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 La cerise sur le désert

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Carna Lodva
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MessageSujet: La cerise sur le désert   Jeu 13 Nov 2014 - 14:09

RHAPSODIE VIII
L'adresse du plus grand gain

Carna venait de traverser le désert. Bien sûr, ce dernier avait été éprouvant, mais Carna était un habitué aux plus grandes tortures de la vie.  Il était capable du schisme de la raison : un recours indéfinissable à la beauté du commun, du vrai. Même le vrai peut devenir aveuglant lorsqu'on est incapable d'un quelconque recul. Pour Carna, le vrai était invisible : c'était à nous de le décréter: de le surestimer dans son imbécile discipline à continuer alors que nous, individus, voulons tant nous reposer pour vivre avec le bonheur de nous rencontrer dans des destinées choisies. L'existence est cruelle.

Traverser le désert avait été une épreuve éprouvante, mais non mortelle. Il était à présent arrivé à Varak : grand village plus que cité, bâti sur les exigences de la vie plutôt que sur les soifs égoïstes de classes entières d'idiots qui ne travaillent pas et qui pensent réellement tout mériter. Ce n'était pas le propre de Varak. Ici, ce n'était pas comme ça.

Sorte de tableau pittoresque où la fantaisie du bizarre apprivoisait les dévotions mal comprises pour la vie, ce grand village chantonnait ses jours à la cadence économique de la destruction... et ses nuits dans les vastes élans de la réalité. C'était la vraie Varak, à la conscience légiférée : pierreries du désert, pleines de verve et de mirages... mortels sans aucun doute !

Carna Lodva trouva le quartier général de la Main Rouge et alla directement au bureau des recruteurs.


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Carna Lodva
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MessageSujet: Re: La cerise sur le désert   Jeu 13 Nov 2014 - 19:00

RHAPSODIE IX
L'épée en verre

L'endroit était épouvantablement « mâle ». Une terrible croisade contre le mal semblait avoir fabriqué chaque mur par le plus fervent des hurlements : « À mort ! » La Main Rouge était sans doute le fabuleux chant du courage et la fortitude d'un terrible temps passé dans la souffrance : une souffrance que même les plus démoniaques créatures à être apparues sur cette terre étaient capables de redouter.

Il régnait aussi dans l'air de cette grande maison une spiritualité quelque peu renfermée : telle la dispute éternelle contre un gigantisme de l’infâme, une tolérance de la rémission. Ce chaud foyer était la rêverie légère mais valeureuse de tous ceux et celles qui se battaient contre toutes ces trop étroites concentrations du trépas que peut connaître un monde en proie à l'enfer. Tant d'êtres courageux à avoir foulé ce sol !

Carna avait trouvé là le combat dans lequel se noyer. Devenir esclave était à présent son but. L'inactif à lequel il était condamné depuis son arrivé en Ildirith allait pouvoir cesser. Il allait pouvoir goûter aux richesses d'une fraternité et devenir la bête épée d'une affaire de survie. L'insignifiance de son existence serait désormais le récit de l'agréable folie à se laisser porter sur la sage romance de la vie. Tout allait changer ! Tout allait changer : oh ça ! oui !

Mais quelle difficulté que la paix !

Le premier échelon à grimper était l'acceptation. Il entra dans le bureau du recruteur et dit :

- Mes salutations mon seigneurs.

Il s'agenouilla en signe de soumission.

- Je me nomme Carna Lodva. Je viens servir votre faction. Je suis un éladrin, dévot de Litrish depuis peu. C'est lui qui m'a choisi après que j'eus terrassé un ogre et une succube qui s'étaient cachés dans les plus profonds bois de Bélin. Suite à quoi j'ai sauvé un jeune garçon d'une affreuse créature dont j'ignore le nom. Elle était poisseuse et avait une grande corne sur le front. Je l'ai aussi protégé de son père hélas devenu zombi. J'ai aimé ces combats et je me demande si vous en aviez d'autres à me faire vivre. Je suis près à donner ma vie et mon âme pour la Main Rouge. Puisse ma puissante épée vous porter secours.


