…Si au moins nous en avions la moindre idée.

[…]

Les jours passèrent en nous apportant des rayons de soleil revigorants et chargés d’une chaleur nouvelle alors que la saison de la floraison se frayait un chemin par-delà les derniers vestiges du froid. Danaelle était de nouveau libre de rêver en paix la nuit mais notre inquiétude n’avait pas disparue pour autant. Le voyage nous avait permis de mieux nous connaître et la violence des derniers évènements me semblait de plus en plus lointaine. Comme promis et puisqu’elle démontrait un intérêt non feint, je lui appris à manier la dague et l’épée, lors d’entrainements qui pouvaient durer plusieurs minutes et  ce presque tous les jours.

Elle apprenait vite et bien et nos petites séances d’escrimes nous permettaient ne penser à autre chose pendant un instant. Parfois elle était un peu dure envers elle-même, mais je savais qu’elle progressait tout de même, surtout qu’elle n’avait jamais touché une arme auparavant. Ma compagne de route avait aussi eu l’opportunité de s’essayer à l’arc lorsque nous tombâmes sur quelques cerfs. Elle manqua sa cible mais elle savait dorénavant manier cette arme bien utile et polyvalente et même si elle n’était qu’une novice, cet apprentissage pouvait se révéler un atout en cas d’urgence.

Nous avancions toutes deux au même rythme, au pas, comme à notre habitude et je me surpris à regarder dans sa direction. Le regard plongé dans l'horizon, les cheveux bercés par le vent, elle m'apparut comme une autre pendant un bref instant. Comme si la douleur l'avait quitté l'espace d'un soupir, ou était-ce autre chose...J'étais tout près mais je me sentais loin, à l'écart, comme si elle était témoin d'une scène que je ne voyais pas, un songe, un souvenir peut-être. Ce moment en soi était teinté de beauté mais le sentiment que j'éprouvai alors n'était pas des plus enviables.

Je ne comprenais pas et cela me rendais anxieuse. Quelles forces se jouaient de nous? Je n'osais pas lui parler de mes craintes de peur que des oreilles malveillantes ne nous entendent. Pourtant, nous avions besoin de réponses. Étrangement je m'inquiétais davantage depuis la disparition de ses cauchemars, comme si ce silence était sournois. L'idée d'aller quérir l'aide des mages dans leur académie m'effleura l'esprit, mais nous avions déjà fort à faire.

Les portes de la cité d’argent s’élevaient finalement devant nous. Nous étions toutes deux réticentes et l’inquiétude de mon amie m’obligea à me raviser. Nous ne pouvions  nous permettre d’entrer tout bonnement dans l’espoir que les gardes ne nous reconnaissent pas et ce avant même d’avoir mis un pied dans la ville…Je n’en étais pas à me première mission d’infiltration et une idée éclaira soudainement mes pensées.

« Je crois que j’ai peut-être une meilleure idée. Poursuivons notre route suffisamment loin pour ne pas être aperçues et attendons qu’un chariot se dirige vers la ville. Nous pourrions payer son propriétaire et en échange il nous fait entrer sans que personne ne nous pose de questions. Les gardes ne regarde même pas les commerçants, j’ai pu moi-même le constater lors de mon dernier passage. Une fois à l’intérieur il sera bien plus facile de passer inaperçues.

Nous trouvons mon mentor vite fait et ensuite les choses devraient être plus faciles. J’espère ne pas t’avoir fait venir jusqu’ici pour rien…Bref, tu es d’accord? Notre charme naturel se chargera de convaincre les plus têtus, sinon nous avons toujours nos épées ! Je rigole ne me prend pas au mot, enfin, pas pour le moment. »


À ma grande surprise elle ne s’accorda qu’un bref instant pour réfléchir avant de me donner son approbation. S’agissait-il là d’une confiance aveugle ou encore redoutait-elle notre retour en Hydrasil plus que je ne le croyais…Après tout elle s’était retrouvée au cœur d’une sanglante histoire…Pauvre Danaelle. J’étais résolue à affronter n’importe quelle épreuve afin qu’elle parvienne à retrouver son père,  à se retrouver elle-même plus que tout autre chose. Son cœur empreint de peur, d'inquiétude et de douleur devait retrouver sa liberté. Si le passé n’était pas au rendez-vous, je comptais bien l’aider à bâtir son futur et lui permettre de trouver sa place dans ce monde, monde qui n’était pas fait que de monstres et de violence…Non, je n’allais pas perdre pas espoir,  cela eut été trop facile.

Nous allions donc au pas longeant le mur sud de la grande cité en quête d’un allié potentiel. Le sol était trempé et boueux par endroits et les bêtes avaient les pattes et le ventre tâchés de part en part. J’aperçus enfin un chariot à l’horizon. Côte à côte au centre de la route nous attendions qu’il arrive à notre hauteur avant de l’aborder. Lorsqu’il s’arrêta incrédule j’en profitai pour m’approcher afin de lui présenter ma requête. Il nous étudia rapidement avant de poser son regard neutre sur ma personne. Il s’agissait à l’évidence d’un Tiefflin puisque de petites cornes dépassaient de chaque côté de sa tête. L'homme à l'aspect mystérieux devait avoir au moins quarante ans. Il avait de longs cheveux noirs, un  visage dur aux larges pommettes et de grands yeux couleur aurore.

« Bien le bonjour cher monsieur, pardonnez-nous cette petite interruption, je me nomme Liz et voici ma grande amie…Gabriella. Nous aimerions partager votre charrette contre rémunération le temps de passer les portes, les gardes semblent butés aujourd’hui et nous refusent honteusement l’accès. Pouvons-nous espérer en venir à un compromis?»