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Phelim Albérick
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MessageSujet: Re: La cerise sur le désert   Ven 14 Nov 2014 - 17:58

Un individu imposant comme pas deux venait de faire irruption dans son bureau, suivit de près par trois soldats à bout de souffle. Phelim haussa un sourcil à leur intention; la sécurité était très efficace, apparemment. Le géant posa un genou à terre et poursuivit son monologue introductif. D'un geste de la main, le Recruteur renvoya ses confrères qui inclinèrent rapidement la tête avant de quitter.
Après un bref examen visuel, Phelim qui s'était levé d'un bond lors de l'arrivée surprise de son visiteur, invita ce dernier à prendre place sur la chaise devant l'imposant meuble couvert de paperasse. Il retrouva par le fait même le confort de son fauteuil. Il s'agissait-là d'un Éladrin fort étonnant, respectueux et posé malgré sa taille, sa prestance et sa gigantesque épée translucide aux subtils reflets bleus accrochée à son dos.

- Enchanté, Carna Lodva, je suis Phelim. Vous semblez posséder une certaine expérience avec les monstres et votre goût pour le combat ne fait aucun doute. Si vous souhaitez vraiment nous rejoindre, soit, mais sachez qu'il n'y a aucun retour en arrière possible, cela doit être bien clair pour vous.

Il fit une pause pour laisser à Carna le loisir de s'exprimer. Toutefois, il ne faisait que patienter pour la suite.

« Bien, je vais trouver un guerrier et vous pourrez nous montrer ce que vous valez. Vous devrez également vous instruire sur la faction et vous informer de nos plus récentes actions, l'une de nos Sentinelles pourra vous aider en ce sens. »

Le Sang-mêlé se cala dans son fauteuil et croisa les bras, soutenant le regard poignant mais franc, sans artifices, du colosse à la peau sombre.

« Dévot de Litrish dites-vous...Votre force de caractère et vos pouvoirs nous seront très utiles, encore faut-il que vous ayez le bon tempérament. Nous verrons bien, fier Éladrin. »

Phelim se leva et invita Carna a quitter poliment.

« Rendez-vous dans la cour, quelqu'un vous rejoindra sous peu. »

L'Éladrin s'exécuta mais le Recruteur ajouta quelques mots :

« Sachez que je compatis à votre douleur, nul peuple ne mérite un tel fléau. Puissiez-vous trouver votre place au sein de la Main Rouge. À bientôt, monsieur Lodva. »

Le colosse inclina brièvement la tête et disparu dans le couloir dans un silence presque déconcertant. Phelim se dit alors que cette recrue avait beaucoup de potentiel, mais quelque chose clochait. Il n'aurait su dire quoi. Il songea ensuite que le poste de Chasseur ou encore d'Enquêteur lui irait bien.
Le Recruteur ne l'avait pas montré, mais l'Éladrin l'avait un peu déstabilisé, il semblait connaître les risques de son futur métier, mais en même temps...Il les désirait ardemment. En espérant qu'il ne s'agisse pas d'une autre de ses âmes en quête d'une tranquillité salvatrice, cette même tranquillité que seule la mort peut nous apporter...

Le guerrier en proie à une soudaine mélancolie ouvrit lentement le tiroir de son bureau et  regarda quelques instants la bouteille d'alcool qui s'y trouvait puis il le referma.
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Carna Lodva
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MessageSujet: Re: La cerise sur le désert   Sam 15 Nov 2014 - 1:58

RHAPSODIE X
Combat entre le temps et la nature

Carna apprécia la trivialité de son accueil, l'accord de son indépendance, le cœur de son dérèglement : la douceur du réveil de sa destinée et de sa chance : cette chance qu'il avait gagné de par ses efforts physiques et psychologiques. Il méritait bien de perdre enfin en ce lieu cette omission qu'il avait pour la vie.

Tout en obéissant aux ordres, il se figurait que tous ces caprices méditant de folles douleurs, que tout ce bien gérant de fondés éladrins, que toutes ces batailles profitant d'expressives existences allaient enfin pouvoir se baser dans un but plus réel et simple que jamais : servir son mépris pour l'abandon, aussi universel puisse devenir cet abandon.

Car au fond de lui, Carna dégustait l'instant de ce rite à la réalité et à l'utilité comme un instant à une nouvelle fidélité dont le partage l'intéressait infiniment davantage que l'universel : aussi grand soit l'universel ! Car lui-même ne l'était pas. Aussi extraordinaire était-il peut-être en tant qu'individu : il vivait, il désirait, il usait, il donnait, il voyait, il avait.

La loi de la Main Rouge était une condition à la suffisance et ça, il adorait ça.

L'homme que Carna suivait s'appelait Gahn. Il était redoutable avec un arc et possédait assez d'adresse pour malmener quelqu'un d'ordinaire avec une épée ou n'importe quelle arme.

Après avoir conduit Carna dans la salle intérieure la plus grande, Gahn sélectionna un individu qui semblait être plus à l'affût que les autres. Ce dernier n'était pas n'importe qui. Il s'appelait Malphas et s'était de très loin, parmi les membres de la Main Rouge qui étaient présent dans la salle à ce moment là, le plus redoutable au corps à corps : un Ursidae.

L'immense sulis était un descendant des ours polaire. Il mesurait 2m20 et n'aurait pesé que 228kg seulement s'il n'eut sur lui l'armure qu'il avait. « Malphas l'Ursidae » pratiquait le massacre de ses ennemis avec une magnifique hallebarde en ogsanite lourde et forte. Le diamètre du bâton était de 10cm, la hache était immense et l’extrémité n'était pas une pique mais une épaisse fourche perpendiculaire à la hache.

- Alors petit ! Tu vas nous montrer ce que tu sais faire !

Carna sortit ce qui ne semblait alors que n'être qu'une feuille de verre entre les mains du plus ordinaire des possiblement champions. Cependant, depuis qu'il avait franchit le seuil de la prodigieuse maison, sa confiance en lui était devenu parfaitement invulnérable. Il enleva également ses grands habits blancs, se retrouvant affublé d'un simple pantalon blanc. - Cela eut pour effet aussi de faire remarquer à tout le monde qu'il avait un corps taillé pour la bataille. -

- Je ne voudrais pas ruiner votre estime de vous, alors comprenez d'abord que ma puissance se forge sur cent soixante quatorze ans d'expérience avec cette épée.
- ...

Malphas l'attaqua sans plus attendre. Même s'il aurait pu l'éviter, Carna décida de parer l'attaque : erreur qu'il paya d'un vol plané qui le fit fracasser la porte fermée menant dans un sous-sol. L'éladrin dégringola les escaliers et se cogna la tête contre le mur. Dans sa chute, son épée avait virevolté avec lui et créé une bonne entaille dans son bras droit. Carna alla chercher son épée qui, heureusement, étincelait dans cette cave complètement ténébreuse et remonta les marches en deux ou trois bonds. Puis, il fit un saut épatant d'intensité vers Malphas en abattant sur lui tout son poids et celui de l'épée. L'Ursidae para, mais il ne savait pas recevoir des coups aussi puissants : l'un de ses genoux bloqués l'astreignit et le gros ours tomba à la renverse, écrasant complètement un coffre qui eut le malheur de se trouver là.

Il se releva malgré l'affection de son poids pour la lourdeur et explosa dans une passion guerrière, une furie insensée. Gahn prit peur que le nouveau ne soit tué, mais que pouvait-il faire contre une telle masse de muscle déchaînée ? Rien.