Mon ton se voulait calme et respectueux mais il avait visiblement noté mon hésitation quant au nom de mon acolyte. Détail qu’il décida de ne pas retenir se contentant plutôt de lever un sourcil inquisiteur. Il n’était pas dupe. Sa réponse eut tôt fait de nous surprendre.

« Mesdames. Je conçois qu’il est souvent préférable de garder certaines choses pour soi et vos affaires ne m’intéressent pas vraiment. On a tous nos petits secrets. Quoi qu’il en soit vous pouvez attacher vos chevaux derrière et venir vous installer à mes côtés.  Gardez votre or gentes dames, vous allez m’accompagner sur moins d’un kilomètre alors je peux bien vous rendre ce petit service. Je n’ai que faire de la garde, elle est pourrie jusque dans les os ! Allez mesdames, ne traînez pas.»

J’échangeai un bref regard avec Danaelle concluant le tout d’un haussement d’épaule alors que je frappais les flancs de Blancrin suivi par mon amie. Quelques instants plus tard nous étions assises près du marchand, si du moins il en était un.

« C’est très aimable de votre part monsieur…? »

« Treyan Finley pour vous servir, ou le Coyote si vous préférez. »

Il se présenta donc ainsi, nous laissant deviner l’origine de ce drôle de surnom qui était peu flatteur à mon avis. Je me tournai vers Danae qui semblait déjà plus décontractée ayant repris quelques couleurs.

« Ne t’en fais pas, Eramos est un homme bon, nous pouvons lui faire confiance…»

La charrette s’était brusquement immobilisée et notre hôte nous regardait d’un drôle d’air.

«D’où tenez-vous ce nom?»

«Je…»

« Répondez. »

« Eramos est un ami, mon mentor pour tout vous dire. Vous le connaissez?»

« Qui me dit que vous n’êtes pas de sales espionnes? De faux prénoms, une excuse bidon pour entrer en ville, quoi d’autre? Pourquoi les rapaces quittent le nid?»

Je ne comprenais rien à rien et je sentais Danaelle se crisper à ma droite attendant mes instructions. Quel étrange revirement de situation.

« Des espionnes, mais de quoi parlez-vous donc? Espionner qui? Pourquoi les quoi quittent le nid? Je ne comprends rien de ce que vous dites, allons !»

« Veuillez décliner votre véritable identité ou descendez sur le champ.»

J’hésitai un moment avant de m’exécuter.

« Eva Sombracier, ça vous va? »

« Eva…C’est vous la jeune Norpalienne? Enfin, à l’époque? »

« Euh oui, je vous l’ai dit, ce cher Eramos d’Irifuse a été mon mentor! Dois-je vous le répéter en ancien langage? Qu’est-ce que ça peut faire à la fin?!»

« Il sera très heureux de vous revoir ma chère. Vous ne semblez pas au courant de ce qu’il est désormais, je me trompe? »

« Et qu'est-il exactement?»

« Cœur d’aigle, voilà qui il est. L’homme qui créa la confrérie des rapaces! S’élevant contre la corruption et protégeant les faibles et les démunis! Un hors-la-loi bienfaiteur. Et je fais partie des Aigles, ses disciples. Pour une surprise c’est une surprise, je suis heureux que vous soyez tombées sur moi plutôt qu’un autre. On vous aurait arrêtées pour avoir prononcé son nom. Je vous mène à lui si vous voulez? »

Estomaquée je regardais Treyan puis Danaelle et puis encore Treyan. Eramos un hors-la-loi? Mon amie devait avoir envie de partir sur le champ, nous n’avions pas besoin de problèmes supplémentaires…Je ne savais plus quoi faire.

« Oui, s’il-vous-plait. Je dois lui parler de toute urgence. Mais n’est-ce pas imprudent d’aller à sa rencontre?»

« Imprudent? Mettre les pieds dans la basse-ville c’est imprudent et c’est bien pour ça que le quartier général s’y trouve mes jolies. Nous sommes en sécurité là-bas contrairement à la noblesse et aux gardes. Ne vous en faites pas, cet homme est intouchable, tout comme la confrérie. Détendez-vous et prenez un peu de vin et de fromage derrière. Je crois que j’ai du pain aussi. Et donnez m’en donc une part chère petite!»

Il avait adressé sa requête à mon amie qui hésita en me lança un regard confus. Ne pouvant me retenir plus longtemps devant les aboutissants de cette conversation je m’esclaffai en guise de réponse. Il fit claquer les rennes sur la croupe de ses deux chevaux à la robe baie et la charrette bougea de nouveau. Décidément, la chance semblait nous sourire, mais je ne me laissais pas si facilement berner. Danaelle compris en un regard que nous devions redoubler de prudence malgré cette agréable coïncidence. Tant que je n'aurais pas vu mon ami je ne ferais confiance à personne. Nous nous enfoncions un peu plus dans les dédales du ''banditisme'' alors même que nous tentions de rendre justice et de corriger les torts...

« Faites que tout ceci ne soit pas vain »
, ajoutai-je pour moi-même en songeant aux épreuves passées, et à celles à venir...

Quelques échanges plus tard nous passions les portes sans même nous en rendre compte. C’est le bruit des sabots heurtant la pierre qui me ramena à l’ordre.

« Direction le nid mes jolies.»
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Une Aube Nouvelle [Danaelle] Partie 2

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