Carna, lui, pouvait faire quelque chose. Il enchaîna avec une rapidité si incroyable des coups de son épée, coups qui confinait Malphas à la parade, qu'au bout d'un moment, cela calma ce dernier... mais très relativement. Sa rage physique devint une rage d'honneur et, d'un grand coup, il se dégagea de son agresseur. Il fit tournoyer son hallebarde dans le but de mettre à terre Carna, mais celui-ci était beaucoup plus chevronné que l'Ursidae et il n'avait aucun mal à prévoir ses coups et à éviter l'essentiel de leurs forces. Cependant, le combat restait impressionnant. Les échanges pleuvaient des deux côtés et les deux géants apparaissaient alors dans toutes leurs facultés, dans toute cette espèce de fadeur que peut afficher un combat lorsque les limites de chacun sont atteintes. La frénésie de la bataille entre deux êtres simplement en train de s'affronter, de se descendre mutuellement dans les affres ignorées de la mort, était un spectacle qui avait littéralement hypnotisé tous les gens présents dans la grande salle.

Sauf que, depuis le début, Carna Lodva n'était pas au maximum de sa concentration. Intérieurement, il riait et s'amusait comme jamais auparavant. En 221 ans, il n'avait jamais vécu un combat aussi absorbant. Il n'avait pas envie de plier un peu plus le tendon de la jambe droite pour prendre de vitesse Malphas et l'obliger à se rendre, il n'avait pas envie d'écarter un peu plus ses aisselles pour faire entrer sa danse martiale dans un élan que le sulis ne pourrait pas contrer, il n'avait pas envie de jouer davantage sur le recul pour établir une stratégie qui obligerait son adversaire à commettre une faute. Il n'avait pas envie de condenser son attention sur les initiatives du combat, d'oublier cette récréation dangereuse où deux armes se balançaient dans la mise à mort de leurs porteurs.

Le combat dura, dura, dura encore. La moindre parcelle d'énergie y passait doucement. Cependant, l'entaille de Carna Lodva lui faisait perdre un sang précieux et après treize longues minutes, il sentit la nécessité de vaincre l'Ursidae. Lors d'un énième coup de hallebarde, il se glissa différemment d'auparavant, d'une manière plus efficace, et de la main gauche, porta un puissant coup de poignée sur la tempe de son opposant. Ce coup déstabilisa beaucoup le sulis qui en tomba sur le côté. Les quelques secondes où il fut sonné suffirent largement à Carna pour appuyer sa lame contre la fourrure que son examinateur avait au cou. Le test de Malphas avait été concluant.

Carna l'aida à se relever. Il fallut un moment avant que tous se calme. Quand ce fut le cas, la salle se versa dans une euphorie colossale qui faisait crier les membres de la Main Rouge comme s'ils eurent été les témoins privilégié d'un fantastique combat de gladiateurs tels ceux qui se déroulaient en Rome Antique.

Malphas devait cependant reconnaître sa défaite. Cela ne lui plaisait guère et il était le seul à ne pas partager l'euphorie des siens.

- Mhouai... vous êtes peut-être un tout petit peu plus fort que ce à quoi je pensais...
- Et encore, vous n'avez rien vu.

Pour ne pas perdre davantage de sang, Carna Lodva s'empressa d'utiliser ses pouvoirs d'auto-guérison pour guérir ses blessures. Cela lui prit quelques minutes, mais à la fin, il était comme neuf. Il alla ensuite chercher ses habits et les remit.

- C'est... bienvenue.
- Merci. J'espère votre bien-être et j'ai la conviction de votre bienfaisance.
- Euh... merci ?

Ces paroles étaient vraiment surprenante pour quelqu'un qui venait de mettre autant d'ardeur à faire couler son sang : un échec qui n'enlevait en rien le considérable talent que tous le reconnaissait maintenant pour le maniement de cette fabuleuse épée. Le fait qu'ils avaient passé treize minutes à contempler les magnifiques reflets verts et bleus de cette immense lame, si simple en forme mais si complexe en mouvement, ne faisait qu'agrandir encore plus l'autorité du nouveau venu.

- Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond avec ce type.
- Chut ! Il pourrait t'entendre ! dit Gahn en rigolant.
- Qu'est-ce que je fais maintenant ?
- Maintenant ! Notre CHÈÈÈRE Leelou va s'occuper de vous... le temps que Nous ! de notre côté nous alignons les charges du manège... ~~

Il lui fit un clin d’œil.

- Soit gentil avec lui.
- On devrait l'exécuter pour être aussi grand. dit-elle avec un air de dédain.

Il fallu un moment pour que les membres les plus impressionnables de la Main Rouge retrouvent leurs postes. Beaucoup avaient encore les fantastiques images du combat en tête et avaient le goût d'en parler. Leelou et Carna firent le tour de la maison et retournèrent au bureau de recrutement.


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Phelim Albérick
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MessageSujet: Re: La cerise sur le désert   Sam 15 Nov 2014 - 21:20

Ildirith accueillait parfois l'âme d'un véritable guerrier, un individu d'une telle rareté que d'aucuns diraient qu'il était improbable que deux d'entre eux ne se rencontrent dans un combat et que lorsque que cet événement épique survenait, des éclairs illuminaient les cieux avec fracas et les dieux eux-mêmes ne pouvaient résister à l'envie de les voir combattre. Phelim croyait que Carna faisait partie de ce groupe légendaire. C'est du moins la pensée qui s'était insinuée en son esprit lorsqu'il l'avait vu se mettre en position de combat contre Malphas, l'un de ses plus puissants Patrouilleurs. Il avait discrètement suivi l'Éladrin après qu'il eut quitté son bureau, car il était curieux de savoir s'il était réellement expérimenté au combat comme son image semblait le suggérer.

Voilé par les ombres d'une des arches entourant la cour intérieure, le Recruteur regardait stoïquement Carna se dévêtir tandis qu'il entendait ses troupes murmurer leur amusement et l'indignation. Phelim remarqua quelques visages aussi inexpressifs que le sien parmi eux; les six autres Recruteurs – également à l'écart des troupes et à l'abri des regards – qui ne s'attendaient tout simplement à rien. Jamais ceux-ci ne préjugeaient, ils avaient assez d'expérience pour savoir qu'un grand guerrier pouvait avoir l'air inoffensif et vice versa.

Le combat commença si durement qu'il surprit presque tout le monde. C'était maintenant au tour des Recruteurs de se moquer de l'Éladrin qui avait semblé si prometteur.

- Je le savais!, laissa échapper Falahn, un Norpalien aux cheveux sombres. Malgré sa taille respectable, les Oreilles-Pointues n'aura pas tenu deux secondes face à mon apprenti.

Phelim n'appréciait pas Falahn – il le trouvait rustre et prompt à proclamer sa victoire en toutes choses -  mais il le respectait et il semblait avoir raison cette fois. Tous commencèrent à quitter la cour, mais Phelim s'obstinait à rester de marbre. Peut-être avait-il pressentit ce qui se produit ou que son orgueil n'acceptait pas cette potentielle défaite, mais un léger sourire naquit sur son visage lorsque Carna remonta les marches aussi rapidement qu'il les avait descendu, et ce sans même avoir l'air le moins du monde blessé.

- Pas si vite, dit-il pour qui voulait bien l'entendre, il n'a pas encore dit son dernier mot.

Et c'était vrai. Bientôt un combat digne des légendes s'amorça. Ses pantalons  - auparavant immaculés -  étaient éclaboussés du sang des combattants; la pureté avait été souillée pour une énième fois. Chaque coup qui se donnait était enchaîné par un autre, et ce avec une vitesse inouïe.

Le Recruteur entendait les éclairs déchirer le ciel.

- Ah!, répliqua son confrère Norpalien, C'est Malphas qui va gagner, l'autre va se fatiguer…

Son ton paraissait moins sur qu'il y avait quelques minutes, mais Phelim savait qu'une tête de mule comme Fahlän était prêt à accepter le mensonge comme une vérité absolue si celui-ci rejoignait son intuition. Il se garda donc de tous commentaires visant à le détromper, car il se trompait. Fahlän avait beau être un grand guerrier, il n'était pas aussi expérimenté que Phelim lorsqu'il s'agissait de juger des capacités martiales d'un combattant et Carna n'était pas à son paroxysme, il avait même l'intuition que celui-ci jouait avec Malphas comme on jouait avec quelque chose qui nous intriguait. Lorsqu'il ne s'intéresserait plus à lui, que ferait l'Éladrin au Suli?

Posant sa main sur la tête de sa hache, Phelim se demandait s'il devait dégainer pour arrêter l'éventuel carnage. Devait-il faire confiance à ce présumé Dévot de Litrish? Il n'aurait qu'à dégainer et lancer sa hache comme il l'avait fait de si nombreuses fois et il savait qu'il l'attendrait, que ce coup pourrait au moins le déconcentrer, et voyant ce coup porté à l'Éladrin par le Recruteur, tous se jetteraient sur lui pour l'achever et il en serait fini de lui. Le choix n'était pas facile, devait-il sauver Malphas – l'un de ses meilleurs guerriers – et tuer Carna ou le laisser vivre en espérant qu'il épargne l'Ursidae, et ainsi s'assurer d'avoir l'un des meilleurs combattants qu'il n'ait eut la chance de voir durant sa vie?

Pragmatique, il relâcha sa hache. Il se détesta pour son geste dépourvu de moral, mais ne le laissa pas paraître sur son visage toujours de marbre. Il quitta alors la cour sous le regard désapprobateur de Fahlan qui pestait de voir son poulain se faire dominer de la sorte. Cet Éladrin allait le payer cher.

[...]

- Entrez.

De nouveau dans son bureau, Phelim ne leva pas les yeux vers ses interlocuteurs tout de suite, griffonnant quelques papiers sans importance. Il croisa ensuite le regard de Leelou et lui ordonna le repos de sa position martiale d'un mouvement de main se voulant nonchalant.

- Recruteur, je ramène Carna Lodva de la cour, il a réussit son épreuve de force contre Malphas.

- Bien. Vous pouvez disposer Sentinelle, je vous remercie.

Après un bref salut, elle quitta la pièce en fermant la porte derrière elle. Phelim se leva aussitôt de son siège et contourna le bureau pour faire face à l'Éladrin le dépassant d'une bonne tête. Ses yeux d'un bleu acier scrutèrent les siens un instant avant qu'il ne prenne la parole.

- Vous avez rempli votre tâche, je suis impressionné. Peu peuvent tenir tête à Malphas en combat et encore bien moins peuvent le vaincre.

La porte s'ouvrit alors sans que le Recruteur ne l'oppose. C'était Leelou de nouveau, mais cette fois, elle portait un tissu de couleur rouge plié dans ses mains. Elle se positionna à la droite de Carna pendant que Phelim dégainait ce qui semblait être une dague de cérémonie à l'allure aussi symbolique qu'efficace. La Main Rouge ne faisait pas dans la dentelle, même lorsqu'il s'agissait d'adouber un nouveau membre.

Il prit la main du grand Éladrin et posa le tranchant au creux de sa paume.

- Agrippez la lame et répétez après moi.

Ce qu'il fit.

- Moi, Carna Lodva... J'atteste aujourd'hui... Que je renonce à tout individualisme... Que je renonce à tout libre-arbitre... Et que je renonce à tout égoïsme... Moi, soldat de la Main Rouge... Me libère de mon passé... Renonce à mon ancienne vie... Et vivrai dorénavant dans l'attente de mon jugement final... Moi, gardien du Continent... M'émanciperai par le Devoir à accomplir... Par les tâches qui me seront données... Et par la chasse qui m'anime. Moi, Carna Lodva... N'est plus un Homme... N'est plus un Nom... N'est plus qu'un prédateur qui en chasse un autre.

Il fit signe à Carna qu'il était temps et L'Éladrin pressa la lame qui trancha sa chair et fit couler son sang. Retirant la dague de cérémonie, il montra la marche à suivre à sa recrue en levant sa propre main pour ensuite faire semblant de la presser contre le tissus rouge à sa droite, ce qu'il fit. D'un geste de la main, Phelim intima à la Sentinelle de déployer le tissus imbibé du sang de Carna : une cape. Leelou approcha de lui une chaise non-loin avec sa jambe et, après avoir grimpé sur elle pour atteindre la hauteur désirée, posa sur ses larges épaules le symbole de son nouveau rang. Il était possible de voir la marque sanguine, mais l'Éladrin devina qu'elle disparaîtrait une fois sèche, se mêlant au tissu écarlate.

- Te voilà maintenant Soldat de la Main Rouge. Ton serment se terminera lors de ta mort ou jusqu'à ce que le Haut-Commandant ne le décide. Bienvenue parmi nous, Dévot.

Leelou donna une bourrade de camaraderie à Carna avant de s'éclipser et Phelim retourna s'asseoir derrière son bureau en griffonnant sur de quelconques papiers.

- Tu es libre d'arpenter le Quartier Général à ta guise, Soldat. Ta classe de spécialisation te sera donnée après ta première mission qui devrait venir incessamment. Dorénavant, tu es également sous la protection du Seigneur de Varakir, porte ton uniforme et tu recevras le respect qui t'est dû. Pour aujourd'hui pourquoi ne pas faire la connaissance de tes camarades? Tu peux t'en aller.

Ce n'est que lorsque Carna quitta en fermant la porte derrière lui que Phelim leva les yeux vers elle. Qu'allait donc devenir ce puissant soldat ai sein de l'Ordre? L'avenir nous le dirait.
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MessageSujet: Re: La cerise sur le désert   Dim 16 Nov 2014 - 11:15

RHAPSODIE XI
Leelou

Après une formelle bénédiction qui avait pour but l'acceptation propre mais inconditionnelle pour la position que la Main Rouge prenait dans ce monde qui en avait bien besoin, le recruteur Phelim lui expliqua avec détour ce qu'il en était de l'honneur qu'il représentait et donna la permission à l'éladrin fatigué de dispenser. Carna Lodva pu encore une fois soutenir le regard du fonctionnaire et il devait bien avouer qu'il émanait de lui une autorité et une raison capable de faire loi dans cet endroit. Aux yeux de l'éladrin, cet homme cultivait sans doute de cette énergie allant contre la mort, tyranniquement protecteur du vrai, de sa nature et du « bon » tel que « le bon » se présente chez quelqu'un d'honnête. Carna ne détestait pas ce genre d'individus. Il lui serait très facile d'obéir à des ordres venant de Phelim Albérick.

Ça y est ! C'était fait ! Il avait envie de pleurer ! Il possédait maintenant une appartenance continentale, quelque chose de plus précieux que tout ce qu'il n'avait jamais eu (en dehors de sa femme et de ses enfants) ! Rien au monde n'égalait la complaisance pour une intégration juste d'un individu qui avait passé sa vie à être complètement unique. Seul Carna pouvait comprendre, en cet instant, ce que Carna ressentait. Pour cette raison, il sortit du QG de la Main Rouge et essaya de trouver un endroit pour méditer. Il ne remarqua pas du tout que Leelou, suspicieuse, le suivait.

Il alla près du port et, en quelques bonds entre deux murs rapprochés, se retrouva sur le toit plat d'une maison en pisé. (Carna l'ignorait, mais il s'agissait de la villa d'un très important commerçant du secteur.) Debout sur le toit de cette construction, il voyait la mer venir jusqu'aux clapotement qu'elle poussait sous les quais de Varak. Carna pensa qu'il était bien peu puissant à côté des forces de la nature. Il venait de faire sensation à la Main Rouge. Était-ce une bonne chose ? Cette faction semblait avoir trop de travail pour perdre son temps et son sang dans des spectacles aussi divertissants. Le combat qu'il venait de faire risquait de modifier les rouages de cette fidélité plus individuelle que toute personne a toujours pour un dénominateur plus intime et personnel. Lui, tout ce qu'il espérait, c'était des aventures capables de le mettre à l'épreuve, de lui faire connaître la mort plus près encore que ce que cette grande maladie l'avait fait connaître.

Il avait besoin de se briser de ce traumatisme pour en guérir.

- J'ai maintenant deux têtes, et aucune n'est la mienne. La première, Litrish, c'est la vôtre. Je tiendrai promesse : je ne tricherai pas dans ma dévotion. La seconde est la Main Rouge : une faction qui me donnera des ordres concrets que je suivrai. La Main Rouge remplacera votre silence. Et vous, Litrish, vous remplacerez le leur.

Carna aimait bien discuter avec Litrish. Un dieu ne pouvait pas être plus bête que lui. S'il écoutait, il comprenait.

- Qui nous remplacera ?
- Oh rien, je discutais avec mon dieu. fit-il, surpris.
- Alors, comme ça tu es un Dévot de Litrish ?
- C'est chouette, non ?
- Et comment ! Moi, je suis une Veilleuse de Phélemée.
- Et quelles sont tes compétences ?

Leelou agrippa le collet de Carna et, en le tirant vers l'arrière, lui fit un croche-pied. Mais d'un geste éclair et tout en tombant, Carna Lodva dégaina son épée... et la jeta plus loin. De l'autre main il se protégea l'arrière de la tête contre le choc. Puis enfin, il atteignit le sol mollement et lourdement... en souriant.

L'humaine qui l'avait fait tomber se jeta sur lui. Carna sentait ses jambes fermes et avait le goût de la retourner pour la baiser. Il allait le faire, ses mains sur son buste, lorsque celle-ci se mit à briller d'une lumière dorée. L'humaine le regarda droit dans les yeux et dit :

- Alors espèce de petit monstre, tu vas me dire ce que tu es. Dit-moi tes vices. Avoue tes crimes passés, MOI SERVANTE DE PHÉLÉMÉE TE L'ORDONNE !

La magie divine fonctionna parfaitement sur Carna Lodva et celui-ci fut forcé d'agir comme on le commanda.

- J'ai abandonné ma femme à une vie simple avec cinq enfants dont quatre sont déjà matures.
- Et ensuite ?
- J'ai tué des éladrins lors de duels à la loyal, mais ils ne me laissaient pas vraiment le choix...
- Et encore ?
- C'est tout.
- QUOI ?
- Ah si ! je n'ai pas d'argent...
- CE N'EST PAS UN CRIME !
- Tu en es sûr ?
- Oui !
- Quelqu'un qui n'est pas capable de vivre parmi les siens est coupable d'insignifiance. C'est un crime.
- Non ! C'est un marginal, c'est tout ! dit-elle en riant très fort. Elle était excitée d'apprendre que Carna n'était pas un démon ou autre créature. À ses yeux, c'était presque incroyable.
- ... C'est vrai.

Leelou arrêta de briller mais garda sa position confortable.

- Qui es-tu ?
- Quelqu'un qui a passé sa vie à se battre contre lui-même.

Elle fit mine d'être intriguée, même si elle était étonnée.

- Et pourquoi t'être battu contre toi-même ?

Carna réfléchit un instant. Cette question n'était pas simple. Il dit :

- Parce que j'aime me battre.
- Et tu n'avais pas de meilleurs adversaires ?
- Bien sûr que non ! As-tu vu mon combat contre Malphas ? dit Carna en riant à son tour.

Leelou se releva, alla chercher l'épée en amaranthite qui extraordinairement, avait percé le plafond jusqu'à la garde, et la restitua à son maître.

- Viens avec moi.
- Où allons-nous ?
- Nous allons fêter ton arrivée parmi les membres de la Main Rouge !
- Je parie que je tiens mieux l'alcool que toi !
- Désolé, mais je ne bois pas...
- Oh...


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